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CHAPITRE XXV

De la Peur ou du défaut de Courage.

Cette crainte est un mouvement de l'âme qui s'ébranle ou qui cède , en vue d'un péril vrai ou imaginaire ; et l'homme timide est celui dont je vais faire la peinture. S'il lui arrive d'être sur la mer , et s'il aper-

' Voyez le chapitre ii, de la riatterie. ^ Av«c des huiles de senteur.

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çoit de loin des dunes ou des promontoires , la peur lui fait croire que ce sont les débris de quelques vaisseaux qui ont fait naufrage sur cette côte ; aussi tremble-t-il au moindre flot qui s'élève , et il s'informe avec soin si tous ceux qui naviguent avec lui sont initiés * . S'il vient à remarquer que le pilote fait une nouvelle manœuvre , ou semble se détourner comme pour éviter un écueil, il l'interroge, il lui demande avec inquiétude s'il ne croit pas s'être écarté de sa route , s'il tient toujours la haute mer, et si les dieux sont propices ^ . Après cela il se met à raconter une vision qu'il a eue pendant la nuit, dont il est encore tout épouvanté , et qu'il prend pour un mauvais présage. Ensuite, ses frayeurs venant à croître, il se déshabille et ôte jusqu'à sa chemise , pour pouvoir mieux se sauver à la nage ; et, après cette précaution, il ne laisse pas de prier les nautonniers de le mettre à terre. Que si cet homme faible , dans une expédition militaire où il s'est engagé, entend dire que les ennemis sont proches, il appelle ses compagnons de guerre , observe leur contenance sur ce bruit quicourt , leurdit qu'il est sans fondement , et que les coureurs n'ont pu discerner si ceux qu'ils ont découverts à la campagne sont amis ou ennemis : mais si l'on n'en peut plus douter

' Le» anciens naviguaient rarement avec ceux qui passaient pour impies ; et ils se faisaient initier avant de partir, c'est-à-dire instruire des mystères de quelque divinité, pour se la rendre propice dans leurs voyages. Voyez le chap. xvi, de la Superstition.

' Ils consultaient les dieux par les sacrifices ou par les augures , c' est-a-dire , par le vol, le chant et le manger des oiseaux , el encore par les entrailles des ))êtes.

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par les clameurs que Ton entend, et s'il a vu lui-même (le loin le commencement du combat , et que quelques hommes aient paru tomber à ses yeux ; alors, feignant que la précipitation et le tumulte lui ont fait oublier ses armes , il court les quérir dans sa tente , où il cache son épée sous le chevet de son lit , et emploie beaucoup de temps à la chercher ; pendant que , d'un autre côté, son valet va par ses ordres savoir des nouvelles des ennemis , observer quelle route ils ont prise , et où en sont les affaires ; et dès qu'il voit apporter au camp quelqu'un tout sanglant d'une blessure qu'il a reçue, il accourt vers lui, le console et l'encourage, étanche le sang qui coule de sa plaie , chasse les mouches qui Timportunent , ne lui refuse aucun secours, et se mêle de tout, excepté de combattre. Si , pendant le temps qu'il est dans la chambre du malade , qu'il ne perd pas de vue , il entend la trompette qui sonne la charge : Ah ! dit-il avec imprécation , puisses-tu être pendu, maudit sonneur qui cornes incessamment, et fois un bruit enragé qui empêche ce pauvre homme de dormir ! 11 arrive même que, tout plein d'un sang qui n'est pas le sien , mais qui a jailli sur lui de la plaie du blessé , il fait accroire à ceux qui reviennent du combat qu'il a couru iln grand risque de sa vie pour sauver celle de son ami ; il conduit vers lui ceux qui y prennent intérêt , ou comme ses parents , ou parce qu'ils sont d'un même pays ; et là il ne rougit pas de leur raconter quand et de quelle manière il a tiré cet homme des mains des ennemis , et l'a api)')rté dans SI tente.

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