CCCXXXIV
On (ait un ridicule à un homme du monde du talent et du goût d'écrire '. Je demande aux gens raisonnables : Que font ceux qui n'écrivent pas?
On ne peut avoir l'ame grande ou l'esprit un peu pénétrant sans quelque passion pour les lettres. Les arts sont consacrés à peindre les traits de la belle nature ; les sciences, à la vérité. Les arts ou les sciences embrassent tout ce qu'il y a , dans les objets de la pensée, de noble ou d'utile : de sorte qu'il ne reste à ceux qui les rejettent , que ce qui est indigne d'être peint ou enseigné.
CCCXXXVL
Voulez-vous démêler, rassembler vos idées , les mettre sous un même point de vue, et les
I Le tour élevé; métaphore qui peut parottre Incohérente. S. • Former un corps de raison. U faut de raisons, S. s Du goût d*éeHre. On a d<Ja observé que cette eipresston étoit incorrecte. S.
VAUVENARGUES
réduira en principes, Jetes-le» d'abord sur le papier. Quand vous n'auriez rien à gagner par œc usage du côté de b réflexion, ce qui est (aux manifestement , que n'acquerrie^-vous pas du côté de l'expression? Laissez dire à ceux ' qui r^rdeot cette étude comme au-dessous d'eux. Qui peut croire avoir plus d'esprit, un génie plus grand et plus noble que le cardinal de Richelieu? Qui a été chargé de plus d'aflaires et de plus importantes? Cependant nous avons des Controversée de ce grand ministre, et un TeUamerU politique : on sait môme qu'il n'a pas dédaigné la poésie. Un esprit si ambitieux ne pouvoit mépriser la gloire la plus empruntée et la plus à nous qu'on connoisse. Il n'est pas besoin de citer, après un si grand nom, d'autres exemples : le duc de La Rochefoucauld, l'homme de son siècle le plus poli et le plus capable d'intrigues, auteur du livre des Maximeê ; le fiimeux cardinal de Retz , le cardinal d'Ossat «, le chevalier Guillaume Temple ^, et une infinité d'autres qui sont aussi connus par leurs écrits que par leurs actions immortelles. Si nous ne sommes pas à même d'exécuter de si grandes choses que ces hommes illustres, qu'il paroisse du moins par l'expression de nos penséBS, et par ce qui dépend de nous, que nous n'étions pas incapables de les concevoir.
Sur la vériU el l^iloqu^nce.
ccotxxvn.
Deux études sont importantes : l'éloquence et la vérité; la vérité, pour donner un fondement solide à l'âoquence, et bien disposer notre vie; l'éloquence, pour diriger la conduite des autres hommes et défendre la vérité.
cccxxxvra.
La plupart des grandes affisires se traitent par écrit ; il ne suffit donc pas de savoir parlen tous les intérêts subdtemes, les engagements,
■ tùUsez dire à ceux, etc. 0 tua . ce semble, laituz dire
• Arnaud , Quittiial d'OMt»autanr delettrei KgvdéetoMUBe des cbeb-d'œnvre de politique, mourat à Rome le 15 man
3 GiiUlaoBie Tempte, QâttranéflociiÉewnglflÉs, anteard'un grand iMNPbre 4'oinrraflef hyMoriqucs. monnit dam le eamCé de Sussex en février IfiM. B.
les plaisirs, les devoirs de la vie civile, dent qu'on sache parler; c'est donc peu de savoir ^re. Nous aurions besoin tons les josis d'unir l'une et l'autre doquence; mais nulle ne peut s'acquérir, si d*abord on ne sait penser, et on ne sait guère penser si l'on n'a des principes fixes et puisés dans la vérité. Tout confinne notre maxime : l'étude du vrai la première, l'éloquence après.
Pensées diverses.
GCGXXXIX*
Cest un mauvais parti pour une fenuneqiie d'être coquette. Il est rare que celles de œ caractère allument de grandes passicms, et ee n'est pas à cause qu'elles sont légères, comme on croit communément, mais parceque personne ne veut être dupe. La vertu nous bk mépriser la feusseté, et l'amour -propre nops laédthair.
Est-ce force dans les hommes d*aToir des pa»sions, ou insuffisance et foiblesse? Est-ce grandeur d'être exempt de passion , ou médiocrité de génie? Ou tout est-il mêlé de foiblesse et de force , de grandeur et de petitesse?
CCCXU.
Qui est plus nécessaire au maintien d'ime société d'hommes foibles, et que lair foiblesse a unis, la douceur ou l'austérité? Il faut employer l'une et l'autre. Que la loi soit sévère et les hommes indulgents.
GCCXLD.
La sévérité dans les lois est bunumité pour les peuples; dans les hommes, elle est la ma^ que d'un génie étroit et cruel. Il n'y a que h nécessité qui puisse la rendre innocente.
GCGXLm.
Le projet de ra]q;>rocher les oondîtîops a foijours été un beau songe : la loi ne sauroit égaler ' les hiMnmes malgré la nature *.
* La Mfte MmroU égaler Im kmnmeg, égaux, n Aiiil égaiiser* S.
* Suivant l'artide m des droHs de rhonne
Uitmin
RÉFLEXIONS ET MAXIMES
l'y avoit de domination lëgitime que i 8*exeroe avec jastiœ , nous ne devrions i mauvais rois.
)iez rarement sur Festime et sur la con* un homme qui entre dans tous vos in* *il ne vous parle aussitôt des siens.
haïssons les dévots qui font profession *iser tout ce dont nous nous piquons, |uent souvent eux-mêmes de choses ens méprisables *.
cccxLvn.
par la conviction manifeste de notre lé *, que le hasard dispose si universel- 3t si absolument de tout. Il n'y a rien rare dans le monde que les grands taque le mérite des emplois : la fortune partiale qu'elle n'est injuste.
GCCXLVin.
fstère doat on enveloppe ses desseins quelquefois plus de foiblesse que d'inn , et sonvent nous iait plus de tort.
se de 1795, l'égalité cantine en ce que la M est la r tout ; toit qu*tlle protège , tfÀi qu'elle fumitte, et «nciNié ditUbnctiim de uaUttimce, aucmie héré' wooirt; mais Tartide V dit que la propriété ett le uir et de ditpoter de tet bient, de tet re^nut, dû n travail et de sou iuduttrie. Ces deux droits ne 4oun faciles à concilier, et l'homme né sans prons industrie se croira difficilement régal du riche le l'homme faidustrieux , même aux jeva. de la loi , est chargée de protéger la propriété etrindustite.
{Cette note ettdeM.de ForUa. ) Vauvenargues dit ici des devott , il le dit d'une ma- ^éràle au no CGXLI. B.
^ar la conviction tnamifeste de notre ineapaeité ird ditpote , etc. Cette pensée est obscure ; l'auteur ie crois, que c'est Ui conTictiaa que noue avons de «cité, qui nous fait abandonner tant de choses au t'y a rien de plut rare dont ienumde, dU-U en* et grtmdt tulentt et que le ntériu des omploit : le emplois ert une ellipse forcée. L'auteur i^joote : La plus partiale qu'elle n'ett injutte , c'est-à-dire I concurrents sans moyens , elle n'est pas in^futte en emploi à tel qui ne le mérite pas , mais partiale en à tel autre q«i{ ne le mértlie pi» danniage. s.
cccxux.
Ceux qui font des métiers infâmes, comme les voleurs, les femmes perdues , s'honorent de leurs crimes, et regardent les honnêtes gens comme des dupes. La plupart des hommes « dans le fond du cœur, méprisent la vertu , peu la gloire.
La Fontaine étoit persuadé ■ , comme il le dit , que l'apologue étoit un art divin. Jamais peut-être de véritablement grands hommes ne se sont amusés à tourner des fables.
CCCU.
Une mauvaise préface allonge considérablement uB mauvais livre ; mais ce qui est bien pensé est bien pensé, etee qui est bien écrit est bien écrit.
CCCLU.
Ce sont les ouvrages médiocres qu'il faut abréger. Je n'ai jamais vu de préfece ennuyeuse à la tète d'un bon livre.
CGGLUL
Toute hauteur * affectée est puérile ; si elle se fonde sur des titres supposés , elle est ridicule ; et si ces titres sont frivoles, elle est basse: le caractère de la vraie hauteur est d'être toujours à sa place.
Nous n'attendons pas d'un malade qu'il ait l'enjouement de la santé et la même force de
* La Fontaine étoit pertuadé, etc. On ne Toit pas queDe est la Uaison des deux parties de cette maximei ce qui la rend trte obscure. En disant que Jamais de véritablement grands hommes ne se sont amusés à tourner des fables, veuMl dire que c'est un art 4'inttinU, d'iutpiraUon? Mais cela paumit se dire de beaucoup d'autres genres de talents poétiques. Faut4l le prendre dans un sens déCàronMe? On a peine à le oraoeroir d'nprbt les éleget qu'il donne à La Fontilnedus ses Frmgmmlâ tur let poëtet. On voit plus vivement encore , dans ses Lettres à Voltaire, l'admiraUon que lui insplrott le talent de La Fontaine, qu'il a même défendu contre Voltaire. Au reste, cette maxime est du nombre de cefles qu'A avoit retranchées dans la seconde édition ; et il vouloit probablement la supprimer ou l'écWrdr.S.
» Toute hauteur, etc. Je crois qu'or^ndf est ici le mot propre. Hauteur, pris à Tabsolu , ne peut s'entendre dans un sens favorable. S.
VAUVENARGUES
corps ; s'il conservé même sa raison jusqu'à la fin , nous nous ea-'ttonnons; et s'il lait paroitre quelque fermeté , no^s disons qu'il y a de Taffectation dans cette mort : tant cela est rare et difficile. Cependant s'il arrive qu'un autre homme démente en mourant, ou la fermeté, ou les principes qu'il ^ professés pendant sa vie ; si dans l'état du monde le plus foible, il donife
quelque marque de foiblesse ô aveugle
malice de l'esprit humain ! il n'y a pas de contradictions si manifestes que l'envie n'assemble pour nuire,
On n'est pas appelé à la conduite des grandes affaires, ni aux sciences, ni aux beaux -arts, ni à la vertu, quand on n'aime pas ces choses pour elles-mêmes , indépendamment de la considération qu'elles attirent. On les cultiveroit donc inutilement dans ces dispositions : ni l'esprit, ni la vanité, ne peuvent donner le génie.
Il y a peu de pallions constantes ; il y en a beaucoup de sincères : cela a toujours été ainsi ; mais les hommes se piquent d'être constants ou indifférents, selon la mode, qui excède toujours la nature.
CCCLVn.
Les femmes ne peuvent comprendre qu'il y ait des hommes désintéressés à leur égard.
CCCLVffl.
Il n'est pas Ubre à un homme qui vit dans le monde, de n'être pas galant.
CCCUX.
Quels que soient ordinairement les avantages de la jeunesse , un jeune homme n'est pas bien Venu auprès des femmes jusqu'à ce qu'elles en aient fait un £it.
n est plaisant qu'on ait fait une loi de la pudeur aux femmes, qui n'estiment dans les hommes que l'effronterie.
On ne loue point une fenune ni un aoteor médiocre y comme eux-mêmes se louent.
CCCLXn.
Une femme qui croit se bien mettre ne soupçonne pas, dit un auteur, que son ajustemeot deviendra un jour aussi ridicule que la coiffure de Catherine de Hédicis. Toutes les modes doot nous sommes prévenus vieilliront peut-être avant nous, et même le bon ton.
CCCLXffl.
n y a peu de choses que nous sachions bien.
Si on n'écrit point paroequ'on pense, il est inutile de penser pour écrire.
Tout ce qu'on n'a pensé que pour les autres est ordinairement peu naturel.
La clarté est la bonne foi des philosophes.
CCCLXVII.
La netteté est le vernis des maîtres.
CCCLXVra.
La netteté épargne les longueurs , et sert de preuves aux idées ^
La marque d'une expression propre est que, même dans les équivoques , on ne puisse lui donner qu'un sens*
n semble que la raison , qui se communique aisément et se perfectionne quelquefois , devroit perdre d'autant plus vite tout son lustre et le mérite de la nouveauté : cependant les ouvra{>es des grands hommes , copiés avec tant de soin
' Sert de frewses. n faut dé freuve. M.
RÉFLEXIONS ET MAXIMES. 377
CCCLXXXî.
Le courage est la iumièi^ de l'adversité.