XIX
Que ta table soit saine, que le luxe en soit banni.
LKS YKRt» DORÉS. 451
Évite de rien faire qui puisse t' attirer Tenvie.
Ne cherche point à briller par des dépenses déplacées , comme si tu ignorais ce qui est convenable et beau. Ne te pique pas non plus d'une épargne excessive. Rien n'est préférable à la juste mesure qu'il faut observer en toutes choses.
XXÏI.
N'entame point un projet qui doive tourner contre toi-même : refléchis avant d'entreprendre.
XXIlï.
N'abandonne pas tes yeux aux douceurs du sommeil avant d'avoir examiné par trois fois les actions de ta journée. Quelle faute ai-je commise? Qu'ai-je fait? A quel devoir ai-je manqué? Commence par la première de tes actions , et parcours ainsi toutes les autres. Reproche-toi ce que tu as fait de mal ; jouis de ce que tu as fait de bien * .
* Cette maxime mérite bien de faire conserver avec respect les rera dorés.
4r>â LES VERS DORÉS.
Médite sur les préceptes que je viens de te donner, travaille à les mettre en pratique , apprends à les aimer. Ils te conduiront sur les traces de la divine vertu ; j'en jure par celui qui a transmis dans nos âmes le sacré quaternaire , source de la nature éternelle.
Avant de rien commencer , adresse tes vœux aux immortels , qui seuls peuvent consommer ton ouvrage. C'est en suivant ces pratiques que tu parviendras à connaître par quelle concorde les dieux sont liés aux mortels , quels sont les passages de tous les êtres , et quelle puissance les domine. Tu connaîtras , comme il est juste , que la nature est, en tout , semblable à elle-même. Alors tu cesseras d'espérer ce que tu espérais en vain , et rien ne te sera caché ^ .
' Chez les pythagoriciens , la monade ou T unité représente Dieu même parce qu'elle n'est engendrée par aucun nombre, qu'elles les engendre tous, qu'elle est simple et sans aucune composition. La dyade, ou le nombre deux , est l'image de la nature créée , parce qu'elle est le premier produit de l'unité , parce qu'elle est composée, parce qu'ayant des parties elle peut se décomposer et se dissoudre. La monade et la dyade réunies forment le ternaire, et représentent l'immensité de tout ce qui existe, l'être immuable, et la matière altérable et changeante. J'ignore par quelle propriété le quaternaire, le nombre quatre, est encore un emblème de la divinité.
2 Pythagore croyait sans doute entendre tout cela, et tout le monde croyait aussi l'entendre dans son école.
LES VKRS DORÉS. 4f)3
Tu connaîtras que le hommes sont eux-mêmes les artisans de leurs malheurs. Infortunés ! ils ne savent pas voir les biens qui sont sous leurs yeux ; leurs oreilles se ferment à la vérité qui leur parle. Combien peu connaissent les vrais remèdes de leurs maux ! C'est donc aiiïsi que la destinée blesse l'entendement des humains ! Semblables à des cylindres fragiles, ils roulent çà et là, se heurtant sans cesse , et se brisant les uns contre les autres.
La triste discorde , née avec eux , les accompagne toujours et les blesse , sans se laisser apercevoir. Il ne faut pas lutter contre elle. Mais la fuir en cédant.
O Jupiter , père de tous les humains , vous pourriez les délivrer des maux qui les accablent , et leur faire connaître quel est le génie funeste auquel ils s'abandonnent.
Mortel, prends une juste confiance. C'est des dieux mêmes que les humains tirent leur origine : la sainte
va LES V£BS DORÉS.
nature leur découvre tous ses secrets les plus cachés. Si elle daigne te les communiquer , il ne te sera pas difficile de remplir mes préceptes. Cherche des remèdes aux maux que tu endures ; ton âme recouvrera bientôt la santé.
Mais abstiens-toi des ^liments qne je t'ai défendus. Apprends à discerner ce qui est nécessaire dans la purification et la délivrance de Tâme *. Examine tout , donne à la raison la première place , et, content de te laisser conduire, abondonne-lui les rênes.
XXXÏ.
Ainsi , quand tu auras quité tes dépouilles mortelles, tu monteras dans Tair libre, tu deviendras un dieu immortel, incorruptible, et la mort n'aura plus d'empire sur toi.
' I.ies pythagoriciens croyaient , par Tabstinence et les purifications , pouvoir communiquer avec les dieux , et participer à leur Kcience. Porphyre nous apprend que de tristes contemplatifs se sont quelquefois crevé les yeu\ pour mieux apercevoir la vérité intérieure, en se détachant du spectacle des choses terrestres.