XIII
Blonds cheveux, sourcils bruns, front vermeil ou pâli : / Dante? aimait Béatrix, — Byron la Guicciolis,.
Moi (si j'eusse été maître en cette fantaisie),
Je me suis dit souvent que je l’aurais choisie
A Naple, un peu brülée à ces soleils de plomb
Qui font dormir le pâtre à l’ombre du sillon ; Une lèvre à la turque, et, sous un col de cygne,
Un sein vierge et doré comme la jeune vigne; ne
Telle que par instants Giorgione# en devina, Ou que dans cette histoire était la Rosina.
- [Bavardage amusant sur les gamineries de Mardoche; puis, dix-huit Strophes, celles qui avaient été retranchées à la première édition, où Musset raconte comment Mardoche s’en fut demander au bedeau du curé de Meudon, l’ancien allié de ses parents, de protéger sés amours en lui prêtant son gîte. Scrupules du bonhomme, sermon, interrogatoire ; mais on ne résiste pas à la verve de Mardoche, et au surplus, il menace de se tuer, si le révérend refuse, Mardoche-s’en va tête baissée « cheminant de son pied moins que de sa pensée», lorsqu'il rencontre une beauté voilée, qui le jette en « un trouble horrible à concevoir, »|]
à | | ‘:-Au détour de Pallée,
nr reconnu, sous les plis d’un shall blanc,
Sa démarche à l'anglaise, et son pas nonchalant ?
Elle n’était pas seule ; un homme à face pâle
L’accompagnait, d’un air d’aisance conjugale,
"4h: Giorgione (L47S- 1510) est un peintre vénitien, le peintre des Conversazioni, des paysages vo-
lé
luptueux, des chairs lumineu- à ses. Musset adorait ses œuvres, qui donnent l’idée d’une vie joeuse et délicate. Il acheta une elle copie du Concert champé- | tre. (V, au musée du Louvre.)
XLIIT
Quoi qu'il en soit, lecteur, notre héros suivit Cette beauté voilée, aussitôt qu'il la vit.
Longtemps et lentement, au bord de la terrasse,
Il marcha comme un chien basset sur une trace,
Toujours silencieux, car il délibérait S'il devait passer outre ou bien s’il attendrait.
L’ennemi tout à coup, à sa grande surprise,
Fit volte-face. IL vit que l'instant de la crise Approchait; tenant donc le pied ferme, aussitôt: Il rajusta d’un coup son col et son jabot.
Muses! — Depuis le jour où John Bull, en silence, Vit jadis par Brummel!, en dépit de Ia France, <
Les gilets blancs proscrits, et jusques aux talons
(Exemple monstrueux !} trainer les pantalons ; Jusqu'à ces heureux temps où nos compatriotes
Enfin jusqu’à mi-jambe ont relevé leurs bottes, | pe LEE Et; ramenant au vrai tout un siècle énhardi,
Dégagé du maillot Ie mollet du dandy ! |
Si jamais, retroussant sa royale moustache?,
Gentilhomme au plein vent fit siffler sa cravache;
4. On sait que John Bull est le sobriquet que les Anglais se donnent à eux-mêmes (Jean le
Taureau). — Brummel est le roi
du dandysme (v. sur lui l’amusant essai de- Barbey d’Aurevilly), elegantiarum ärbiter, fa-
vori du futur roi George IV :
d'Angleterre, jusqu’au jour où une familiarité un peu trop vive en fit un disgracié (il avait tendu au prince sa tasse vide pour s’en débarrasser). L’un de ses principes était de râper ses vé-
tementsau verre, pourleurfaire,
perdre cet air neuf qui sent le bourgeois. Byronrivalisait avec lui de fatuité élégante et d’imeccable impeértinence. Parmi es Jeune-France, ceux qui n’étaient pas bousing'ots ou lycanthropes, étaient volontiers dandys à la Brummel. (V., sur ce qui suit, MarGRoN, Le Romantisme et la Mode).
La Toilette masculine, p. 64,
cite un document contempo-
rain : «.… Quelques-uns{des jeunes gens à la mode] ont tout simplement un caleçon quiépouse les mollels ; et comme ces caleçons sont parfois bleu d’azur,
-gris d'argent ou violets comme.
‘une soutane d’évêque, le spec-
tacle ne laisse pas d’être diver-. tissant. On dirait que certaines des pièces nouvelles ont envoyé dans -la rue leurs figurants.»
(Celles qui se passent au moyen âge et au temps de la Renaissance ; c'est par imitation des
.modes d'alors que le pantalon
large fut proscrit). — Dans la :
petite bohème de la rue du Doyenné(v.Les Confessions d’A.
Houssaye), Ourliac portait des bottes à la Souvarof: la botte à mi-jambe sé combinait avee le pantalon collant comme celui « d’un archer du moyen âge. »
2. La « petite moustache » faisait partie de la tenue byronienne. de
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D'un air tendre et rêveur, si jamais merveilleux!, Pour montrer une bague, écarta ses cheveux ; ‘Oh! surtout, si jamais manchon aristocrate
Fit mollement plier la douillette écarlate ;
Ou si jamaïs, pareil à l'étoile du soir,
Put sous un voile épais scintillér un œil noir ?,
O Muses d’'Hélieon ! — O chastes Piérides ?!
Vous qui du double roc buvez les eaux rapides, Dites, ne futsce pas lorsque, la canne en l’air, Mardoche en sautillant passa comme un éelair!
[L’époux n’a rien vu; mais il aura sa revanche, et prompte. Le jour du rendez-vous arrive. Le feu du bedeau est allumé: le thé et les biscuits attendent : « Qu'on est bien deux à ‘tablel » — La voix du mari crie : « Quvrez-moi! » Mardoche sauté par la fenêtre : « Er zeste | il se démit le pied sur un pavé, »|