CHAPITRE X
De la corruption des Romains ^
Je crois que la secte d’Épicure, qui s’introduisit à Rome sur la fin de la République, contribua beaucoup à gâter le cœur et l’esprit des Romains Les Grecs en avaient été infatués avant eux ; aussi avaient-ils été plus tôt corrompus. Polybe nous dit que, de son temps, les serments ne pouvaient donner de la confiance pour un Grec, au lieu qu’un Romain en était, pour ainsi dire, enchaîné. ^
Il y a un fai^, dans les lettres de Cicéron à Atticus^," qui nous montre combien les Romains avaient changé à cet égard depuis le temps de Polybe.
« Memmius, dit-il, vient de communiquer au sénat l’accord que son compétiteur et lui avaient fait avec les consuls, par lequel ceux-ci s’étaient engagés de les favoriser dans la poursuite du consulat pour l’année suivante ; et eux, de leur côté, s’obligeaient de ^ payer aux consuls qua-
1. Il est difficile- de ne pas reconnaître ici des échos de l’historien Sallaste (surtout du Catilina). Mais le philosophe historien est plus serré et plus sobre que l’historien orateur.
2. « Cinéas en ayant discouru à la table de Pyrrhus, Fabricins souhaita que les ennemis de Rome pussent tous prendre les principes d’une pareille secte. Plutarque : Vie de Pyrrhus. » (M.) Chap. XX.
Epicure, né à Athènes en 342, sept ans après Platon, fut un sage et un juste dans sa conduite. Sa morale, que ne doivent pas nous faire mépriser les excès de ceux qui n’avaient rien de commun avec le philosophe, est, suivant le mot dp Martha {Le Poème de Lucrèce)^ une morale de couvent sans religion.
Bien comprise, elle n’aurait pas été uns cause de décadence pour la Grèce et pour Rome. Fut-elle même cela, en réalité ? Martha affirme que non (op. cit. Chap.
i), et il a raison, à notre avis.
Mais toutes les sympathies de Montesquieu vont a la secte stoïque, celle de Zénon. Epicure et Zénon donnaient cependant, au point de vue moral, les mêmes préceptes, et Sénèque l’a montré plus d’une fois.
3. «Si vous prêtez aux Grecs un talent avec dix promesses, dix cautions, autant de témoins, il est impossible qu’ils gardent leur foi ; mais, parmi les Romains, soit qu’on doive rendre compte des deniers publics ou de ceux des particuliers, on est fidèle à cause du serment que l’on a fait. On a donc sagement établi la crainte des enfers : et c‘est sans raison qu’on la combat aujourd'hui. Polybe, LrVI.» (M.). Chap.
LYI.
Polybe dit : « le double de témoins ».
Ici en = par e«.v, avec eux. Çf.
;Crouzet..., Gr. Fr., § 152, c.