TOUS A LA FOIS
Saint François de Sales venait de faire un très-beau sermon, un de ceux sans doute où il enseignait une si douce et si saine morale aux grandes dames de son temps.
Quand il fut descendu de sa chaire, beaucoup de
grandes clames, que son sermon avait fort édifiées, l'entourèrent. Toutes avaient quelque cas de conscience à lui exposer : l'une lui demandait une solution à un doute qui la tourmentait; l'autre, une autre, presque en même temps.
Saint François de Sales, ne sachant à laquelle entendre , leur dit : « Je répondrai à toutes vos questions, pourvu qu'il vous plaise répondre à cette demande : En une compagnie où tout le monde parle et nul n'écoute, à votre avis, qu'est-ce que l'on y dit? »
Toutes se trouvèrentfort embarrassées, et demeurèrent muettes à peu près comme des milliers de grenouilles se taisent en un instant lorsqu'on jette quelque pierre dans l'eau.
Ce que saint François de Sales a eu à dire un jour à des dames de son temps, trop pressées de parler, quel est le père, quelle est la mère, quel est le professeur, quelle est la maîtresse de pension, qui n'a pas eu, et cent fois, à le dire à ses enfants et à ses élèves?
Voilà un proverbe qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre. Il ne veut rien dire, sinon : ne bavardez pas à *ort et à travers, pesez vos paroles.
« La multitude des paroles, a dit saint François de
Sales, n'engendre pas de grands effets. Quand la vigne produit beaucoup de bois, c'est lorsqu'elle porte moins de fruits. Quand un discours est trop long, la fin fait oublier le milieu, et le milieu le commencement. »
Tout ceci est sage; mais il ne s'ensuit pas que pour avoir raison il suffise de se taire. La raison serait trop facile ; les muets de naissance seraient, à ce compte-là, les seuls sages de la terre, et les animaux, qui n'ont point de langage, à ce qu'il nous semble du moins, seraient supérieurs à l'homme.
Il faut savoir se taire , et* se taire tout à fait, ceci est de règle, dès que l'on n'a rien de bon à dire. Mais par la même raison , il faut savoir parler et s'exprimer dès qu'il est convenable et utile qu'on se prononce. Parler dès lors est un devoir : Dieu ne nous a pas donné ce sublime don de la parole pour en abuser, mais il ne nous Ta certes pas donné non plus pour n'en point user.
Le silence n'est une vertu que quand il épargne à vous de dire, aux autres d'entendre une sottise. Mais la parole, elle aussi, est une vertu quand elle arrive en son lieu; je dis plus, elle est une vertu supérieure à cette vertu de silence, qui n'est qu'une vertu négative, qu'une vertu d'exception; et cela, parce que la parole est une action, et que l'action est le but de la vie.
Soutenir de sa parole une bonne cause, la cause du droit, du faible, de l'opprimé, porter témoignage à la vérité, faire comprendre à son prochain ce qu'il lui est bon de savoir, répandre la science, les notions du juste, l'amour du vrai, la haine du mal, questionner pour s'instruire ou répondre pour instruire les autres, c'est meilleur, et puisque c'est meilleur, c'est plus beau que de