‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 34 sur 312 · LES MOBILES DE LA RAISON PRATIQUE · texte numérisé non relu

LES MOBILES DE LA RAISON PRATIQUE

« Ce qui est essentiel dans la valeur morale des actions, c'est que la loi détermine immédiatement la volonté. Si la détermination de la volonté se produit, à vrai dire, conformément à la loi morale, mais seulement par le moyen d'un sentiment, de quelque espèce qu'il soit, si elle ne se produit pas en vue d une loi, l'action possédera bien la légalité, mais pas la moralité'. » 11 ne suffit pas pour agir moralement de faire ce qui est ordonné, il faut le faire uniquement et exclusivement /)a/T^ que c'est ordonné, si l'on veut que l'acte ait une valeur morale. Telle est la différence entre la légalité des actes, leur^ conformité pure et simple au devoir, et leur moralité, constituée uniquement par la pureté de V intention.

Kant revient, à ce propos, sur une remarque qu'il a déjà faite. Agir par sentiment, quel que soit ce sentiment : amour de soi ou charité, est équivalent au point de vue moral; c'est agir en vertu d'une tendance, d'un attrait, c'est agir volontiers. Or agir de la sorte, et ceci tout au moins est fort juste, ce n'est pas agir en vertu d'un impératif: un impératif commande, contraint, un sen- Innent incline, attire, nécessite, une raison persuade; le sentiment et la raison ne peuvent commander que par métaphore.

« Aimer Dieu signifie exécuter volontiers ses commandements,

ï- Ji>id., p. 127.

aimer le prochain signifie pratiquer volontiers tous ses devoirs envers lui Or le commandement que l'on doit faire quelque chose volontiers est en soi contradictoire, puisque si nous avons conscience de le faire volontiers, un commandement a cet égard serait tout à fait inutile'... L'amour envers les hommes est possible a vrai dire, mais il ne peut être commandé, car il n'est pas au pouvoir d'un homme d'aimer quelqu'un par ordre'... H est beau de faire le bien aux hommes pour eux et par bienveillance sympathique, ou d'être juste par amour de l'ordre, mais ce n'est pas la pour notre conduite une maxime morale^.. C'est à un fuv fanatisme moral (qui infecte beaucoup d'esprits, dit-il quelques hgnes plus haut') qu'on les dispose, en les excitant à des actions présentées comme nobles, sublimes, magnanimes et en les jetant par là dans celte illusion, que ce n'est pas le devoir dont ils devraient supporter le joug ■... En accomplissant ses actes d'après ces principes, on n'aurait pas le moins du monde satisfait à l'esprit de la loi, lequel consiste dans la soumission de la volonté à la loi, ... mais on produirait une manière de penser frivole, superficielle, fantastique, en attribuant une bonté spontanée à leur caractère^.. Les actions, qui ont été accomplies avec un grand esprit de sacrifice, peuvent être vantées comme nobles et subUmes, mais seulement en tant qu'il y a encore en elles des traces, permettant de conjecturer qu'elles ont été faites entièrement par respect pour le devoir et son

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