‹ Moralistes françoisChapitre 277 sur 309 · LXV · texte numérisé non relu

LXV

Il n'y a point de si petits caractères qu'où ne puisse rendre agréables par le coloris. Le Fleit' mte de La Bruyère en est la preuve.

Les hommes aiment les petites peintures, pa^ cequ'elles les vengent des petits défapfs dont h société est infectée ; ils aiment encoi^ plus le ridicule qu'on jette avec art sur les quah'tës éminentes qui les blessent. Hais les honnêtes gens méprisent le peintre qui flatte si bassement la jalousie du peuple , ou la sienne propre, et qui foit métier d'avilir tout ce qu'il èiudroit respecter.

Lxvn.

La plupart des gens de lettres estiment beaucoup les arts , et nullement la vertu ; ils aiment mieu^ le portrait d'Alexandre que sa générosité. L'image des chq^es les touche ; l'original, point

> On trouve dans le manuscrit une Tariante de eette maxiine} la voici :

« La plupart des hommes naissent sérieux. U y a des plaisaoS de génie , mais en petit nombre. Les atflresle deviennent ^ iroilation , froids copistes de la vivacité et de la gaieté. » B.

RÉFLEXIONS ET MAXIMES

du tout. Ils ne veulent' pas qu'on les traite oomme fles ouvriers, et ils sont ouvriers jusqu'aux ongles 9 et jusqu'à la moelle des os.

LXVTII.

Les grandes et les premières règles sont trop forle^pour les écrivains médiocres, car elles les réduiroient à ne point écrire.

Peut-on estimer un auteur qui , affectant de mépriser les plus grandes choses» ne méprise pas de dire des pointes? qui, pour conserver un trait d'esprit , abandonne une vérité , et n a aucune honte de se contredire; qui ne connolt que la foiblesise de Tesprit humain , et n'en peut comprendre la force ; qui combat ridiculement l'éloquence par l'él^nce » le génie par l'art, et la sagesse par la raillerie. Parcequ'il nous dit qu'il n'estime aucune des choses du monde, lui devons-nous plus de respect?

Je trouve plaisant que quelqu'un aspire à se faire admirer, en nous insinuant que nous sommes des dupes d'estimer Alexandre ou Marc- Aurèle. En ouvrant mes yeux sur le foible des plus grands génies, il m'apprend à l'apprécier lui-même ce qu'il peut valoir. Il est le premier que je raie du tableau des hommes illustres.

Vous croyez que tout est problématique; vous ne voyez rien de certain, et vous n'estimez ni les arts , ni la probité , ni la gloire. Vous croyez cependant devoir écrire; vous pensez assez mal des hommes pour être persuadé qu'ils voudront lire des choses inutiles, et que vousmême n'estimez point vraies. Votre objet n'estil pas aussi de les convaincre que vous avez de l'esprit? Il y a donc quelque vérité : vous avez dioisi la plus grande et la plus importante pour les hommes, vous leur avez appris que vous aviez plus de délicatesse et phs de subtilité qu'eux. C'est la principale instruction qu'ils peuvent retirer de vos ouvrages. Se lasseront-ils de les lire ?

j.xxn.

C^ que bien des gens aujourd'hui appellent

écrire peêammeni, c'est dire uniment la vérité, sans plaisanterie et sans fard.

Un homme écrivoit à quelqu'un sur un intérêt

capital. Il lui parloit avec un peu de chaleur,

parcequ'il avoit envie de le persuader. Il montra

sa lettre à un homme de beaucoup d'esprit,

mais très-prévenu de la mode. Et pourquoi, lui

dit cet ami , n'avez-vous pas donné à vos raisons

un tour plaisant? Je vous conseille de refaire

votre lettre.

On raconte de je ne sais que! peuple, qu'Q

alla consulter un oracle pour s'empêcher dtrire

dans ses délibérations et dans le conseil public?

Nous ne sonunes pas encore si ,fous que ce

peuple.

n y a beaucoup de choses que nous savons mal , et qu'il est très bon qu'on redise.

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