‹ Morceaux choisisChapitre 185 sur 369 · Cf. Esprit des Lois, XXX, et plus haut p. 157, n · texte numérisé non relu

Cf. Esprit des Lois, XXX, et plus haut p. 157, n

5. ((Voyez encore Salvien, L. V, et les Lois du Code et du Digeste là-dessus. » (M.).

Le Code est le recueil des lois et constitutions des empereurs, fait par ordre de Justinien ; le Digeste {digerere, mettre en ordre) est le recueil des décisions des j urisconsultes, fait aussi par ordre de Justinien.

MONTE SQUIEÜ

du champ auquel ils étaient attachés, n’introduisirent guère rien qui n’eùt été plus cruellement exercé avant eux h

[La fin du livre peut se diviser en deux parties, d’inégale importance :

1° La chute de l’Empire d’Occident (xix) ;

2° L’Empire d’Orient et sa chute (xx-xxiii).

1° La décadence de Rome, dont Montesquieu a exposé les causes générales, est imputée par les chrétiens aux païens, et par les païens aux chrétiens. Les Romains ne peuvent s’opposer aux conquêtes d’Attila, qui rend les deux empires tributaires ; son langage est insolent, mais sa politique souple et adroite. A sa mort, les nations barbares se divisent de nouveau, et les invasions se succèdent sans relâche, jusqu’au jour où ne trouvant plus de quoi piller, les Barbares se fixent. L’Empire d’Occident fut le premier abattu : en effet, tout refoulait les Barbares vers l’Occident ; de plus l’Orient ne vint pas à son secours ; la situation militaire de l’Occident privé de marine était faible; enfin, malgré la politique habile des empereurs, l’armée d’Italie en formant une aristocratie qui s’adjuge le tiers de la péninsule, tue l’Empire. Rome était une capitale si m.al défendue que les empereurs l’avaient délaissée pour Ravenne. L’Empire d’Occident s’écroule. (Chap. xix : Grandeur d* Attila. — Causes de V établissement des Barbares. — Raisons pourquoi VEmpire d' Occident fut le premier abattu) ;

2° Tandis que les Barbares s’entre-détruisaient, l’Empire d’Orient pouvait subsister. Le Nord s’épuisait lui-même. A son tour, Justinien entreprend de reconquérir l’Afrique et l’Italie sur les Barbares qui devaient être vaincus pour plusieurs raisons. Les Vandales succombaient à la mollesse ; les Romains profitaient de la diversité des armes de leurs adversaires : et puis ce ne sont pas les nations les plus fortes qui font les établissements les plus solides. Bélisaire, avec des forces très peu nombreuses, remporte d’éclatantes victoires, pendant que Marsès administre avec intelligence; mais Justinien entasse fautes sur fautes; ces conquêtes étaient trop rapides pour être durables ; l’impératrice Théodora compromet tous les succès, les factions déchirent Constantinople, les cruautés se succèdent, les législations se contredisent, les persécutions religieuses désolent les provinces, et les places fortes élevées par l’empereur prouvent non pas que l’Empire est florissant, mais plus menacé. (Chap. XX : Des conquêtes de Justinien. — De son gouvernement).

Pendant ce temps, les Perses sont dans une situation plus avantageuse que les Romains, par leur position géographique qui les met à

1. Théorie très contestable encore une fois : les conquérants barbares auraient asservi les vaincus en les attachant à la glèbe, se réservant à eux « la liberté et l’exercice des armes».

Ces mots étaient dans l’édition de 1734. Dans la deuxième, le

texte est plus timide; dans l’Æ'sprit des Lois, XXX, xi, Montesquieu est encore moins affirmatif. Nous renvoyons ceux qui seraient curieux de ces questions à Fustel de Coulanges :

Histoire des Institutions politiques de t’ancienne France.

CONSIDÉRATIONS

l’abri des invasions ; par leur discipline militaire ; par leur habileté à négocier. Ils abaissent la majesté de l’empire en lui imposant un tribut. L’histoire de l’Empire grec (c’est ainsi que. désormais le désigne^ Montesquieu) n’est plus qu’un tissu de révoltes, de séditions et de perfidies ; l’anarchie est perpétuelle, les hérésies l’augmentent encore, et les révolutions se multiplient par suite de l’indulgence qu’on a pour les rebelles, de la facilité pour tout prétendant de revêtir la pourpre, des prédictions de l’astrologie qui excitent les convoitises particulières. Aujourd’hui qu’il n’y a plus de secrets d’Etat, grâce au développement des Postes, de l’imprimerie, etc..., les conspirations sont devenues beaucoup plus difficiles. (Chap. xxi : Désordres de V Empire d’Orient.)

Les Arabes font alors des progrès rapides ainsi que leur religion ; cela s’explique parce que les Arabes étaient d’excellents soldats, des , cavaliers supérieurs à tous les autres, que leurs armées étaient fanatiques au lieu que celles de l’Empire n’étaient que bigotes. Les Grecs étant des idolâtres, la réaction contre les images produit des guerres ; les moines grecs ont en mains la puissance politique ; à la cour, et dans l’empire les querelles théologiques ne finissent plus. Les moines, vainqueurs des iconoclastes, se rendent intolérables ; il envahissent tout, et ils gâtent tout. Les patriarches de Constantinople ont des prétentions monstrueuses, et suscitent des haines théologiques qui ne désarment même pas devant les Turcs. Toutes ces disputes ne pouvaient pas avoir de terme. Le despotisme a pour borne l’esprit général sur lequel la puissance même est fondée ; parce qu’ils ne connurent jamais ni la nature ni les bornes de la puissance ecclésiastique et de la puissance séculière, les Grecs tombèrent dans des égarements continuels. (Chap. xxii. : Faiblesse de V Empire d' Orient.)

Comment donc l’Empire d’Orient a-t-il pu si longtemps résister ? C’est que les Arabes s’affaiblirent par leurs discordes, que le feu grégeois fut contre les flottes ennemies un puissant moyen de destruction qu’eurent les Grecs, que Constantinople était plus que jamais florissante, enfin que les Barbares établis sur le Danube formaient une barrière contre d’autres Barbares ; il y a des causes particulières qui soutiennent les Etats affaiblis par un mauvais gouvernement. Les Turcs envahissent l’Empire ; à leur tour, les Latins attaquent l’Orient. Sur l’opinion que Jérusalem est profané, les croisades commencent ; les Grecs en tirent avantage, mais se sentant menacés par ces guerriers, dont les plus insupportables sont les Français, ils les trahissent. Les Français prennent alors Constantinople aux Grecs, qui la reprennent bientôt. Mais le nouvel empire n’est que le fantôrrie du premier, son territoire est restreint et morcelé, son commerce anéanti par les Latins, sa marine ruinée, ses provinces ravagées par les Turcs que les diverses factions appellent à leur secours ; les Tartares, en écrasant Bajazet, ne font que retarder la chute de l’empire grec^ dont Montesquieu rie veut pas raconter les dernières misères. (Chap. xxiii : Raison de la durée de VEntpire d^Orient ; Sa Destruction).]

RÉFLEXIONS SUR LE CARACTÈRE DE QUELQUES PRINCES ET SUR QUELQUES ÉVÉNEMENTS DE LEUR VIE

(Après 1731)

Analysé ét Extraits.

[Les Réflexions, etc., ont été publiées dans les Mélanges inédits (éd. cit., I vol.). Il semble bien que Montesquieu rentrait alors de ses voyages, et qu’à cette époque il préparait les matériaux de V Esprit des Lois ; c’est l’avis des éditeurs^, et nous croyons intéressant de voir le Président donnant pour la première fois une forme aux observations et aux notes qu’il avait accumulées. Voici le début de l’ouvrage. ]

Charles le Téméraire et Charles XII.

Il serait difficile de trouver dans l’histoire deux princes qui se soient si fort ressemblés que Charles XII, roi de Suède^, et Charles, dernier duc de Bourgogne : même courage, même suffisance, même ambition, même témérité, mêmes succès, mêmes malheurs et même fin. Ils se rendirent célèbres dans un âge que les autres princes passent dans les plaisirs^.

1. Les éditeurs donnent des preuves que les Réflexions et le Traité de la Politique « appartiennent à des époques très différentes de la vie de Montesquieu». «Après ses voyages à l’étranger, l’écrivain politique prit, en lui, le dessus sur le moraliste, sans qu’il renonçât à ces analyses psychologiques qui donnent à ses théories une solidité incomparable. C’est alors qu’il dut rédiger ses Réflexions, où l’on rencontre plus d’une idée générale, reproduite, dans

VEsprit des Lois, quelquefois avec une ampleur et un éclat moindres. »

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