‹ Moralistes françoisChapitre 294 sur 309 · LETTRE XI · texte numérisé non relu

LETTRE XI

Mai 1746.

La plupart de vos pensées me paroissent di-

gnes de votre ame et du petit nombre d'hommes de goût et de génie qui restent encore dans Paris , et qui méritent de vous lire. Hais plus j'admire cet esprit de profondeur et de sentiment qui domine en vous, plus je suis affligé que vous me refusiez vos lumières. Vous avez lu superficiellement une tragédie ^ pleine de foutes de copiste, sans daigner même vous informer de ce qui pouvoit être à la place de vingt sottises ininlelUgibles qui étoient dans le manuscrit. Vous ne m'avez foit aucune critique. J'en suis d'autant plus fâché contre vous, que je le suis contre moi-même , et je crains d'avoir foit un ouvrage indigne d'être jugé par vous. Cependant je méritois vos avis , et par le cas infini que j'en fais , et par mon amour pour la vérité , et par une envie de me corriger qui ne craint jamais le travail , et enfin par ma tendre amitié

pour vous.

Voltaire.

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