‹ Morceaux choisisChapitre 45 sur 439 · HAE E TARDE · texte numérisé non relu

HAE E TARDE

[L'abbé rencontre Rafaël, complètement ivre, et l’égorge, sur la scène

bien entendu. Musset n’a pas manqué de placer ici un monologue

d'une couleur bien romantique, et fantastique à souhait.]

L'ABBÉ Va, ta mort est ma vie, insensé ! — Ton lombeau Est le lit nuptial où va ma fiancée S'étendre sous le dais de cette nuit glacée ! Maintenant le hibou tourne autour des falots.

L’esturgeon monstrueux soulève de son dos - Le manteau bleu des mers, et regarde en silence

Passer l’astre des nuits sur leur miroir immense,

La sorcière, accroupie et murmurant tout bas

Des paroles de sang, lave pour les sabbats

La jeune fille nue ; Hécate aux trois visages? Froisse sa robe blanche aux joncs des marécages ; Ecoutez. — L'heure sonne ! et par elle est compté

Chaque pas que le temps fait vers l'éternité.

Va dormir dans la mer, cendre ; et que ta mémoire S'enfonce avec ia vice au cœur de cette eau noire;

Il jette le cadavre dans ta mer.

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