UN CAPRICE
amie, M**° de Léry, va venir à son secours. Un soir, entrant par hasard chez Mathilde avant d’aller au bal, elle a vu qu "il se passait quelque chose; elle a reçu les confidences de Mathilde : et voici la petite intrigue qu'elle imagine. Que Mathilde aille se promener un instant : il est prés de minuit? n importe, Il faut que M°*° de Léry puisse être seule avec Chavigny, qui va rentrer. Il rentre en effet, ne trouve pas sa femme : inquiétude, nervosité, maussaderie ; M®° de Léry se moque tranquillement de lui, le taquine, le pique. Tout à coup un domestique apporte un petit paquet pour M. de Chavigny. C'est une bourse. M**° de Léry sait d’où elle vient : de Mathilde, qui la faite en secret, avec amour, qui voulait l’offrir à Chavigny, mais qui l’a gardée, parce qu’il ne voulait pas lui remettre, en échange de ce mystérieux cadeau, une autre bourse, une bourse bleue qu’il tient de sa vieille coquette. Elle manœuvre de manière que Chavigny se figure que la donatrice, c'est elle-même, M°° de Léry. Il n’en faut pas plus pour que le volage risque aussitôt une déc'aration. Avec elle, tout prend un tour spirituel ; sa déclaration sera une petite dissertation, dans quelle M"*° de Léry.a su lengager, sur le caprice. He voici !.]
Je suppose qu’on dise à une femme : Nous sommes seuls, vous êtes jeune et belle, et. je fais de votre esprit et de votre cœur.tout le cas qu’on en doit faire. Mille obstacles nous séparent, mille chagrins nous attendent si nous essayons de nous revoir demain. Votre fierté ne veut pas d’un joug, et votre prudence ne veut pas d’un lien; vous n’avez à redouter ni l’un ni l’autre. On ne vous demande ni protestation, ni engagement, ni sacrifice, rien qu’un sourire de ces lèvres de rose et un regard de ces beaux yeux. Souriez pendant que cetté porte est fermée : votre liberté est sur le seuil; vous la retrouverez en quittant cette chambre; ce qui s'offre à vous n'est pas le plaisir sans amour, c’est l'amour sans peine et ‘sans amertume; c’est le caprice, puisque nous en parlons, non l’aveugle caprice des sens, mais celui du cœur, qu'un moment fait naître et dont le souvenir est éternel.
MADAME DE LÉRY
Vous me parliez de comédie; mais il paraît qu’à l’occasion vous en joueriez d'assez dangereuses. J’ai quelque envie d’avoir un caprice, avant de répondre à-ce discourslà. Il me semble que c’en est l'instant, puisque vous en plaidez la thèse. Avez-vous là un jeu de cartes?
CHAVIGNY Oui, dans cette table; qu’en voulez-vous faire?
1. M. et (op. cit., p.174, | cette théorie du caprice et queln.#) indique un ra prochement | ques traits de Le Hasard au ‘ que lui signale M. Clouard entre | coin du feu, de Crébillon fils.
MADAME DE LÉRY
: Donnez-le moi, j’ai ma fantaisie, et vous êtes forcé d’obéir si vous ne voulez vous contredire.
Elle prend une carte dans le jeu.
Allons, comte, dites rouge ou noir. | d
CHAVIGNY -
bte \ Voulez-vous me dire quel est l’enjeu?
MADAME DE LÉRY
L'enjeu est une discrétion !.
CHAVIGNY
Soit. — J’appelle rouge.
MADAME DE LÉRY
C'est le valet de pique ; vous avez perdu. Dénnez-moi
cette bourse bleue.
CHAVIGNY ) AT
De tout mon cœur; mais je garde la rouge?, et, quoique sa couleur m'ait fait perdre, je ne le lui reprocherai jamais; car je sais aussi bien que vous quelle est la main
qui me l'a faite.
MADAME DE LÉRY
Est-elle petite ou grande, cette main?
CHAVIGNY 4
Elle est charmante et douce comme le satin.