‹ Morale des idées-forcesChapitre 35 sur 136 · XLVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVIII INTRODUCTION

relation de solidarité, toute loi découverte par Tintelligence et fixée dans une idée est un lien qui donne lieu à d'autres liens solidaires les uns des autres. Ces liens objectifs entraînent à leur tour des liens subjectifs. En effet, ils lient notre intelligence ou, si Ton veut, notre instinct intellectuel et rationnel, dont ils sont la satisfaction en même temps que la loi; or, du même coup, ils lient les instincts esthétique, moral et social, parce que ces intérêts, chez tout homme normalement constitué, sont eux-mêmes rattachés à l'instinct intellectuel par des solidarités indissolubles qui constituent la personne vérité est donc une solidarité interne en même temps même. La qu'externe et, de plus, une solidarité entre Texterne et Tinterne. Au fond, cette solidarité est un déterminisme indissolublement objectif et subjectif, qui prend conscience de lui-même et de son réseau d'infinies relations mutuellement impliquées. Ce qu'on nomme Vobligalion est un lien de vérité^ une relation de solidarité indissoluble entre l'intelligence, la sensiblité et la volonté , qui sont elles-mêmes indissolublement solidaires des rapports objectifs, lois ou liens des choses. Nous sommes « engagés », comme dit Pascal ; et il ne s'agit pas de parier simplement, mais de connaître et, si on ne connaît pas tout, à'agir selon ce qu'on connaît, selon ce qu'on pense comme meilleur et plus vrai. Tel est, au point de vue des objets, le sens le plus profond que peut prendre la morale de la solidarité, outre celui qu'elle reçoit déjà de la solidarité intime qui, dans toute conscience, unit ridée du sujet à l'idée de tous les autres sujets. En un mot, la vérité « oblige » parce qu'elle lie les objets entre eux, les objets «u sujet, le sujet aux autres sujets; elle est solidarité entre l'homme et le monde, solidarité entre les divers hommes ; elle est sociale parce qu'elle est cosmique ; elle est morale parce qu'elle est cosmique et sociale, surtout parce qu'elle est psychique et que nous sommes nous-mêmes un ensemble de lois incarnées et vivantes dont la solidarité interne fait notre individualité. La doctrine des idées-forces ramène ainsi à l'unité la morale antique de la vérité « en soi » et la morale moderne de la solidarité

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