‹ Morale du siècle; comédie en un acte, en vers libre [par] Kist. Représentée pour la première fois à Bruxelles sur le Théatre Royal du Parc, le 27 avril 1892Chapitre 4 sur 11 · SCÈNI<] IV PIERROT, — COLOMBINE · texte numérisé non relu

SCÈNI<] IV PIERROT, — COLOMBINE

COLOMUINE

{Kntrant sans voir Pierrot.) Le pauvre vieux, bien loin, marche sans trêve I . . . {Elle rit.)

PIERROT, à pari Ah ! c'est un vrai repas de Luculius !

COLOMBINE

Mais. . . mon panier?. . .

{Elle, voit Pierrot, reste stupéfaite.) Voyous . . . mais uon I ... je rêve ! . . .

PIKUUOT, à part

Ca me rappelle un refrain de Paulus!

" Ah! que c'est Ijou de hoire, Eug-ène 1 »

cOLOMiJiNK, ahurie Non! là, vraiment, c'est du sans-gène!. . .

{Elle évolue de telle /açoii qu'elle se trouve en face de Pierrot.)

Monsieur !... {Pierrot la regarde. Elle le rcconnait.) Pierrot ! . . .

Eh ! (luoi ! . . . Colombine !... Parbleu ! Tu me viens aussi, toi, sans doute du ciel bleu ! Après le Vin. l'Amour! . . . f^es deux me sont propices ! Je vis, décidément, sous de divins auspices!. . .

(// tiioiitre les restes du repas.) Il en reste. . . en veux-tu ?. . . P'ais une station. . .

coLOMiUNE, ci pari

Il m'offre mon dîner! . . . Belle invitation !

Après m'avoir ravi mon cœur, voilà ([u'il mange ,

Mon poulet ! . . . C'est joli! . . .

PIERROT, Cl part

Vraiment il me démange De faire à cette enfant un petit doigt de cour ! . . .

(Haut, montrant le poUtet.)

Vas-y donc! il est gras. . . C'est de ma basse-cour! . . . Quant au vin. sorti de ma cave, Il est généreux et suave ! . . .

COLOMBINE, à part

C'est de l'aplomb!. . . [Haïti). Pierrot, mon bon ami, Cherchez donc un petit peu mieux, parmi Vos souvenirs, si ce dîner est bien le vôtre?...

Oui. . . certes. . . c'est le mien, ou bien... celui d'un autre... N'est-ce i^as la même chose, au fait?

Je me déclare satisfait Dans les deux cas. . . Voilà ! je suis un bon apôtre ! Ce dîner — fort avantageux — Se trouve là. . . Je m'en avise. . . Car « Tout pour tous ! » est ma devise ! Moi, vois-tu, je suis partageux!

COLOMBINE

C'était le mien !

PIERROT, tranquillement

Alors, c'est donc toi que je lèse?

Le tien ! . . . Il n'en était, — chère, ne te déplaise, — Il n'en était qu'infiniment meilleur !

COLOMBINE

Toujours galant ! . . . Vilain ensorceleur ! . . . Enfin... pour mon poulet, je te pardo-me...

PIERROT, avec assurance Evidemment ! C'était une maldonne ! . . .

COLOMBINE

Mais... — ah 1 vraiment, les hommes sont bien laids! — Tu m'en promis aussi, toi, des " poulets ", Quand tu partis. . . Mais j'eus beau les attendre!

PIERROT, à part

Cest le moment ! . . . La belle devient tendre ! .^. . (Haut). Des poulets?. . . Des écrits, veux-tu dire... Et bien, oui, J'ai manqué de parole et le pleure aujourd'hui. . .

{Se rapprochant, câlin.

Seulement, je puis, tout de suite.

Soudain me mettre ù lu poursuite De tous mes torts, Lesrattnipei-, les réparer en sage ; Vois ce chemin qui nous livre passage. . .

(Il indique la coulisse de gauche. {A part). Je suis retors ! . . .

COLOMBINK, naïvement Ce chemin?. . . quoi?. . .

riEuuoT, à part, railleiir

Chaste, la Céiimène ! . . .

{Haut). Ne vois tu j)oiiit que ce chemin-là mène Vers un épais fourré Dgins lequel je pourrai Te dire mon amour et te peindre ma flamme. . .

COLOMBINE, efiphatiquc par dérision

Et puis me dévoiler les élans de ton àme?. . .

{Elle éclate de rire.) Connu, mon cœur, connu!

L'artifice est trop nu ! . . .

Je n'ai pas tant que ça l'intelligence dure ! . . . Ah ! tu voulais payer tes torts ainsi ! Ce n'est, ma foi, pas trop bête ! . . . Merci !

Dame ! . . . moi js voulais admirer la nature Avec toi. L'endroit était bien choisi

Pour te dire, à l'abri de l'éternel Panaore, En peu de mots, que je t'adore ! . . .

COLOMBINE

Tant que cela!. . .

PIERROT

Tout plein ! Colombine ! A genoux ! .

(// s'agenouille.)

-' COLOMBINE

Cher Pierrot ! Moi, je t'aime ! . . . Ainsi . . . sois mon époux !

PIERROT, se relevant, saisi

Hein ! . . . T'épouser?. . Tu railles !

Ou plutôt, tu dérailles ! . . .

{Avec un geste significatif.)

Tu ne m'as donc pas vu.

Dis-moi?. . . Je suis pourvu

De toute mon intelligence 1 Je suis du siècle des chemins de fer Et n'ai pas vu le jour — par Lucifer ! —

Au vieux temps de la diligence !

COLOMBINE, finement Puisque tu m"aimes tant !

Pas assez, cependant,

Pour te conduire au maire I . .

T'épouser !.. Oh ! ma mère ! ,

Me marier!... Non! là... .c'est trop drôle à la fin!

(Il ramasse le panier et le tend à Ciilombinc.)

Je te rends ton jtoulet!.. . Vl je garde ma faim!...

COLOMBINE, les tjeux sur le panier

Trop aimable!

Mon poulet ! . . . Tu veux dire un rogaton

Détestable!

Bien, mon cher ! . . . Si tu k- prends sur ce ton Je m'échappe ! . . .

(Elle fuie lentement un pas pour sortir,)

l'iKUROT, à part

Eli ! niorblcn ! j'use de maladresse!. . . Revenons-y. . . Du tact ! . . .

(Haut). Tu te trompes d'adresse Et te fâches encor par dessus le marché ! Tout comme si c'était moi qui t'avais marché Sur le pied ! . . . C'est vilain ! . . . Voyons, ma Colombine, Tu ne m'aimes donc plus ?...(^ pa/7 . ) Il faut que je combine Un plan . . .

COLOMBINE, revenant doucement à lui

Mais si! je t'aime, au contraire, toujours, Malgré le long oubli de tes lointains séjours !

PIERROT, à part Elle y revient !... Ça prend l... {Ha ut). Alors, pourquoi, ma mie. Tant pousser les hauts cris ? Reste ma bonne amie Comme au début ! . . .

Rien de plus ?

COLOMBJNE PIERROT

Rien de plus ! {à part). Oui, je t'amuse, Mais j'ai mon but !

coLOMBiNE, se rapprochant Comme autrefois me chantera ta muse ?

PIERROT

Elle te chantera.j'en jure, à tout jamais ! Et si, par un baiser. . . tout petit. .. tu voulais Sceller notre nouveau pacte...

(// la prend par la taille et l'attire.) {Parait le père La Pudeur.)

Aux paroles, je joins l'acte !

(// Vembrasse.)

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