‹ Morceaux choisisChapitre 363 sur 439 · Le théisme (note de Musset · texte numérisé non relu

Le théisme (note de Musset

— C'est l’éternel géomètre de Voltaire.

2. Le mot est un peu désobligeant pour Platon ; Stendhal aussi ne voyait en lui qu’un rèveur (Racine et Shakespeare, Lettre à M. de M‘, en réponse à des observalions de Lamartine, que Stendhal regardait comme un platonicien, belle âme, mais inapte à penser).

* 3. C'est le Dieu chrétien et démocrate de Lamennais, — et de

Pierre Leroux, et, à ce momentlà, de George Sand. à

&. Pythagore croyait à la métempsychose, ou transmigration des âmes. Leibniz a cru non pas au passage brusque de l’âme d’un corps dans un autre corps, mais à un changement continu et gradué des organes d’une méême âme : l’âme vivante, d’abord végétative et sensitive, devient esprit : « La destinée des esprits, c'est un passage perpétuel à de nouvelles joiës et à de nouvelles perfections. » Musset n’exprime pas du tout cette admirable conception de l'ascension indéfinie des êtres, qui les-intro- duit en société avec Dieu.

5. On ne peut trahir avec plus de désinvolture la pensée de Descartes. Il tqs tourbillon . la révolution d’un astre autour de son centre, et le mouvement de la matière environnante, qui le suit. Mais le spiritualisme Cartésien n’est aucunement com-

promis par ces tourbillons de matière subtile.

6. Bien entendu, Musset se fait de Montaigne, et de Pascal, une conception toute romantique.

Voir ce que dit Sainte-Beuve du monde de Montaigne dans son Port-Royal, I, 2 et 3 : « Un grand ciel morne, un profond univers, roulant, muet, inconnu...» Sainte-Beuve lui-même dramatisait Montaigne; comme Cousin, et même Vinet (qui disait que certaines Pensées doivent se lire comme une ode de Byron) tiraient Pascal au romantisme,

7. Rien de plus faux. Cette interprétation est à la fois d’origine voltairienne et romantitique: Pascal visionnaire, fou sublime. :

8.Pyrrhon disait que l’homme ne sait rien (on sait la guerre faite par Pascal aux Pyrrhoniens modernes) ; — Zénon de Citium est le fondateur du stoiïcisme. Le reproche de rendre l’homme insensible lui a été fait en particulier par La Bruyère,au début du chapitre De l'Homme.

.9. Cf, l’invective à Voltaire, dans Rolla : « Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire — voltige-t-il encore sur tes os décharnés ? » Il est pour Mus-

. set le chef des dérmnolisseurs ; il

a parlé de « la pioche voltairienne ».

10. Allusion bien vague au pantheisme de Spinoza, qui ne s’est

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438 ALFRED DE MUSSET Fe Lu 0

Pour le sophiste anglais !, l'homme est une machine. Enfin sort des brouillards un rhéteur allemand 2? Qui, du philosophisme achevant la ruine,

Déclare le ciel vide, et conclut au néant.

Voilà donc les débris de l’humaine science ! : Et, depuis cinq mille ans qu’on a toujours doutéñ, Après tant de fatigue et de persévérance,

C’est là le dernier mot qui nous en est resté!

Ah! pauvres insensés, misérables cervelles, RE Qui de tant de façons avez tout expliqué, :

Pour aller jusqu'aux cieux il vous fallait des ailes;

Vous aviez le désir, la foi vous a manqué. ;

Je vous plains; votre orgueil part d’une âme blessée. Vous sentiez les tourments dont mon.cœur est rempli, È

Et vous la connaissiez, cette amère pensée és

Qui fait frissonner l’homme en voyant l'infini.

Eh bien! prions ensemble, — abjurons la misère De vos calculs d'enfants, de tant de vains travaux.

jamais fatigué à tenter l’impossible, attendu qu’il a délibérément pris son parti de ne reconnaître qu’une substance universelle, douée d’une infinité d’attributs infinis, en laquelle tous les possibles sont réalisés.

4. Locke. — (Note de Musset.) Qui n’est point un sophiste. Il a dit seulement que nous ne connaissions pas l’essence inti- "me des choses;que nous ne connaissions que des sensations et leurs rapports. Cela a suffi pour le faire traiter de matérialiste.

Musset adopte, à son égard et à l'égard de Spinoza, l'hostilité des spiritualistes.

2. Kant (note de Musset). — L’accusation que Musset porte contre Kant est le contrepied de la vérité. La Raison pralique démontre l’existence de Dieu et la vie future, que la Raison pure ne pouvait pas démontrer. Mais

ici Musset traduil une erreur

commune-en son temps. C'était celle de Heine (REVUE DES Deux Monpes, 1834 : De l'Allemagne depuis Luther): «... Oui, Kant démontre comment toute preuve de l'existence de Dieu est impossible. Les paroles de Dante :

Lasciate ogni speranza (Laissez toute espérance) nous les inscrivons sur cette partie de la Criire de la Raison pure. »

t on la trouve èncore, sous une forme intéressante, chez Ed° Alletz, Les Maladies du Siècle,

4835: « L’importation de la phi- -

losophie allemande, et surtout du système de métaphysique illustré par les sévères et orgueil-

leuses méditations de Kant, a .

beaucoup contribué à introduire parmi nous ce culte superbe de la raison. La volonté éclairée par l’intelligence est tout lhom-

me, nous a dit le philosophe de -

Kœænigsberg : vouloir et penser sont de l’âme; aimer ét sentir, du corps. Toute joie et toute douleur ne proviennent que de l'agitation de nos organes péris-:

sables... Si ce système est vrai, . adieu donc aux joies immortel:

les rêvées par le juste, qui n’emportera que son âme dans une meilleure vie.» | Zt non son corps g'lorijié.] Cette interprétation du

Kantisme explique l’antipathie pliq P

de Musset. Cf. Souvenir, p. 469, n. À.

3, La Bruyère: « ..... Depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes, et qui pensent. »

fe __ L'ESPOIR EN DIEU 57-499

Maintenant que vos corps sont réduits en poussière, J'irai m’agenouiller pour vous sur vos tombeaux. | Venez, rhéteurs païens, maîtres de la science, - Chrétiens des temps passés et rêveurs d'aujourd'hui !; Croyez-moi, la prière est un cri d'espérance! Pour que Dieu nous réponde, adressons-nous à lui. Il est justé, il est bon; sans doute il vous pardonne. Tous vous avez souffert, le reste est oublié. Si le ciel est désert, nous n’offensons personne; Si quelqu'un nous entend, qu’il nous prenne en pitié !

[La pièce se termine par une prière. ] +

4. Malheureusement, Musset | disait Alletz (op. cit.), qui, par n'avait pas l'autorité intellec- | sa grandeur confuse, remplisse tuelle voulue pour convier les le cœur et y produise un certain hommes de son temps à cette sentiment de linfini. » Musset vaste réconciliation dans la priè- À ne pouvait dépasser le doute. re: « Il n’y a plus que le doute,

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