‹ Moralistes françoisChapitre 60 sur 309 · I CXIX · texte numérisé non relu

I CXIX

Les athées doivent dire des choses parfaitement claires; or, il n'est point parfaitement clair quel'ame soit matérielle.

Incrédules , les plus crédules. Us croient les mii*acles de Yespasien pour ne pas croire ceux de Moïse.

Sur la philosophie de Descartes.

Il faut dire en gros : Cela se fait par figure et mouvement, car cela est vrai. Hais dédire quelle ligure et mouvement, et composer la

ARTICLE KVIU.

Pensées sur la mort , qui ont été extr(ùie$ June lettre écrite par Pascal, au sujet de la mort de son père.

Quand nous sommes dans l'afBiction à cause de la mort de quelque personne pour qui nous avons de l'affection , ou pour quelque autre malheur qui nous arrive , nous ne devons pas chercher de la consolation dans nous-mêmes, ni dans les hommes, ni dans tout ce qui est créé; mais nous devons la chercher en Dieu seul. Et la raison en est, que toutes les créatures ne sont pas la première cause des accidents que nous appelons maux ; mais que la providence de Dieu en étant l'unique et véritable cause , l'arbitre et la souveraine, il est indubitable qu'il faut recourir directement à la source, et remonter juscjues à Torigine pour trouver un solide allégement. Que si nous suivons ce précepte , et que nous considérions cette mort qui nous afflige , non pas comme un effet du hasard, ni comme une nécessité fatale de la nature, ni comme le jouet des éléments et des parties qui composent l'homme ( car Dieu n'a pas abandonné ses élus au caprice du hasard), mais comme une suite indispensable, inévitable, juste, et sainte, d'un arrêt de la providence de Dieu , pour être exécuté dans la plénitude de son temps ; et enfin que tout ce qui est arrivé a été de tout temps présent et préordonné en Dieu : si , dis-je , par un transport de grâce, nous regardons cet accident , non dans lui-même , et hors de Dieu , mais hors de lui-même, et dans la volonté même de Dieu ; dans la justice de son arrêt, dans l'ordre de sa providence, qui en est la véritable cause, sans qui il ne fût pas arrivé , par qui seul il est arrivé , et de la manièi« dont il est arrivé; nous adorerons dans un humble silence la hauteur impénétrable de ses secrets; nous vénérerons la sainteté de ses arrêts » nous bénirons la conduite de sa provi-

SECONDE PARTIE, ART. XVIIL

iDissant notre volonté à celle de Dieu is voudrons avec lui , en lui , et pour e qu'il a voulue en nous et pour nous ernité.

le consolation qu'en la vérité seule, doute que Socrate et Sénèque n'ont lisse nous persuader et consoler dans 3ns. Ils ont été sous l'erreur qui a is les hommes dans le premier : ils ris la mort comme naturelle à l'homs les discours qu'ils ont fondés sur ÎQcipe sont si vains et si peu solides , ervent qu'à montrer par leur inutilité bomme en général est foible , puisque tautes productions des plus grands ^ hommes sont si basses et si pué-

^ pas de mémo de Jésus-Christ » il is ainsi des livres canoniques : la védécou verte; et la consolation y est i infailliblement qu'elle est infoilliblerée de l'erreur. Considérons donc la ; la vérité que le Saint-Esprit nous a [ous avons cet admirable avantage de que véritablement et effectivement la ne peine du péché, imposée à l'homme ier son crime , nécessaire à l'homme irger du péché ; que c'est la seule qui rrer l'ame de la concupiscence des , sans laquelle les saints ne vivent e monde. Mous savons que la vie , et Chi'étiens , est un sacrifice continuel ut être achevé que par la mort : nous le Jésus-Christ , entrant au monde, déré et s'est offert à Dieu comme un e et une véritable victime ; que sa naisvie, sa mort, sa résurrection , son , sa séance étemelle à la droite de son sa présence dans l'Eucharistie, ne n seul et unique sacrifice : nous savons li est arrivé en JésusrChrist doit arrius ses membres.

érons donc la vie comme un sacrifice ; . accidents de la vie ne fassent d'impres- . l'esprit des Chrétiens qu'à proportion lerrompent ou qu'ils accomplissent ce . N'appelons mal que ce qui rend la

victime de Dieu victime du diable; mais appelons bien ce qui rend la victime du diable en Adam victime de Dieu ; et , sur cette règle , examinons la nature de la mort.

Pour cela il faut recourir à la personne de Jésus-Christ ; car , comme Dieu ne considère les hommes que par le médiateur Jésus-Christ, les hommes aussi ne devroient regarder ni les autres, ni eux-mêmes, que médiatement par Jésus-Christ.

Si nous ne passons par ce milieu , nous ne trouverons en nous que de véritables malheurs, ou des plaisirs abominables : mais si nous considérons toutes ces choses en Jésus-Christ , nous trouverons toute consolation , toute satisfaction, toute édification.

Considérons donc la mort en Jésus-Christ, et non pas sans Jésus-Christ. Sans Jésus-Christ elle est hori'ible , elle est détestable , et l'horreur de la nature. En Jésus-Christ , elle est tout autre , elle est aimable , sainte , et la joie du fidèle. Tout est doux en Jésus-Christ jusqu'à la mort ; et c'est pourquoi il a souffert et est mort pour sanctifier la mort et les souffrances : et comme Dieu et comme homme , il a été tout ce qu'il y a de grand et tout ce qu'il y a d'abject , afin de sanctifier en soi toutes choses, excepté le péché , et pour être le modèle de toutes les conditions.

Pour considérer ce que c'est que la mort , et la mort en Jésus-Christ , il fout voir quel rang elle tient dans son sacrifice continuel et sans interruption, et pour cela remarquer que, dans les sacrifices, la principale partie est la mort derhostie. L'oblation et la sanctification qui précèdent sont des dispositions; mais l'accomplissement est la mort, dans laquelle, par l'a^ néantissement de la vie , la créature rend à Dieu tout l'hommage dont elle est capable , en s'anéantissant devant les yeux de sa majesté , et en adorant sa souveraine existence, qui existe seule essentiellement. Il est vrai qu'il y a encore une autre partie après la mort de l'hostie , sans laquelle sa mort est inutile; c'est l'acceptation que Dieu fait du sacrifice. C'est ce qui est dit dans l'Écriture : Et odoratus est Dominus odorem suavitatis (Gènes. ^ 8, 21 ) ; Et Dieu a reçu l'odeur du sacrifice. C'est véritablement celle-là qui couronne l'oblation ; mais elle est plutôt une

PENSÉES DE PASCAL

nonté, ei par a propre forae, et ] de soDSainl-Esprit, qw reoviraoDfl paris. Il aëté eolevé oooaie 11 fîim mes, qui est b figure de Jësos-Chris tee en haot par Tair qui lasoutenoit figure du Sâînt-Esprit: et les Actes ( BOUS marqneat expressémeBt qu'A

actk» de Dieu ?ers la créature, que de la créature ters Dieu; et elle n*enpédie pas que la deniière actioB de la créature ne soit la mort.

Toutes œs choses ont été accomplies en Jésus- Christ. En entrant au inonde, il s'est offiert : OtÊmOtsemeâpoÊm per SpiritaR jamum. xHebr. , 9 > 14. ^ Ingred&ems woÊmdmm dini : HotbtÊM a \ dd, pour nous assurer que ce sai okimtkmam moimsd : eorpms ûmtem apUuâ «ûàt. > accompli en terre a été accepté et r {Behr.^ M, 5,7.) TmMc dixî : Ecce vemo. In sein de Dieu. €afke lÀbfi Kfifimm eu deme, uf faeerauvo- Voilà l'état des choses en notre soi lualafcai funm : Deus muus, rohâ, €f leyam gneur. Considérons-les en nops i fiHiM m medh tordis ma { Psolm., 39 : Il s'est ! Lorsque nous entrons dans TEglise offni Imi-mûme par le Sami-Esprii. fnfrntf [ monde des fidèles , et particdièreBM lÂms le Momle, ii a dit : Sâgnoir, Us sacrifitts \ on Jésus-Christ eatra dans le mon» mtramssomi pomt agréables; muûstfomsmares . incarnation, parmi privilège partîcu formémm corps, Ahrsj'aàSl : Me roki,jerieus . unique de Dieu , nous somoKS oflfim seUmqm'U ea éerk detmoidams le Lure, poar i fiés. Ce sacrifice se continue par la ^ foùrt, mon Kern, roirttolomtè:c'esiamsù, mon . oompGt àlaroort, dans laquelle Fam Dieu, cr fmej'n roula, €f raùne lot est dams le mùiiem de mmm eormr. Voilà son obbtion. Sa sanctification a suiri immédiatement son obbtion. Ce sacrifice a duré toute sa rie, et a été ac> COmpK par samorL lia fallu quU aà passé par les somfframtes poaremirer cm sa gloirr^ ilxc, ai, 9S. t ^uryoïirs de sa ckair, atfomi offert arec mm framd cri d arec lanmes ses prières ei ses sapplicaaioms à ctUù qm pomr^ le tirer de la Morf , U m été ejramcé stiom som kmmble respect par son Pcre; et qimoiqm'U fût le Fils deDiem, iia appris rohcissmmce par font cr fui/ a soaffert, i Hekr,^ 5, 7 , & ' El Dieu Faressosâte, et lui a encore sa gloire, figurée autrefois par le feu du ciel qui tombait sur les rictîmes , pour brûler et CMisumer son corps, et le bire rirre de b rie de b gkàre, Cesl œ que Jesus-Chrisi a obienu«ctquiaeleaci»Mnpiip^ ^ resurrec-

Ainsî re sacrifice étant parfait par b mort de Jesus<3irisi , et cittsiomme airiDe en sl<o corps Idr sa T^t!»urrtctîon, ou fima^ de b dudr du phtht a t^eatoorlve parb gkôre* Jesas-Christ z%<èL tciut acbe^v i)e$a pan : et i ne re^sic^t plus sinca que k sacrîbo^ Ait aocvple de Ken* « que, oùmiDe b fiimee s'eleu4t, et pivteit Fo- <îeur au v\*Tte de Dien , aitssà Je:<i«tM.^rist fut « es o^ eise. c'niiiDv^ixa pàrtaîie* oÉ)ierU piwte« et reçu ail tKatt àt Djen même : et c*est re qiù a eLt xxam^AtmTlsoB^km^ en btpieUe i est

TeritaUement tous les rices et Fan terre, dont b contagion I mfede tt rant cette rie, elle achère son immofa reiçue dans le sein de Dieu.

Ne nous afH^eons donc pas de I fiilèks, comme les païens qui n'ont perance. Xous ne les anms pas pen ment de leur mort. Sons les arioi pour ainsi dire, dès qu'is étoîent e FEgfae par le bofUème. I>ès4ars 3 Dieu. Leur rieétoit Touee à Dieu ; le ne regardotent le monde que pour!

leurmort,3ssesûnt cntièrementd peiifeès; et c'est en ce moment qui reiçus de Dieu , et que leur sacrifice aoojm|i&s$enieot et son oouronnemei

Us ont £Mt ce qiiHs amtent tou achevé Foti vre que Dieu leur a^t da ik ont accv^iU] ili b seule diose pour a^vi»ent eie crv^rs. La w4ùatê de Di <v«u| ilio en eus , et leur Tîikfilé est a! Ditii. ^Viie notre ^^.^le ne sépare i qiie Diec a uni : et etoufTciOS ou mo Fmu>]li'^^ooe de b write les sentimeii ture Ciirï\«i:i]'iueel lieçae.qui n*a qw in^^« et qjî tiv^^« par ses 3 sMKieie tks smnimefits que b Térité g^ Jk*i »i>iis<k«iDer.

Ne consàdc^iss dcmrp^nsb mort <

SECONDE PARTIE, ART. XVlll.

avec respénmœ , comme $aint Paul Tordonne, puisque c est le privîl^e spécial des Chrétiens. Ne considérons plus un corps comme une charogne infecte, car la nature trompeuse nous le représente de la sorte , mais comme le temple inviolable et étemel du Saint-Esprit , comme la foi l'apprend.

Car nous savons que les corps des saints sont habités par le Saint-Esprit jusques à la résurrection , qui se fera par la vertu de cet Esprit qui réside en eux pour cet effet. C*est le sentiment des Pères. C'est pour cette raison que nous honorons les reliques des morts , et c est sur ce vnu principe que Ton donnoit autrefois TEucharistie dans la bouche des morts ; parceque , comme on savoit qu'ils étoient le temple du Saint-Esprit , on croyoit qu'ils méritoient d'être ans» unis à ce saint sacrement. Mais l'Église a dangé cette coutume ; non pas qu'elle croie que ces corps ne soient pas saints, mais par cette nison , que l'Eucharistie étant le pain de vie et des vivants, il ne doit pas être donné aux morts.

Ne considérons plus les fidèles qui sont morts en la grâce de Dieu comme ayant cessé de vivre, quoique la nature le suggère ; mais comme commençant à vivre, comme la vérité l'assure. Ne amsidérons plus leurs âmes comme péries et réduites au néant; mais comme vivifiées et unies an souverain vivant : et corrigeons ainsi , par Tattention à ces vérités, les sentiments d'erreur qni sont si empreints en nous-mêmes, et ces mouvements d'horreur qui sont si naturels à rhomme.

Dieu a créé l'homme avec deux amours , l'un pour Dieu , l'autre pour soi-même ; mais avec cette loi , que l'amour pour Dieu seroit infini , c'est-à-dire sans aucune autre fin que Dieu même, et que l'amour pour soi-même seroit fini et' rapportant à Dieu.

L'homme en cet état, non seulement s'aimoit sans péché , mais il ne pouvoit pas ne point s'aimer sans péché.

Depuis, le péché étant arrivé, l'homme a pmiule premier de ces amours; et l'amour poor soi-mêmeétant resté seul dans cettegrande

ame capable d'un amour infini , cet amour-pro-

' n bot toos-coteadre Je. (if ote <fe r^l. de «saa.)

pre s'est étendu et débordé dans le vide que l'amour de Dieu a laissé; et ainsi il s'est aimé seul, et toutes choses pour soi, c'est-à-dire infiniment.

Voilà l'origine de l'amour-propre. II étoit naturel à Adam, et juste en son innocence; mais il est devenu et criminel et immodéré, ensuite de son péché. Voilà la source de cet amour, et la cause de sa défectuosité et de son excès.

Il en est de même du désir de dominer, de la paresse, et des autres vices. L'application en est aisée à faire au sujet de l'horreur que nous avons de la mort. Cette horreur étoit naturelle et juste dans Adam innocent, parceque sa vie étant très agréable à Qieu, elle devoit être agréable à l'homme : et la mort eût été horrible, parcequ'elle eût fini une vie conforme à la volonté de Dieu. Depuis, l'homme ayant péché, sa vie est devenue corrompue, son corps et son ame ennemis l'un de l'autre , et tous deux de Dieu.

Ce changement ayant infecté une si sainte vie, l'amour de la vie est néanmoins demeuré; et l'horreur de la mort étant restée la même , ce qui étoit juste en Adam est injuste en nous.

Voilà l'origine de l'horreur de la mort, et la cause de sa défectuosité. Éclairons donc l'erreur de la nature par la lumière de la foi.

L'horreur de la mort est naturelle ; mais c'est dans l'état d'innocence , parcequ'elle n'eût pu entrer dans le paradis qu'en finissant une vie tonte pure. U étoit juste de la haïr, quand elle n'ei^ pu arriver qu'en séparant une ame sainte d'un corps saint : mais U est juste de l'aimer, quand elle sépare une ame sainte d'un corps impur* Il étoit juste de la fuir, quand elle eût rompu la paix entre l'ame et le corps; mais non pas quand elle en calme la dissension irréconciliable. Enfin, quand elle eût affligé un corps innocent, quand elle eût ôté au corps la liberté d'honorer Dieu , quand elle eût séparé de l'ame un corps soumis et coopérateur à ses volontés, quand elle eût fini tous les biens dont l'homme est capable, il étoit juste de l'abhorrer : mais quand elle finit une vie impure , quand elle ôte au corps la liberté de pécher, quand elle délivre Famé d'un rebelle très puissant, et contredisant tous les motifs de son salut , il est très injuste d'en conserver les mêmes sentiments.

PENSÉES DE PASCAL

Ne quittons donc pas cet amour que h nature nous a donné pour b vie, puisque nous l'ayons reçu de Dieu ; mais que œ soit pour h même vie pour laquelle Dieu nous Ta donné , et non pas pour un objet contraire. Et en consentant à l'amour qu'Adam avoit pour sa vie innocente, et que Jésus-Christ même a eu pour la sienne , portons-nous à hair une vie contraire à celle que Jésus-Christ a aimée , et à n'appréhender que la mort que Jésus-Christ a appréhendée , qui arrive à un corps agréable à Dieu ; mais non pas à craindre une mort qui , punissant un corps coupable , et purgeant un corps vicieux , doit nous donner des sentiments tout contraires , si nous avons un peu de foi , d'espérance et de charité.

C'est un des grands principes du christianisme, que tout ce qui est arrivé à JésusrChrist doit se passer et dans l'ame et dans le corps de chaque Chrétien; que comme Jésus- Christ a souffert durant sa vie mortelle , est mort à cette vie mortelle , et ressuscité d'une nouvelle vie , et est monté au ciel , où il est assis à la droite de Dieu son père , ainsi le corps et l'ame doivent souffrir, mourir, ressusciter, et monter au

dei.

Toutes ces choses s'accomplissent dans l'ame durant cette vie , mais non dans le corps.

L'ame souffre et meurt au péché dans la pénitence et dans le baptême ; l'ame ressuscite à une nouvelle vie dans ces sacrements ; et enfin l'ame quitte la terre et monte au ciel en menant une vie céleste ; ce qui lait dire à saint Paul : Nostra conversatio in cœtis est, {PhHipp.,Zf 20.)

Aucune de ces choses n'arrive dans le corps durant cette vie, mais les mêmes choses s'y passent ensuite. Car à la mort, le corps meurt à sa vie mortelle : au jugement , il ressuscitera a une nouvelle vie : après le jugement, il montera au ciel , et y demeurera éternellement. Ainsi les mêmes choses arrivent au corps et à l'ame , mais en différents temps ; et les changements du corps n'arrivent que quand ceux de l'ame sont accomplis, c'est-à-dire après la mort : de sorte que la mort est le couronnement de la béatitude de l'ame, et le commencement de la béatitude du corps.

Voilà les admirables conduites de la sagesse de Dieu sur le salut des âmes ; et saint Augustin

nous apprend, sar ce sujet, que Dien en a disposé de la sorte, de peur que, si le corps de l'homme fût mort et ressusdlé pour jamais dans le baptême , on ne fât entré dans l'obéissance de l'Evangile que par l'amour de la vie ; au lieu que la grandeur de la foi édate bien davantage lorsque l'on tend à l'immortalité par les ombres de la mort.

Il n*est pas juste que nous soyons sans ressentiment et sans douleur dans les afflictions et les accidents fâcheux qui nous arrivent , comme des anges qui n'ont aucun sentiment de la nature : il n'est pas juste aussi que nous soyons sans consolation , comme des païens qui n'ont aucun sentiment de la graœ : mais il est juste que nous soyons afRigés et consolés comme Chré* tiens, et que la consolation de la grâce l'emporte par-dessus les sentiments de la nature, afin que la grâce soit non seulement en nous , mais victorieuse en nous ; qu'ainsi en sanctifiant le nom de notre père , sa volonté devienne la nôtre ; que sa grâce règne et domine sur la nature , et que nos afflictions soient comme la matière d'un sacrifice que sa grâce consomme et anéantisse pour la gloire de Dieu , et que ces sacrifices particuliers honorent et préviennent le sacrifice universel où la nature entière doit être consommée par la puissance de Jésus-Christ.

Ainsi nous tirerons avantage de nos propres imperfections , puisqu'elles serviront de matière à cet holocauste : car c'est le but des vrais Chrétiens de profiter de leurs propres imperfections, parceque tout coopère en bien pour les élus.

Et si nous y prenons gaixie de près , nous trouverons de grands avantages pour notre édification , en considérant la chose dans la vérité ; car puisqu'il est véritable que la mort du corps n'est que l'image de celle de l'ame , et que nous bâtissons sur ce principe, que nous avons sujet d'espérer du salut de ceux dont nous pleurons la mort , il est certain que , si nous ne pouvons arrêter le cours de notre tristesse et de notre déplaisir, nous devons en tirer ce profit, que, puisque la mort du corps est si terrible , qu'elle nous cause de tels mouvements, celle de l'ame devroit nous en causer de plus inconsolables. Dieu a envoyé la première à ceux que nous re-

gretlOBS ; mais nous espérons qu'il a détourné b seconde. Considérons donc la grandeur de nos biens dans la grandeur de nos maux, et que le&cès de notre douleur soit la mesure de (die de notre joie.

Il n*y a rien qui puisse la modérer, sinon la crainte que leurs âmes ne languissent pour quelque temps dans les peines qui sont destinées à purger le reste des péchés de cette vie : et cest pour fléchir la colère de Dieu sur eux , que BOUS devons soigneusement nous employer.

La prière et les sacrifices sont un souverain remède à leurs peines. Mais une des plus solides et des plus utiles charités envers les morts, est de faire les choses qu'ils nous ordonneroient, s*ils étoient encore au monde, et de nous mettre pour eux en Tétat auquel ils nous souhaitent à présent.

Par cette pratique, nous les faisons revivre en nous en quelque sorte , puisque ce sont leurs conseils qui sont encore vivants et agissants en Doos ; et comme les hérésiarques sont punis en Tautre vie des péchés auxquels ils ont engagé leurs sectateurs, dans lesquels leur venin vit encore ; ainsi les morts sont récompensés , outre leur propre mérite , pour ceux auxquels ils ont donné suite par leurs conseils et leur eiemple.

L'homme est assurément trop infirme pour pouvoir juger sainement de la suite des choses fbuuies. Espérons donc en Dieu , et ne nous btiguons pas par des prévoyances indiscrètes et téméraires. Remettons-nous à Dieu pour la conduite de nos vies , et que le déplaisir ne soit pas dominant en nous.

Saint Augustin nous apprend qu*il y a dans diaque homme un serpent , uneËve et un Adam. Le serpent , sont les sens et notre nature |4*Ëve est lappétit ooncupiscible , et TAdam est la nison.

La nature nous tente continuellement; Tappétit ooncupiscible désire souvent; mais le péché n'est pas achevé , si la raison ne consent.

Lûssons donc agir ce serpent et cette Eve , si nous ne pouvons Tempécher : mais prions Keu que sa grâce foitifie tellement notre Adam , qu'il demeure victorieux; que Jésus-Christ en

SECONDE PARTIE, ART. XIX. U9

soit vainqueur, et qu'il règne éternellement en nous.

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