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ACTE III

À lacte IF, grand émoi : Jacqueline est avertie par une servante que, / Ja nuit prochaine, maître André doit tendre une embuscade au visiteur

nocturne, Qu’à cela.ne tienne? Clavaroche est résigné à laisser prendre

Fortunio au piège. Jacqueline appelle cela par son vrai nom : un guetapens. Êt pourtant elle signe ce billet : « À minuit, ce soir, au jardin », qui sera porté à Fortunio. — Cependant Fortunio, « dans une charmille, seul, assis sur l'herbe », prononce un long monologue (supprimé

à la scène en 1850, rétabli en 1872, et très bien venu au théäâtre).:.

« … Jouer avec tout ce qu’il y a de sacré sous le ciel, comme-un voleur avec des dés pipés, voilà ce qui fait sourire üne femme... Rien, rien de vrai dans ce sourire, dans cette main qui m’efHeure la main, dans ce son qui menivre... À quel monstre ai-je donc affaire ?.,. Non,

Jacqueline n’est pas méchante; il n’y a là ni calcul, ni froideur. Elle.

1. Elle répond comme si For- leurs qu’en paraissant rester sur tunio cherchait à apprendre son la défensive, Jacqueline attamétier de conquérant auprès que ; elle essaye de piquer Ford’une femme qui connait l’art | tunio, d’éveiller un peu de dépit,

de se rendre, Ses reparties pas- de fatuité chez lui. Elle éprouve sent à côté. Fortunio n’a au- | la pureté rare de cet amour, cune idée de cette cscrime spi- |; dont elle n'avait aucune idée.

rituelle et coquette; et c’est par 2. Cf. Fantasio se plaignant son exquise sincérité qu’il dé- de la solitude, de la geôle où

-sarmera ce cœur. Noter d’ail- les âmes sont enfermées,

ment, elle trompe, el'e est femme; elle est coquette, railleuse, joyeuse,

eine mais non infâme, fon. insensible. Ah! insensé, tu l’aimes! tu-l’aimes! tu pries, tu pleures, ét elle se rit de toi! » Elle ne se rit plus de lui. Elle ne veut pas le laisser aller à « l’affreux péril » où ce

Clavaroche sans pitié l’enverrait. Elle le fait venir : « On a dû vous.

remettre un biilet de ma part; l’avez-vous lu? — On me l'a remis, et je lai lu; vous pouvez disposer de moi, — C’est inutile, j'ai changé

d'avis... » Fortunio va se retirer; maïs sa douleur lui échappe :

« J'étais

hier dans votre chambre lorsque Clavaroche était 14... » Elle est à sa discrétion; et elle sent qu’elle doit une réparation à Fortunio; elle ia lui offre : faut-il que Clavaroche s’éloigne pendant quelque temps ?

Mais surtout c’est de l’estime de FOTO qu'elle a besoin :

« Que

puis-je faire? — Rien, adieu Madame. » I} va pour sor ir et Fee sa

romance. (V. p. 297.)] JACQUELINE

Añ! Fôrtunio, laissez-moi cela. £ FORTUNIO

Et qu’en ferez-vous, cruelle que vous êles? Vous me parlez depuis un quart d'heure, et rien du cœur ne vous sort des lèvres. Il s’agit bien de vos excuses, de sacrifices et de réparations ! il s’agit bien de votre Clavaroche et de

sa sotle vanité ! il s’agit bien de mon orgueil!! Vous croyez : donc l'avoir blessé? Vous c'oyez donc que ce qui w'’afllige,

c’est d’avoir été pris pour dupe et plaisanté à ce diner ? Je ne m'en souviens seulement pas. Quand je vous dis que je vous aime, vous croyez donc que je n’en sens rien ? Quand je vous parle de deux ans de souffrances, vous croyez donc que je fais comme vous? Eh quoi ! vous me brisez le cœur,

vous prétendez vous en repentir, et c’est ainsi que vous me quittez! La nécessité, dites-vous, vous a fait commettre

une faute, et vous en avez du regrel ; vous rougissez, vous

détournez la têle; ce que je souffre vous fait pitié; me voyez, vous comprenez votre œuvre ; et la blessure que

vous

vous m'avez faite, voilà comme vous la guérissez ! Ah! elle est au cœur, Jacqueline, et vous n’aviez qu’à tendre Ja main. Je vous le jure, si vous l’aviez voulu, quelque hon- teux qu ’il soit de le dire, quand vous en souririez vousmême, j'étais capable de consentir à tout. O Dieu! la force

m’abandonne ; je ne peux pas sortir d'ici.

Il s'appuie sur un meuble.

JACQUELINE

Pauvre enfant! je suis bien coupable. Tenez, respirez Ce

flacon.

4. L’orgueil, le grand ennemi de l'amour ; ef: : Onne Don pas

avec l'amour, p. 221, n. 1.

FORTUNIO

Ah! gardez-les, gardez-les pour lui, ces soins dont je ne

suis pas digne ; ce n’est pas pour moi qu'ils sont faits Je

w’ai pas l'esprit inventif, je ne suis ni heureux ni habile ;

je ne saurais à l’occasion forger un profond stratagème.

Insensé! j'ai cru être aimé! oui, parce que vous m'aviez

souri, parce. que votre main tremblait dans la mienne, parce que vos yeux semblaient chercher mes yeux et m'inviter comme deux anges à un festin de joie et de vie ; parce que vos lèvres s'étaient ouvertes, et qu'un vain son en était sorti; oui, je l'avoue, j'avais fait un rêve, j'avais cru qu'on

aimait ainsi : Quelle misère ! Est-ce à une parade que votre

sourirg m'a félicité de la beauté de mon chevall? Est-ce le soleil, dardant sur mon casque, qui vous avait ébloui les

yeux ? Je sortais d’une salle obscure, d’où je suivais depuis

deux ans vos promenades dans une allée ; j'étais un pauvre

dernier clerc qui s’ingérait? de pleurer en silence. C'était bien là ce qu’on pouvait aimer !

JACQUELINE

Pauvre enfants !

FORTUNIO

Oui, pauvre enfant! diles-le encore, car je ne sais si je rêve ou si je veille, et, malgré tout, si vous ne m'aimez past. Depuis hier je suis assis à terre, je me frappe le cœur et le front ; je me rappelle ce que mes yeux ont vu, ce que mes oreilles ont entendu, et je Me demande si c'est possible. A l’heure qu’il est, vous me le dites, je le sens, j'en souffre, j'en meurs, et je n’y crois ni ne le comprendsÿ. Que vous avais-je fait, Jacqueline? Comment se peut-il que, sans aucun motif, sans avoir pour moi ni amour ni haine, sans me connaître, sans m'avoir jamais vu ; comment se peut-il que vous que tout le monde aime, que j'ai vue faire la charité et arroser ces fleurs que voilà, qui êtes

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