Le lion de Némée, C’est « la
peau léonine, — dont Héraklès couvrait son épaule divine.» Le manteau sanglant taillé dans un lion est d’une beauté moins simple, et tragique plus que sculpturale.
4, Les Sylvains sont les dieux des forêts : «Et Nymphes et Sylvains sortaient pour l’admirer [Homère], — et l’écoutaient en foule, et n’osaient respirer, »
A. CHÉNIER, l’Aveugle: — Pour lé sens de la mythologie naturaliste chez Musset, cf, p. 184, n. 2 et passim.
5. Le sens de ce vers éloquent est difficile-à préciser. Tant de beaux mythes ont représentéles douleurs humaines (par exemple celui d’'Orphée et d’Eurydice), tant d’œuvres d’art ont exprimé noblement de grandes infortunes (par exemple Niobé, qui voit massacrer ses enfants par les traits d’Apollon), qu’il peut sembler à un poète que les - Grecs, au lieu de ployer ou de
s’humilier sous la souffrance,
ou de la subir comme une dé- . chéance inintelligible et comme
. une laideur, ont gardé le privi-
lège de la sérénité. et de l’har-
monie jusque dans la douleur, — w’il ont su souffrir comme des ieux. Ce serait une interpréta-
tion esthétique de ce vers.— Ou
Où le monde adorait ce qu’il tue aujourd’hui ;
Où quatre mille dieux! n’avaient pas un athée;
Où tout était heureux, excepté Prométhée,
- Frère aîné de Satan, qui tomba comme lui?? EN
— Et, quand tout fut changé, le ciel, la terre et l’homme, Quand le berceau du monde en-devint le cercueil, Quand l’ouragan du Nord3 sur les débris de Rome
De sa sombre avalanche étendit le linceul, —
Regrettez-vous le temps où d’un siècle barbare Naquit un siècle d’or, plus fertile et plus beau ; Où le vieil univers fendit avec Lazare {
Musset a-t-il voulu dire que les premiers Grecs ont senti plus fortement qu'on ne l’a jamais
fait depuis le caractère sacré
de la douleur, qu'ils ont eu pour elle un respect et une pitié profonde, qu'ils l’ont considérée religieusement ? (Voir ce caractèére sacré de l’homme malheureux dans Œdipe à Coloné, où dans Antigone. On peut lire, à ce sujet, de belles pages de Péguy, dans {es Suppliants Parallèles.) Cette explication n’exclut pas l’autre, ét c’est la plus admissible. La signification de tout ce fragment est que l’humanité a perdu le sens du divin. Le mendiant, l’homme accablé par le destin n'ont plus pour les modernes la grandeur effrayante et pitoyable qu'ils avaient aux yeux des Grecs :
ils ne portent plus/le sceau de la jalousie et de la vengeance divines. L’explication positive de la douleur, et la recherche des remèdes positifs qu'on peut lui appliquer, désenchantent la pitié, la dessèchent, la tuent.
N'oublions pas que Musset n'aimait ni la philanthropie, ni l'humanitarisme.