ÉDITION REVUE ET AUGMENTÉE
En me proposant, dans ces petits essais de Morale familière, de me renfermer dans cette partie de la morale qui intéresse plus particulièrement l'enfance et la jeunesse, je me suis rendu compte une fois de plus que la morale comme la raison est de tous les âges; que .ce qui est vrai pour l'enfant, le jeune homme et la jeune fille, est vrai pour tous, et que prétendre parler aux
ft PRÉFACE.
uns un langage qui ne serait pas digne des autres serait manquer à sa tâche.
C'est donc dans le choix seulement de mes sujets que j'ai eu à me préoccuper de l'âge de mon public. Mais, une fois le sujet admis, j'ai bientôt compris que celui qui parle à des enfants parle déjà à des hommes.
Je désire que les mères et les pères qui feront place à ce livre dans la bibliothèque de la famille soient avertis dès les premières lignes que c'est un ami qui s'adresse à leurs enfants, non un maître. Je n'ai jamais été le maître de personne; c'est en père que j'aime l'enfance et que j'ai le souci de son avenir. Ces petits^sermons du coin du feu, entremêlés, quand la matière s'y prêtait, de contes et de récits, n'ont d'autre but que celui d'aider mes jeunes lecteurs et mes jeunes lectrices à se dire avec plus de netteté, à l'occasion, ce qu'ils pensent soit d'eux-mêmes, soit des autres, et de développer au profit de leur esprit ce qui ne se trouve encore qu'à l'état de germe dans leur cœur.
J'ai écrit pour les plus petits et, sans le vouloir, pour les plus grands aussi, car j'ai eu la famille tout entière sous les yeux en composant page à page ce petit livre pour les lecteurs du Magasin d'éducation et de récréation.
Depuis la petite fille jusqu'à la grande et belle demoiselle, depuis le père jusqu'à la mère, dont ce livre pourra, je l'espère, faciliter la tâche, tous s'apercevront, en me lisant, que j'ai, en l'écrivant, pensé à eux et avec eux. La leçon impersonnelle qui se dégage d'un livre frappe plus quelquefois que celle dont on est le but à soi tout seul. Elle blesse moins, en tout cas. La petite
personnalité de l'individu n'a point à se récrier contre la page qui vous dit votre fait en même temps qu'à tout le monde. Si l'on se sent atteint par un passage qu'on pourrait croire écrit pour soi spécialement, c'est qu'on le choisit dans sa conscience et qu'on s'approprie ainsi soi-même la part de la leçon dont on a besoin. L'ami inconnu qui vous a parlé dans le livre ne saurait être accusé de vouloir vous chagriner. On ne peut le taxer ni d'injustice ni de sévérité. Si c'est en vous parlant de ce qu'il croit être les défauts des autres seulement qu'il vous éclaire sur les vôtres, ce n'est pas sa faute, à lui, c*est celle de vos secrets défauts qui vous forcent à vous sentir en cause. La leçon du livre profite donc d'autant mieux qu'elle ne pense pas à s'imposer, qu'elle ne pèse pas sur nous directement.
J'ai plus d'un petit ami, plus d'une jeune amie dans le monde à qui je n'ai jamais dit un mot de ce qui, dans ce livre, se trouvera, sans que je l'aie prévu, aller à leur adresse ; s'ils reconnaissent, en le lisant, que j'étais bien bon de savoir tout cela sans le leur avoir jamais laissé soupçonner, et s'ils profilent de mes conseils écrits mieux qu'ils n'auraient profilé de mes conseils parlés, mon livre sera justifié.
Je le mets, ce petit livre, sous la sauvegarde de la bonne foi de ses jeunes lecteurs. Il n'est pas plus facile de se tromper longtemps soi-même que de tromper les autres. La conscience n'accepte pas de démentis. Elle a une voix qui finit toujours par se faire en-
tendre. Les plus sourds ont des oreilles pour cette voix, si douce, si complaisante, ou si terrible qu'elle se fasse. Les jours où ils écouteront cette voix , mon petit livre seiHleur ami. Il sera leur ennemi les autres jours. Dieu veuille, peureux et pour le livre, que ces jours-là soient rares !
Il est des sujets que je n'ai pas cru devoir aborder. Les uns m'ont semblé trop intimes, les autres trop sacrés pour qu'il me parût possible de les traiter sans empiéter sur la part de la tâche qui revient, qui appartient soit au père et à la mère seulement, soit à ceux qui ont mission ici-bas de parler des choses saintes.
Je me suis donc tenu dans la morale, et j'ajoute dans ce que la morale a de plus simple et de plus familier. Ma tâche ainsi a été diminuée, peut-être même rapelissée; mais, devenue plus facile, j'ai pu l'accomplir avec plus d'aisance. Mon envie a été de montrer à mes lecteurs que la morale, si ferme qu'elle doive être, n'est exclusive ni de la bonne humeur, ni même de la gaieté. Les vérités n'ont pas besoin d'être empesées pour être respectables. Elles ne perdent pas à se présenter sans raideur, sans déclamation et, si l'on veut bien me permettre im mot qui rendra seul toute ma pensée, sitîis amidon.
P. J. Stahl,