‹ Moralistes français, pensées de Blaise PascalChapitre 241 sur 343 · DLXIV · texte numérisé non relu

DLXIV

Dire également du bien de tout le monde est une petite et une mauvaise politique.

DLXV.

La méchanceté tient lieu d'esprit.

DLXVL La fatuité dédommage du défaut de cœur.

DLXVIL

Celui qui sMmpose à soi-même impose à d'autres.

DLXVIIL

La nature n'ayant pas égalé tous les hommes par le mérite , il semble qu'elle n'a pu ni dû les égaler * par la fortune.

DLXIX.

L (spérf^nce fait plus de dupes que l'habileté. DLXX.

Le lâche a moins d'affronts «à dévorer que l'ambitieux.

DLXXL

On ne manque jamais de raisons, lorsqu'on a fait fortune , pour oublier un bienfaiteur eu un ancien ami; et on rappelle alors avec dépit tout ce que l'on a si longtemps dissimulé de leur humeur.

DLXXIL

Tel que soit un bienfait , et quoi qu'il en coûte, lorsqu'on l'a reçu à ce titre, on est obligé de s'en revancher "* , comme on tient un mauvais marché quand on a donné sa parole.

DLXXIIL

Il n'y a point d'injure qu'on ne pardonne, quand on s'est vengé.

DLXXIV.

On oublie un affront qu'on a souffert, jusqu'à s'en attirer un autre par son insolence.

' Egaler. L'auteur emploie toujours cette locution; c'est une faute. Il faut égaliser. B.

^De s'en revancher est une expression défectueuse, et il aurait mieux valu dire d'en prouver sa reconnaissance. Mais la pensée, pour être exprimée incorrectement, n'en est pas moins belle, et n'en méritait pas moins d'être conservée. F. — Revancher; tel est le texte de l'édition donnée en 1797 par M. de Fortia sur les manuscrits de l'auteur. On lit dans l'édition de 1 806 et dans celle de 1820 revenger : c'est une faute. B.

RÉFLEXIONS ET MAXIMES

DLXXV.

DLXXXVI

S'il est vrai que nos joies soient courtes, la plupart de nos afflictions ne sont pas longues.

DLXXVI.

La plus grande force d'esprit nous console moins promptement que sa faiblesse.

DLXXVII.

Il n'y a point de perte que l'on sente si vivement et si peu de temps que celle d'une femme aimée.

DLXXVIII.

Peu d'affligés savent feindre tout le temps qu'il faut pour leur honneur.

DLXXIX.

Nos consolations sont une flatterie envers les affligés.

DLXXX.

Si les hommes ne se flattaient pas les uns les autres, il n'y aurait guère de société.

DLXXXI.

Il ne tient qu'à nous d'admirer la religieuse franchise de nos pères, qui nous ont appris à nous égorger pour un démenti ; un tel res{)ect de la vérité , parmi les barbares qui ne connaissaient que la loi de la nature, est glorieux pour l'humanité.

DLXXXII.

Nous souffrons peu d'injures par bonté.

DLXXXIII.

Nous nous persuadons quelquefois nos propres mensonges pour n'en avoir pas le démenti, et nous nous trompons nous-mêmes pour tromper les autres.

DLXXXIV.

La vérité est le soleil des intelligences.

DLXXXV.

Pendant qu'une partie de la nation atteint le terme de la politesse et du bon goût, l'autre moitié est barbare à nos yeux , sans qu'un spectacle si singulier puisse nous ôter le mépris de la culture'.

'Ce mot (lo culture désigne, comme l'on voit, dans celle pensée cl la suivanle, rHnt d'ii» esprit rnilivê par t'inntrm:tinii. F.

Tout ce qui flatte le plus notre vanité n'est fondé que sur la culture, que nous méprisons.

DLXXXVII

L'expérience que nous avons des bornes de notre raison nous rend dociles aux préjugés.

DLXXXVIII.

Comme il est naturel de croire beaucoup de choses sans démonstration , il ne l'est pas moins de douter de quelques autres malgré leurs preuves.

DLXXXIX.

La conviction de l'esprit n'entraîne pas toujours celle du cœur.

DXC.

Les hommes ne se comprennent pas les uns les autres. Il y a moins de fous qu'on ne croit.

DXCI.

Pour peu qu'on se donne carrière sur 1& religion et sur les misères de l'homme, on ne fait pas difficulté de se placer parmi les esprits supérieurs.

DXCII.

I Bes hommes inquiets et tremblants pour les plus petits intérêts affectent de braver la mort.

DXCIII.

Si les moindres périls dans les affaires nous donnent de vaines terreurs, dans quelles alarmes la mort ne doit-elle pas nous plonger , lorsqu'il est question pour toujours de tout notre être, et que l'unique intérêt qui nous reste , il n'est plus en notre puissance de le ménager, ni même quelquefois de le connaître I

DXCIV.

Newton , Pascal , Bossuet , Racine , Fénélon , c'est-à-dire les hommes de la terre les plus éclairés , dans le plus philosophe de tous les siècles , et dans la force de leur esprit et de leur âge, ont cru Jésus-Christ; et le grand Condé', en

' Louis de Boiirbon, second du nom, prince de Condt', ruourut le 1 1 décembre IfiSO. Il avait témoigné beaucoup d'Indifférence pour la reli^iion dans sa jeunesse ; mais les derniers temps de sa vie lurent presque entièrement «consacres a la relif^ion, et sa mort fut trés-clirélienne. On en trouvera les détails dans la vie de ce prince. Foifcz le tome XXV dej Hommes illustres de Frantr, par Turpin, Paris, I77r>. Ce (|uc r.ijtporlo iri Vauvonarmies n'y es! rependanl p<tlnl. F.

VAUVENAKGLES.

mourant, répétait ces nobles paroles : « Oui, « nous verrons Dieu comme il est, sicuti est, 'yfacie adfaciem. »

DXCV.

Les maladies suspendent nos vertus et nos vices.

DXCVI.

La nécessité comble les maux qu'elle ne peut soulager.

DXCVIL

Le silence et la réflexion épuisent les passions, comme le travail et le jeûne consomment les humeurs.

Dxcvin.

La solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps.

DXCIX.

Les hommes actifs supportent plus impatiemment l'ennui que le travail.

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