LU
, „^st une plaisante chose à considérer, de ce qu'il y a des gens dans le monde qui, ayant renoncé à toutes les lois de Dieu et de la nature, s'en sont fait eux-mêmes auxquelles ils obéissent exactement ; comme, par exemple, les voleurs, etc.
LUI
^ Ce chien est à moi, disaient ces pauvres enfants; c'est là ma place au soleil : voilà le commencement et l'image de l'usurpation de toute la terre.
Vous avez mauvaise grâce; excusez-moi, s'il vous plaît. Sans cette excuse, je n'eusse pas aperçu qu'il y eût d'injure. Révérence parler, il n'y a de mauvais que l'excuse.
On ne s'imagine d'ordinaire Platon et Aristote qu'avec de grandes robes , et comme des personnages toujours graves et sérieux. C'étaient d'honnêtes gens qui riaient comme les autres avec leurs amis ; et quand ils ont fait leurs lois et leurs traités de politique , c'a été en se jouant et pour se divertir. C'était la partie la moins philosophe et la moins sérieuse de leur vie. La plus philosophe était de vivre simplement et tranquillement.
L'homme aime la malignité : mais ce n'est pas contre les malheureux, mais contre les heureux superbes ; et c'est se tromper que d'en juger autrement.
L'épigramme de Martial sur les borgnes ne vaut rien , parce qu'elle ne les console pas , et ne fait que donner une pointe à la gloire de l'auteur. Tout ce qui n'est que pour l'auteur ne vaut rien. Amhitiosa recidet ornamenta '. Il faut plaire à ceux qui ont les sentiments humains et tendres, et non aux âmes barbares et inhumaines.
Je me suis mal trouvé de ces compliments :
' Horat. , Àrspoet.
Je vous ai donné bien de la peine ; je crains de vous ennuyer ; je crains que cela ne soit trop long : ou l'on m'entraîne, ou l'on m'irrite.
Un vrai ami est une chose si avantageuse, même pour les grands seigneurs, afin qu'il dise du bien d'eux, et qu'il les soutienne en leur absence même, qu'ils doivent tout faire pour en avoir un. Mais qu'ils choisissent bien ; car s'ils font tous leurs efforts pour un sot, cela leur sera inutile , quelque bien qu'il dise d'eux : et même il n'en dira pas du bien , s'il se trouve le plus faible; car il n'a pas d'autorité, et ainsi il en médira par compagnie.
Voulez-vous qu'on dise du bien de vous ? n'en dites point.
Qu'on ne se moque pas de ceux qui se font honorer par des charges et des offices ; car on n'aime personne que pour des qualités empruntées. Tous les hommes se haïssent naturellement. Je mets en fait que , s'ils savaient exactement ce qu'ils disent les uns des autres , il n'y aurait pas quatre amis dans le monde. Cela paraît par les querelles que causent les rapports indiscrets qu'on en fait quelquefois.
La mort est plus aisée à supporter sans y penser, que la pensée de la mort sans péril.
Qu'une chose aussi visible qu'est la vanité du monde soit si peu connue, que ce soit une chose étrange et surprenante de dire que c'est une sottise de chercher les grandeurs, cela est admirable.
Qui ne voit pas la vanité du monde est bien vain lui-même. Aussi qui ne la voit, excepté de jeunes gens qui sont tous dans le bruit, dans le divertissement, et sans la pensée de l'avenir? Mais ôtez-leur leurs divertissements, vous les voyez sécher d'ennui; ils sentent alors leur néant sans le connaître ; car c'est être bien malheureux que d'être dans une tristesse insupportable aussitôt qu'on est réduit à se considérer, et à n'en être pas diverti.
PENSÉES DE PASCAL
Chaque chose est vraie en partie, et fausse en partie. La vérité essentielle n'est pas ainsi : elle est toute pure et toute vraie. Ce mélange la déshonore et l'anéantit. Rien n'est vrai, en l'entendant du pur vrai. On dira que l'homicide est mauvais : oui ; car nous connaissons bien le mal et le faux. Mais que dira-t-on qui soit bon ? La chasteté ? Je dis que non : car le monde finirait. Le mariage ? Non : la continence vaut mieux. De ne point tuer ? Non ; car les désordres seraient horribles, et les méchants tueraient tous les bons. De tuer? Non; car cela détruit la nature. Nous n'avons ni vrai, ni bien qu'en partie, et méié de mal et de faux.
Le mal est aisé, il y en a une infinité; le bien presque unique. Mais un certain genre de mal est aussi difûcile à trouver que ce qu'on appelle bien; et souvent on fait passer à cette marque le mal pai'ticulier pour bien... Il faut même une grandeur d'âme extraordinaire pour y arriver comme au bien.
Les cordes qui attachent les respects des uns envers les autres sont, en général, des cordes i de nécessité; car il faut qu'il y ait différents de- ! grés; tous les hommes voulant dominer, et tous ! ne le pouvant pas, mais quelques-uns le pouvant. ! Mais les cordes qui attachent le respect à tel et ■ tel en particulier sont des cordes d'imagination.
LXVL I
Nous sommes si malheureux, que nous ne pouvons prendre plaisir à une chose qu'à condi- , tion de nous fâcher si elle nous réussit mal , ce ' que mille choses peuvent faire, et font à toute heure. Qui aurait trouvé le secret de se réjouir ; du bien, sans être touché du mal contraire, aurait | trouvé le point.