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Chapitre III

Du principe de la démocratie.

Il ne faut pas beaucoup de probité pour qu’Un gouvernement monarchique ou un gouvernement despotique se maintiennent ou se soutiennent. La force des lois dans l’un, le bras du prince toujours levé dans l’autre, règlent ou contiennent tout. Mais, dans un Etat populaire, il faut un ressort de plus, qui est la vertu^.

Ce que je dis est confirmé par le corps entier de l’histoire, et est très conforme à la nature des choses. Car il est clair

1. Voir plus haut, p. 215. On évitera sur le mot verta un contre -sens ^rave, et on n’adressera pas a Montesquieu les mêmes reproches que Voltaire.

(Cf. plus bas, chapitre ix.) Aristote {Politique, III, 2) distinguait nettement la « vertu de

l’honnête homme » et la « vertu du citoyen ». Bien entendu, celle-ci ne peut pas aller sans celle-là, surtout dans la république où le citoyen est moins contenu par les lois ; mais elles se superposent sans se confondre.

DE l’esprit des LOIS

que, dans une monarchie, où celui qui fait exécuter les lois se juge au-dessus.des lois^, on a besoin de moins de vertu que dans un gouvernement populaire, où celui qui fait exécuter les lois sent qu’il y est soumis lui-même, et qu’il en portera le poids

Il est clair encore que le monarque qui, par mauvais conseil ou par négligence, cesse de faire exécuter les lois, peut aisément réparer le mal : il n’a qu’à changer de conseil ou se corriger de cette négligence même. Mais lorsque dans un gouvernement populaire les lois ont cessé d’être exécutées, comme cela ne peut venir que de la corruption de la république, l’Etat est déjà perdu.

Ce fut un assez beau spectacle, dans le siècle passé, de voir les efforts impuissants des Anglais pour établir parmi eux la démocratie. Gomme ceux qui avaient part aux affaires n’avaient point de vertu, que leur ambition était irritée par le succès de celui qui avait le plus osé 3, que l’esprit d’une faction n’était réprimé que par l’esprit d’une autre, le gouvernement changeait sans cesse : le peuple, étonné, cherchait la démocratie, et ne la trouvait nulle part. Enfin, après bien des mouvements, des chocs et des secousses, il fallu se reposer dans le gouvernement même qu’on avait proscrit^.

Quand Sylla voulut rendre à Rome la liberté, elle ne"put plus la recevoir^ : elle n’avait plus qu’un faible reste de vertu; et, comme elle en eut toujours moins, au lieu de se réveiller après César, Tibère, Caïus, Claude, Néron, Domitien, elle fut toujours plus esclave; tous les coups portèrent sur les tyrans, aucun sur la tyrannie

1. C’est ici que Voltaire aurait eu beau jeu à redire : « Je ne sais quels sont les Etats que l’auteur appelle monarchiques y et quels sont les despotiques.

J’ai bien peur qu’on ne confonde trop souvent les uns avec les autres ». (Commentaire cité, XI.)

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