‹ Moralistes français, pensées de Blaise PascalChapitre 3 sur 343 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

De Vautorité en matière de philosophie.

Le respect que l'on porte à l'antiquité est aujourd'hui à tel point , dans les matières ou il de-

PENSÉES DE PASCAL

vrait avoir le moins de force, que l'on se fait des oracles de toutes ses pensées, et des mystères même de ses obscurités , que l'on ne peut plus avancer de nouveautés sans péril, et (jue le texte d'un auteur suffit pour détruire les plus fortes raisons. Mon intention n'est point de corriger un vice par un autre, et de ne faire nulle estime des anciens, parce que l'on en fait trop ; et je ne prétends pas bannir leur autorité pour relever le raisonnement tout seul , quoique l'on veuille établir leur autorité seule au préjudice du raisonnement. Mais parmi les choses que nous cherchons à connaître, il faut considérer que les unes dépendent seulement de la mémoire, et sont purement historiques, n'ayant alors pour objet que de savoir ce que les auteurs ont écrit ; les autres dépendent seulement du raisonnement , et sont entièrement dogmatiques, ayant pour objet de chercher à découvrir les vérités cachées. Cette distinction doit servir à régler l'étendue du respect pour les anciens.

Dans les matières où l'on recherche seulement de savoir ce que les auteurs ont écrit, comme dans l'histoire , dans la géographie, dans les langues, dans la théologie; enfin dans toutes celles qui ont pour principe, ou le fait simple, ou l'institution, soit divine, soit humaine, il faut nécessairement recourir à leurs livres , puisque tout ce que l'on peut en savoir y est contenu : d'où il est évident que l'on peut en avoir la connaissance entière , et qu'il n'est pas possible d'y riçn ajouter. Ainsi , s'il est question de savoir qui fut le premier roi des Français , en quel lieu les géographes placent le preiliier méridien, quels mots sont usités dans tme langue morte, et toutes les choses de cette nature, quels autres moyens que les livres pourraient nous y conduire? Et qui pourra rien ajouter de nouveau à ce qu'ils nous en apprennent, puisqu'on ne veut savoir que ce qu'ils contiennent ? C'est l'autorité seule qui peut nous en éclaircir. Mais où cette autorité a la principale force, c'est dans la théologie, parce qu'elle y est inséparable de la vérité, et que nous ne la connaissons que par elle : de sorte que , pour donner la certitude entière des matières les plus incompréhensibles à la raison, il suffit de les faire voir dans les livres sacrés; comme pour montrer l'incertitude des choses les plus vraisemblables, il faut seulerflent faire voir qu'elles n'y sont pas comprises ; parce que les principes de la théologie sont au-dessus de la nature et de la raison , et que , l'esprit de l'homme étajit trop faible |>our y arriver par ses propres efforts^

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