‹ Moralistes françoisChapitre 220 sur 309 · DXX · texte numérisé non relu

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Nous avons des règles pour le théâtre qui passent peut-être les forces de Fesprit humaiD.

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Lorsqu'une pièce est faite pour être jooée, il est injuste de n'en juger que par la lecture.

Dxxn.

Le but des poètes tragiques est d'émouvoir. C'est faire trop d'honneur à l'esprit humain de croire que des ouvrages irréguliers ne peuvent produire cet effet. Il n*est pas besoin de tant d'art pour tirer les meilleurs esprits de leur assiette , et leur cacher de grands défauts dans un ouvrage qui peint les passions. Il ne faut pas supposer dans le sentiment une délicatesse que nous n'avons que par réflexion , ni imposer aux auteurs une perfection qu'ils ne puissent atteindre; notre goût se contente à moins. Pourvu qu'il n'y ait pas plus d'irrégularités dans un ouvrage que dans nos propres conceptions, rien n'empêche qu'il ne puisse plaire , s'il est bon d'ailleurs. N'avons-nous pas des tragédies monstrueuses ^ qui entrsrînent toujours les sotf rages, malgré les critiques, et qui sont les délices du peuple , je veux dire de la jiss grande partie des hommes? Je sais que le succès de ces ouvrages prouve moins le génie de leurs auteurs que la foiblessede leurs partisans: c'est aux hommes délicats à choisir de meilleurs modèles, et à s'efforcer, dans tous les genres, d'égaler la belle nature ; mais comme elle n'est pas exempte de défauts, toute belle qu'elle par-oft, nous avons tort d'exiger des auteurs plus qu'elle ne peut leur fournir. Il s'en faut de beaucoup que notre goût soit toujours aussi difficile à contenter que notre esprit.

' On peut citer, par exemple , le théâtre de Shakspene et son prodigieux succès en Angleterre depuis phisieurs aiècles. mal* gré les nombreuses irrégularités de ses pièces.

RÉFLEXIONS ET MAXIMES

DXXm.

mt plaire à un itaducieur ' d'admirer tux défauts de son original , et d'attribuer ses sottises à la barbarie de son siècle. le je crois toujours apercevoir dans un les mêmes beautés et les mêmes défauts, aroit plus raisonnable d*en conclure que 1 écrivain qui joint de grands défauts à ilités éminentes, une grande imagination de jugement, ou beaucoup de force et irt, etc.; et quoique je n admire pas up Fesprit humain , je ne puis cependant sider jusqu'à mettre dans le premier rang ie si défectueux, qui choque continuelle sens commun.

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