Singulière image, qui s’éclaircit grâce à un passage de
Rolla, d’ailleurs assez fâcheux :
Il peut s'assimiler au. débauché vulgaire,
Celui que le ciseau de la commune mère.
À taillé dans les flancs de ses plus purs granits, 11 peut pendant trois ans étouffér sa pensée ; Dans la nuit de so cœur la vipère glacée Déroule tôt ou tard ses anneaux infinis. L
Toujours la même idée : :
l'homme qui a profané sa beauté intérieure en est châtié par :
l’obscure angoisse.de son âme; il ne pourra jamais ni la recouvrer intacte, ni la tuer complètement. L’aspiralion impuissante sera la forme.la plus cruelle de ses remords. (Cf. Lorenzaccio.) Cf. Confession, V, 6.
« .… Tes moindres actions retentiraient en toi, et, comme
des échos sonores, y feraient gémir tes malheurs; tout ce qui remuerait ton âme y éveillerait un regret, et l’espérance, ce messager céleste, ce saint ami qui nous invite à vivre, se changerait lui-même pour toi en un fantôme inexorable et deviendrait frère jumeau du
passé ; tous tes essais de saisir:
quelque chose ne seraient qu’un long repentir. »
A condition de ne pas le ren- !
O ciel! qui l’aidera ? que ferai-je moi-même, Quand celui qui peut tôut défendra que je t’aime!, Et quand mes ailes d'or, frémissant malgré moi, M'’émporteront à lui pour me sauver de toi ?
Pauvre enfant! nos amours n'étaient pas menacées, Quand dans les bois d'Auteuil, perdu dans tes pensées, Sous les verts marronniers et les peupliers blancs, Je t’agaçais le soir en détours nonchalants?. Ah! j'étais jeune alors ét nymphe, et les dryades Entr’ouvraient pour me voir l’écorce des bouleaux. Et les pleurs qui coulaient durant nos promenades * : Tombaient, purs comme l'or, dans le cristal des eaux3, Qu’as:tu fait, mon amant, des jours de ta jeunesse? Qui m'a cueilli mon fruit sur mon arbre enchanté? Hélas! ta joue en fleur plaisait à la déesse Qui porte dans ses mains la force et la santéf, De tes yeux insensés les larmes l’ont'pâlie; Ainsi que ta beauté, tu perdras ta vertu. Et moi qui t’aimerai comme une unique amie, Quand les dieux irrités m’ôteront ton génie, - Si je tombe ‘des cieux, que me répondras-tu 5 ?
LE POÈTE Puisque l'oiseau des bois voltige et chante encore Sur la branche où ses œufs sont brisés dans le nid; Puisque la fleur des champs entr’ouverte à l’aurore, Voyant sur la pelouse une autre fleur éclore, S’incline sans murmure et tombe avec la nuitf;
1. Il y à encore ici une volonté de transposition religieu- ‘se, une attention à conserver les apparences d’un vague christianisme; qui marque chez Musset le désir d’enchaïner la pensée de cette Nuit à celle de la Lettre à Lamartine. La Muse aux ailes d’or, qu’un décret de Dieu empêcherait de sauver le poète
ar sa pitié, est dé la famille de P£toa de Vigny : mais Eloa se
erdait par pitié pour le déchu.
si la Muse de Musset n’est pas disposée à renouveler ce mira-
cle de pitié, ce n’est pas, à vrai
dire, par soumission à la défense de Dieu ; c’est pour une raison humaine, pour'celle qu’a dite Lorenzaccio : une âme Souillée ne peut-plus retrouver la pureté :
un poëète déchu perd à jamais l'inspiration, — V, infra, n. 5.