CHAPITRE XV
De la Brutalité.
La brutalité est une certaine dureté, et j'ose dire une férocité qui se rencontre dans nos manières d'agir et qui passe même jusqu'à nos paroles. Si vous demandez à un homme brutal : Qu'est devenu un tel ? il vous répond durement : Ne me rompez point la tête. Si vous le saluez, il ne vous fait pas l'honneur de vous rendre le salut : si quelquefois il met en vente une chose qui lui appartient , il est inutile de lui en demander le prix, il ne vous écoute pas ; mais il dit fièrement à celui qui la marchande : Qu'y trouvezvous à dire? Il se moque de la piété de ceux qui envoient leurs oiFrandes dans les temples au jour d'une grande célébrité. Si leurs prières, dit-il, vont jusques aux dieux, et s'ils en obtiennent les biens qu'ils souhaitent , l'on peut dire qu'ils les ont bien payés, et (ju'ils ne leur s*)nt pas donnés pour rien. Il est incxo-
' Pour être (Htitivs hors de la vil'e, suiv. nt la loi de So!o«.
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rableà celui qui, sans dessein, Taura poussé légèrement, ou lui aura marché sur le pied ; c'est une faute qu'il ne pardonne pas. La première chose qu'il dit à un ami qui lui emprunte quelque argent, c'est qu'il ne lui en prêtera point : il va le trouver ensuite, et le lui donne de mauvaise grâce, ajoutant qu'il le compte perdu . Il ne lui arrive jamais de se heuter à une pierre qu'il rencontre en son chemin , sans lui donner de grandes malédictions. Il ne daigne pas attendre personne , et si Ton diffère un moment à se rendre au lieu dont on est convenu avec lui , il se retire. 11 se distingue toujours par une grande singularité ; ne veut ni chanter à son tour, ni réciter dans un repas, ni même danser avec les autres. En un mot, on ne le voit guère dans les temples importuner les dieux, et leur faire des vœux ou des sacrifices.