Ihid., p. i
que la morale antique a définis ' : le courage, la prudence et la tempérance, opposés à la paresse, à la démence et à la débauche), qui consistent dans ce que Renouvier appelle la sphère élémentaire de la moralité, il passe à la sphère moyenne de la moralité, c'està-dire aux rapports entre l'homme et le' monde : le monde inorganique et le monde vivant, et introduit deux nouveaux principes qui ne procèdent en aucune façon des trois précédents : le respect à regard du monde inorganique et végétal et la bonté à l'égard du inonde animal. Le respect est conçu d'une façon toute particulière : « La nature réduite aux existences inorganiques et végétales ne renferme rien qui nous paraisse exiger le respect, si ce n'est par lapport à nos propres fins et en tant que supposées favorables à leur développements » Ceci, sans parler de la méthode pseudodéductive, est un élément tout à fait kantien de la doctrine de Renouvier: la nature est faite pour l'homme, alors que dans la philosophie antérieure, l'homme est dans la nature. Cette supériorité absolue de l'homme, auquel tout est subordonné et qui est conçu comme le centre de toutes choses, est, nous l'avons vu, une innovation de Kant et n'est pas sans engendrer un sentiment très déplaisant.
Le devoir envers les animaux est introduit de la même façon : « Le devoir général de respect envers l'ordre extérieur,... tant qu'il n'est pas désordre à notre endroit et nuisible à l'obtention de nos Uns raisonnées, ce devoir nous oblige à ne point maltraiter les animaux . » G est ainsi que la bonté, cinquième principe, se déduit de la raison. Renouvier tient à l'affirmer de nouveau: « c'est de la raison que toutes mes déductions doivent partir* » . Mais comment passe-t-il de l'idée de la raison au sentiment de la bonté .^ C'est un postulat nouveau, voilà tout.
Enfin, Renouvier arrive à la troisième sphère, qu'il appelle la sphère supérieure de la moralité : les rapports entre les hommes, et, toujours au nom de la raison, introduit un sixième postulat: lorsque deux individus sont en présence, chacun étend le bien qu'il
I . Renouvier dit lui-même que ce sont les trois vertus cardinales « à la notion desquelles rien d'essentiel n'a été ajouté depuis les anciens qui les ont définies », i^id., p. i3. J r n ,
a. Ihid , p. 33 et voir p. 3i.
'^. Ihid., p. 36-37.
fi- Ihid.; p. 37.
SARTIAUX. LA MORALE lANTIENNE.
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•m LA POSITION DE LA MORALE KANTIENNE DANS L'HISTOIRE
conçoit pour lui-même, au bien commun à leur coopération, et estime qu'il est de son devoir de le réaliser*. A ce postulat s'en ajoute un septième, celui de Tcgalité entre les deux personnes en présence : elles « sont des personnes semblables ou égales, entre lesquelles cette identité divisée et la substitution mutuelle toujours rationnellement possible établit ce qu'on nomme une relation bi-latérale et des rôles pratiquement renversablcs... Dans Tordre composé des deux agents, l'obli-ation, dont le sens est ainsi transformé, prend le nom de droit ou crédit cbez l'un et de devoir ou débit chez l'autre, savoir en une seule et même relation réciproque... Ce droit et ce devoir unis composent la justice-. »
Ainsi l'obligation, qui était la tendance qui nous pousse vers le meilleur, devient maintenant une dette, un rapport de ^crédit à débit. Cette délinilion est excellente (quoique l'expression en soit un peu pénible), c'est le véritable sens du mot obligation en dehors de la religion; ce n'est toujours pas l'obligation kantienne.
Après avoir ainsi soi-disant déduit de la raison abstraite la justice entre deux personnes, Renouvier étend ce principe aux rapports entre tous les hommes et cette généralisation lui permet, dit-il, d'atteindre la notion de loi : « Nous formons ainsi le concept d'une loi, ou législation universelle, que nous supposons être la volonté des êtres qui ont la raison, en tant qu'ils l'ont, ou encore celle de l'agent moral en général et nous énonçons ainsi le précepte : Agis toujours de telle manière que la maxime de ta conduite puisse être érigée par ta conscience en loi universelle ou formulée en un article de législation que tu puisses regarder comme la volonté de tout être raisonnable. Ce principe constitue Vohlujatlon catcrjorlqnc. c'est-à-dire dégagée de toute hypothèse et réduite en forme de jugement universel". )) Nous voici maintenant en plein kantisme. La moralité est constituée par une loi universelle et l'obligation prend un troisième sens qui est proprement le sens kantien^: !>' rapport qui existe entre cette loi et la volonté qu'elle contraint. Le sentiment du respect, introduit comme il est indiqué plus ban!.