Morceaux choisis
Benjamin Franklin, naquit à Boston le 17 janvier 1706; il était le dix-septième et dernier enfant de Joseph Franklin, fabricant de chandelles et de savon. Il s’occupa dans sa jeunesse de la profession de son père, puis il entra en apprentissage chez un coutelier ; il employait tout le temps dont il pouvait disposer à lire des livres qu’il achetait ou qu’il empruntait : les ouvrages qui in Huèrent principalement sur la direction de ses pensées sont : les Vies des hommes illustres , par Plutarque ; l'Essai sur les moyens de faire du bien , par Mathcr ; et les Entretiens mémorables de Socrate , par Xénophon . Il prit de ce dernier auteur la méthode dite Socratique, c’est-àdire celle de paraître douter et d’éviter toujours un ton affirmatif et trop tranchant.
Son père, détcrpiiné par le goût que Frank-
tin montrait pour la lecture , le mit eu ap' pre u tissage , à l’âge de douze ans, chez un de ses fils qui exerçait la profession d’imprimeur. Les conditions furent qu’il resterait jusqu’à vingt ans comme apprenti, et qu’il recevrait l’année suivante le salaire d’un ouvrier. La nuit il lisait les ouvrages qui s’imprimaient le jour et satisfaisait ainsi , au* dépens de son sommeil , la passion qu’il avait pour la lecture.
A quatorze ans il composa deux pièces de vers qui eurent quelque succès. « Ma vanité? dit-il, fut flattée , mais mon père diminua nia joie en tournant mes productions en ridicule? et en me disant que les faiseurs de vers mouraient toujours de faim. Ainsi j’échappai a*1 malheur de devenir un assez mauvais poète. *
A l’âge de quinze ans, il composa quelques articles pour un journal que son frère imprimait : craignant que son jeune âge ne les rejeter, il déguisa son écriture, et plaça $cS articles sous la porte de l’imprimerie : on les
publia, et ils eurent beaucoup de succès : quelque temps après , un article politique fit supprimer le journal, et le jeune Benjamin se rendit à Philadelphie, où il arriva n’ayant qu’un dollar dans sa poche, pièce de monnaie valant environ 5 fv. 4° c- Il travailla comme ouvrier chez un des deux imprimeurs de la ville; et bientôt il partit pour Londres dans l’intention de s’y perfectionner; il y dirigea chez l’imprimeur Palmer l’impression de plusieurs ouvrages importans. Au milieu de ces travaux lucratifs, il résolut de vivre avec unefrugalité extrême ne buvant que de l’eau, tandis que ses compagnons buvaient de la bière forte ; et il reconnut, par desexpériences diverses etrépétées , qu’une grande sobriété accroissait singulièrement les forces physiques et morales.
Sa bonne conduite lui procura d’utiles relations qui étendirent ses lumières et élevèrent ses connaissances bien au-delà du mécanisme de sa profession.
Franklin , âgé alors de vingt-deux ans , ré-
solut de retourner en Amérique , et le journal qu’il rédiga durant sa traversée prouve qu'il avait pris l’habitude de consigner, jour par jour, le souvenir de ce qui le frappait, habitude qu’il conserva jusque dans sa vieillesse. Par scs économies, son industrie, et aidé de la bourse de quelques amis, il parvint à élever une imprimerie pour son compte, il fondit lui-même plusieurs de ses caractères et grava la plupart de ses vignettes; il se maria alors, et trouva dans sa femme une compagne qui, tout en partageant ses travaux, maintenait dans sa maison une économie bien entendue.
Un journal qu’il publia obtint un grand succès. Il écrivit sur la nature et la nécessité d’un papier-monnaie , et obtint l’impression des billets de banque et des actes du gouvernement. Tout en s’occupant des travaux de son état, il ne négligeait pas le perfectionnement de son intelligence. Dans une réunion qu’il forma , on s’occupait tous les vendredis soir , de traiter quelques questions de morale , de
politique et de philosophie naturelle. Celle rêùttion devint la meilleure école de philosophie et de politique de toute la province et subsista pendant quarante ans.
Pour posséder des livres alors rares en Amérique , il conçut le plan d’une bibliothèque par souscription ; et l’année 1731 vit naître la première bibliothèque publique en Amérique. Ce tut son premier projet d’utilité publique. Ce bon exemple fut bientôt imité, a Ces établissemens, dit-il, ont beaucoup contribué à rendre généralement la conversation plus instructive, à répandre parmi les marchands et les fermiers autant de lumières qu’on en trouve ordinairement dans les autres pays parmi les gens de la classe la plus éclairée. »
L’année 1 732 vit paraître son almanach de la Science du Bonhomme Richard ; il eut un tel succès que Franklin en vendit dix mille exemplaires par an, nombre prodigieux si on considère la faible population de l’Amérique à cette époque. En 1 ;5G il lut nommé secrétaire-géné-
ml de la PensyJLvanie. Chargé de la police de la ville, il forma la première compagnie pour éteindre les incendies : en 1744» ü parvint à organiser parmi les citoyens, malgré une vive opposition , une milice nationale et volontaire | pour la défense de la province : en 1 747 , il fut élu membre de l’assemblée dont tous les ans il avait été réélu secrétaire. Alors il quitta son commerce, où il avait acquis de l’aisance, et commença ses expériences sur l’électricité. Buffon les jugea dignes de son attention.
On lui doit l’invention des paratonnerres et l’usage des cheminées économiques. Il parvint à fonder à Philadelphie un collège et une académie, institutions dont cette ville manquait.
Le pavage et le nettoiement de la ville attirèrent aussi l’attention de Franklin.
Lorsque les colonies américaines commencèrent à se plaindre des impôts onéreux et des vexations de l’Angleterre, le gouvernement anglais, effrayé de leur opposition à ses mesures fiscales, voulut intimider Franklin dont
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il recloutait l’inlluence ; il fut manclé à la barre de la Chambre des Communes; il y parut avec le courage d’un homme libre et consciencieux et il prédit aux Anglais que leur avarice allait rendre l’Amérique indépendante.
Il serait trop long d’examiner les services qu’il rendit à son pays, soit pendant la guerre glorieuse qui lui assurala liberté , et où son nom se trouve associé dans la reconnaissance des peuples à ceux de Washington et de Lafayette, soit dans l’interrogatoire qu’il subit à Londres.
En 1777, à l oge de soixante-onze ans, il fut nommé un des trois commissaires prés la Cour de France. Sa popularité fut immense.
Franklin , dit M™* de Campan dans ses Mémoires, avait paru à la Cour avec le costume d’un cultivateur américain. Ses cheveux plats sans poudre, son chapeau rond, son habit de drap brun , contrastaient avec les habits pailletés , brodés , les coiffures poudrées et embaumantes des courtisans de Versailles. Cette nouveauté charma toutes les têtes vives des femmes françaises.
Dan» une séance (le l’Académie des sciences, dont il avait été élu associé étranger en i772 > Franklin présenta son petit-fils à Voltaire que le peuple de Paris avait traîné en triomphe. Celui-ci étendit ses mains sur le jeune homme et lui (lit : God and Liberty, Dieu et la Liberté, c’est la devise qui convient au petit-fds de M. Franklin, et les deux vieillards s’embrassèrent en pleurant lorsqu’ils se quittèrent. La Cour de France, cédant bientôt à 1 opinion publique, signa en 1778 un traité d’alliance offensive et défensive avec les États- Unis.
Franklin, malgré les applaudissemens et les succès qu’il obtenait en France, où il s’était fait des amis qu’il estimait et qu’il aimait tendrement, et malgré les douleurs aiguës que lui causait la pierre, voulait mourir dans sa patrie. Il s’embarqua en juillet 1 785. L’arrivée de Franklin à Philadelphie fut un triomphe une immense population, accourue de toutes parts pour voir le citoyen qui avait si bien
mérité clc sa patrie , le porta chez lui au bruit des cloches et du canon. Il fut nommé à l’unanimité membre du conseil suprême de Philadelphie, etprésident de l’Étatde Pensylvanic. 11 mourut le 17 avril 1790 à l’âge de 84 ans.
Il s’était fait lui-même cette singulière épitaphe:
Le corps de Benjamin Franklin imprimeur, comme la couverture d’un vieux livre, dont les feuillets sont arrachés, et le titre effacé, git ici et devient la pâture des vers; cependant l’ouvrage ne sera point perdu ; il doit, comme il le croyait, reparaître encore une fois, dans une nouvelle et plus belle édition , revue et corrigée par le souverain auteur.
« Franklin est mort! s’écria Mirabeau à la tribune : il est retourné au sein de la Divinité, le génie qui affranchit l’Amérique et qui versa sur l’Europe des torrents de lumière.
» Le sage que deux mondes réclament, l’homme que se disputent l’histoire des scien-
ces et l’histoire des empires, tenait sans doute un rang élevé dans l’espèce humaine.
» Assez long-temps les cabinets politiques ont notifié la mort de ceux qui ne furent grands que dans leur éloge funèbre; assez long-temps l’étiquette des cours a proclamé des deuils hypocrites, les nations ne doivent porter le deuil que de leurs bienfaiteurs. Les représentans des nations ne doivent recommander à leurs hommages que les héros de l’humanité.
» Le congrès a ordonné dans les quatorze états de la Confédération un deuil de deux mois pour la mort de Franklin , et l’Amérique acquitte en ce moment, ce tribut de vénération pour l’un des pères de sa Constitution.
» Ne serait-il pas digne de nous, Messieurs, de nous unir à cet acte religieux , de participer à cet hommage rendu , à la face de l’univers, et aux droits de l’homme et au philosophe qui a le plus contribué à en propager la conquête sur toute la terre ? L’antiquité eût élevé des autels à ce vaste et puissant génie qui >
au profit des mortels, embrassant dans sa pensée le ciel et la terre , sut dompter la foudre et les tyrans. La France, éclairée et libre, doit du moins un témoignage de souvenir et de regret à l’un des plus grands hommes qui aient jamais servi la philosophie et la liberté.
» Je propose qu’il soit décrété que l’Assemblée Nationale portera pendant trois jours le deuil de Benjamin Franklin. »
MM. de La Rochefoucauld et de Lafayette, amis de Franklin, demandèrent la parole pour appuyer la molioil ; elle fut adoptée sur-lechamp, aux acclamations de l’Assemblée.
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