LETTRE VII
Ce samedi, mai 1746.
Je ne sais où trouver M. de Marmontel et son Pylade ; mais je m'adresse au héros de l'amitié, pour faire passer jusqu'à eux le chagrin que me cause la petite tribulation arrivée à leurs feuilles , et l'empressement que j'aurai à les servir. Les recherches qu'on a faites par ordre de la cour chez tous les libraires, au sujet du libelle de Roy , sont cause de ce malheur. On cherchait des poisons , et on a saisi de bons remèdes. Voilà le train de ce monde. Ce misérable Roy n'est né que pour faire du mal; mais je me flatte que cette aventure pourra servir à faire discerner ceux qui méritent la protection du gouvernement et du public : c'est à quoi je vais travailler avec plus de chaleur qu'à mon discours de l'Académie.
J'embrasse tendrement celui dont je voudrais avoir les pensées et le style, et dont j'ai les sentiments ; et je prie le plus aimable des hommes de m'aimer un peu.
Voltaire.