CCXCIII
La modération ne peut avoir le mérite de combattre l'ambition et de la soumettre ; elles ne se trouvent jamais ensemble. La modération est la langueur et la paresse de Tàme , comme lambition en est Tactivité et Tardeur '.
Nous aimons toujours ceux qui nous admirent, et nous n'aimons pas toujours ceux que nous admirons.
Il s'en fout bien que nous ne oonnoissions toutes nos volontés *.
Il est difficile d'aimer ceux que nous n'estimons point; mais il ne l'est pas moins d'aimer ceux que nous estimonsbeauconp plus que nous.
ccxcvn.
Les humeurs du corps ont un cours ordinaire et réglé, qui meut et qui tourne imperceptiblement notre volonté. Elles roulent ensemble, et exercent successivement un empire secret en nous : de sorte qu'elles ont une paît considérable
< yar. La modératioii dans la plupart des hommes ii*a garde de combattre et de soumettre l'ambition, puisqu'elles ne se peuyent trouyer ensemble ; U modération n'étant d'ordinaire qu'une paresse , une langueur , et un manque de courage : de manière qu'on peut Justement dire, à leur é^und, que la modération est une bassesse de l'ame , comme l'ambition en est l'élévation. ( 1665 — n« 17. )
* yar. Comment peut-on répondre de ce qu'on voudra à l'avenir, puisque l'on ne sait pas précisément ce que l'on veut dans le temps présent ? (1665 — n» 74.)
Dans le temps où La Rochefoucauld écrivolt, et il y a peu d'années encore, lonqu'aprés il t'en faut il n'y avoit point d'adverbe , ou qu'il y en avoit un autre que peu , on pouvoit indilTéremment employer ou retrancherne. Aujourd'hui la langue est fixée sur ce point, et toutes les fois que le verbe il s'en faut n'est accompagné ni d'une négation, ni de quelques mots qui aient un sens négatif, tels q;aepeu , guère , presque , rien , etc. , la proposition subordonnée s'emploie sans la négative ne. Tous les (•diteurs se sont permis de corriger cette faute , qui se retrouve plusieurs fois dans l'ouvrage.
à toutes nos actions, sans que nous le puissions connottre '.
CCXCVffl.
La reoonnoissance de la plupart des honunes n'est qu'une secrète envie de recevoir de plus grands bienfoits.
Presque tout le monde prend plaisir à s'acquitter des petites obligations : beaucoup de gens ont de lia reconnoissance pour les médiocres; mais il n'y a quasi personne qui n'ait de l'ingratitude pour les grandes.
CGC.
II y a des folies qui se prennent comme les maladies contagieuses.
Assez de gens méprisent le bien ; mais peu savent le donner.
cccn.
Ce n'est d'ordinaire que dans de petits intérêts où nous prenons le hasard de ne pas croire aux apparences.
ccan.
Quelque bien qu'on nous dise de nous, on ne nous apprend rien de nouveau.
Nous pardonnons souvent à ceux qui nous ennuyent ; mais nous ne pouvons pardonner à ceux que nous ennuyons.
L'intérêt, que Ton accuse de tous nos crimes,
' Far, Nous ne nous apercevons que des emportements , et des mouvements extraordinaires de nos humeurs et de notre tempérament , comme de la violence de la colère ; mais personne quasi ne s'aperçoit que ces humeurs ont un cours ordinaire et réglé, qui meut et tourne doucement et imperceptiblement notre volonté à des actions différentes; elles roulent ensemble, s'il faut ainsi dire, et exercent suoceashrenient un empire secret en nous-mêmes : de sorte qu'elles ont une paît considérable en toutes nos actions , sans que nous le paMM» reooonottre. ( 1665 — n« 48.)
DE LA ROCHEFOUCAULD
mérite souvent d'être loué de nos bonnes actions.
On ne trouve guère d'ingrats» tant qu'on est en état de faire du bien.
• cccvn.
II est aussi honnête d'être glorieux avec soimême, qu'il est ridicule de Fêtre avec les autres.
cccvm.
On a fait une vertu de la modération , pour borner l'ambition des grands hommes, et pour œnsoler les gens médiocres de leur peu de fortune et de leur peu de mérite.
CCOX,
Il y a des gens destinés à être sots, qui ne font pas seulement des sottises par leur choix , mais que la fortune même contraint d'en faire.