Cf. Michelet, Sur les Chemins de l’Europe
« A voir tous ces visages rouges, ces cous rouges, on croirait ce peuple ivre. . . »
Cf. du même : Histoire de France, T. IV.
4. ün sait que, depuis cette époque, les rues se sont transformées. Londres est, à l’heure présente, au point de vue des mesures hygiéniques qui assurent la propreté des rues et des logements, fort en avance sur les autres pays.
MONTESQUIEU
est presque impossible d’y aller en carrosse, et qu’il faut faire son testament lorsqu’on va en liacre, qui sont des voitures -hautes comme un théâtre, où. le cocher est plus haut encore, son siège étant de niveau à l’impériale. Ces liacres s’enfoncent dans des trous, et il se fait un cahote^ ment qui fait perdre la tête
Le 5 octobre 1730, je fus présenté au prince, au roi et à la reine, à Kensingtonh La reine, après m’avoir parlé de mes voyages, iDarla du théâtre anglais; elle demanda à Milord Chesterlield d’où vient que Shakespeare, qui vivait du temps de la reine Elisabeth, avait si mal fait parler les femmes, et les avait fait si sottes Milord Chesterlield répondit fort bien que, dans ce temps-là, les femmes ne paraissaient pas sur le théâtre, et que c’étaient de mauvais acteurs qui jouaient ces rôles, ce qui faisait que Shakespeare ne prenait pas tant de peine à les faire bien parler. J’en dirais une autre raison ; c’est que, pour faire parler les femmes, il faut avoir l’usage du monde et des bienséances. Pour faire bien parler les héros, il ne faut qu’avoir l’usage des livres. La reine me demanda s’il n’élait pas vrai que, parmi nous, Corneille fût plus estimé que Racine. Je lui répondis que l’on regardait ordinairement Corneille comme un plus grand esprit, et Racine comme un plus grand auteur.
Il me semble que Paris est une belle ville où il y a des choses plus laides, Londres une vilaine ville où il y a de très belles choses.
C’est une chose lamentable que les plaintes des étrangers, surtout des Finançais qui sont à Londres. Ils disent qu’ils ne peuvent y faire un ami ; que, i>lus iis y restent, moins ils en ont; que leurs politesses sont reçues comme des injures.
J. Ville d’Angleterre à 5 kil. O.
de Londres ; château royal, galerie de tableaux, parc où les habitants de Londres viennent se promener. George II était roi depuis 1727 ; c’était un homme fort médiocre. La reine avait une très grande influence sur George II, qui l’aimait tendrement, bien qu’il essayât de dissimuler l’affection qu’il lui portait.
2. Après avoir parcouru ce qu’il appelle « la brillante galerie des héroïnes de Shakespea-
re », et avant même de s’être arrêté devant les portraits « d’Ophélie et de Cordélia.de Juliette et de Desdémone», M. Augustin Filon, dans son Histoire de La Littératiire anglaise sq.), re-
marque au contraire combien « en face de ces nobles et charmants caractères, les hommes font triste figure »;
(ï ... La Reuaissance avait fait descendre la femme du piédestal où l’avait placée le moyen âge chrétien ; elle y remonte avec Shakespeare, j)
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Fi(j, l't. - Londres au début du XVIIF siècle.
( D’après une eslamp(* di* la Hil)liolhèqiie Nationale.)
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NOTES DE VOYAGE
Kinski^, les Broglie^, La Villette ^, qui appelait à Paris Milord Essex, son fils, qui donnait de petits remèdes à tout le monde, et demandait à toutes les femmes des nouvelles de leur santé; ces gens-là veulent que les Anglais soient faits comme eux : comment les Anglais aimeraient-ils les étrangers ? Ils ne s’aiment pas eux-mêmes. Gomment nous donneraient-ils à dîner ? Ils ne se donnent pas à dîner entre eux. « Mais on vient dans un pays pour y être aimé et honoré. » Gela n’est pas une chose nécessaire; il faut donc faire comme eux, vivre pour soi comme eux, ne se soucier de personne, n’aimer personne, et ne compter sur personne. Enfin, il faut prendre les pays comme ils sont : quand je suis en France, je fais amitié avec tout le monde ; en Angleterre, je n’en fais à personne ; en Italie, je fais des compliments à tout le monde; en Allemagne, je bois avec tout le monde.
L’argent est ici souverainement estimé ; l’honneur et la vertu peu.
Quand je vais dans un pays, je n’examine pas s’il y a de bonnes lois, mais si on exécute celles qui y sont; car il y a de bonnes lois partout.
Gomme les Anglais ont de l’esprit, sitôt qu’un ministre étranger en a peu, ils le méprisent d’abord, et soudain son affaire est faite, car ils ne reviennent pas du mépris.
Le roi a un droit sur les papiers qui courent, et qui sont au nombre d’une cinquantaine; de façon qu’il est payé pour les injures qu’on lui dit.
1. Montesquieu parle des Kinsky à diverses reprises dans son Voyage en Italie. Les frères Kinsky, que Montesquieu connut à Vienne, étaient les fils du grand chancelier de Bohème {1642-1719h qui avait laissé 16 enfants. Étienne était ambassadeur en France, Philippe ambassadeur en Angleterre ; il est question ici de Philippe.
2. François-Marie, duc de Broglie (1671-1745), ambassadeur à Londres en 1724, plus tard nqaréchal de France en 1734 ; 'le même qui en 1741 dirigea la retraite de Prague avec Belle-Isle.
Il s’agit de lui et de ses frères. François-Marie était le troisiè-
me fils de Victor-Maurice (1639- 1727), le fameux gouverneur du Languedoc, qui fut créé maréchal de France en 1724.
3. Quant à La Villette, l’aima ble gentilhomme français, il a dû appeler « mon fils » Gapel William, le troisième comte d’Essex (1697-1743), le même qui fut envoyé à Turin comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire en 1731. Le titre de comte d’Essex est resté dans la famille d’Arthur Gapel, lord lieutenant d’Irlande, et lord de la Trésorerie sous Charles II, et qui, impliqué dans le complot de Rye-House, se coupa la gorge dans sa prison (1683).
MONTESQUIEU
Comme on ne s’aime point ici à force de craindre d’être dupe, on devient dur.
Un couvreur se fait apporter la Gazette sur les toits pour la lire.
Les Anglais ne sont plus dignes de leur liberté. Ils la vendent au roi ; et si le roi la leur redonnait, ils la lui vendraient encore L
Je ne sais pas ce qui arrivera de tant d’habitants que l’on envoie d’Europe et d’Afrique dans les Indes occidentales; mais je crois que, si quelque nation est abandonnée de ses colonies, cela commencera par la nation anglaise^.
Il n’est point de mot anglais pour exprimer valet de chambre, parce qu’ils n’en ont point, et point de différence de masculin et de féminin. Au lieu que l’on dit en France, manger son bien ,* le peuple dit en Angleterre, manger et boire son bien. ^
Les Anglais vous font peu de politesses, mais jamais d’impolitesses.
L’Angleterre est à présent le plus libre pays qui soit aii monde, je n’en excepte aucune république : j’appelle libre, parce que le prince n’a le pouvoir de faire aucun tort imaginable à qui que ce soit, par la raison que son pouvoir est contrôlé et borné par un acte ; mais, si la chambre basse devenait maîtresse, son pouvoir serait illimité et dangereux, parce qu’elle aurait en même temps la puissance exécutive ; au lieu qu’à présent le pouvoir illimité est dans le parlement et le roi, et la puissance exécutive dans le roi, dont le pouvoir est borné.
Il faut donc qu’un bon Anglais cherche à défendre la liberté également contre les attentats de la couronne et ceux de la chambre^
Quand un homme en Angleterre aurait autant d’ennemis qu’il a de cheveux sur la tête, il ne lui en arriverait rien : c’est beaucoup, car la santé de l’âme est aussi nécessaire que celle du corps