Cf. pp. 312 sq
8. Sur ces deux compléments de nature différente, cf. Règle :
Elle aime fort la conversation et surtout de plaire^ p. 45, n. 1 .
Fig. 28. — Madame du Delfau d.
(I)’iijirès une estampe de la Bibliolhèque Nationale.)
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CORRESPONDANCE
défendre mon livre, sachant bien que je n’y étais pas pour dire mes raisons ; tout cela dans l’objet de pouvoir dire à Paris que ce livre est bien pernicieux, puisqu’il a été défendu à Vienne, de se prévaloir de l’autorité d’une aussi grande cour, et de faire usage du respect et de cette espèce de cuite que toute l’Europe rend à l’impératriceb Je ne veux point prévenir les réflexions de votre Excellence. Mais peut-être pensera-t-elle qu’un ouvrage dont on a fait dans un an et demi vingt-deux éditions, qui est traduit dans presque toutes les langues, et qui d’ailleurs contient des choses utiles, ne mérite pas d’être proscrit par le gouvernement.
J’ai l’honneur d’être, avec un respect inflni, etc.
De Paris, le 27 mal 1750.
A la Marquise du Deffand
Vous dites, Madame, que rien n’est heureux, depuis l’ange jusqu’à l’huître^ : il faut distinguer. Les séraphins ne sont point heureux,' ils sont trop sublimes : ils sont comme Voltaire et Maupertuis^, et je suis persuadé qu’ils se font làhaut de mauvaises affaires; mais vous ne pouvez douter que les chérubins^ ne soientdrès heureux. L’huître n’est pas
1. Marie-Thérèse qui avàit épousé le duc de Lorraine en 1736.
2. Marie de Vichy-Chaumond (Ghaumond près Charolles, Saône-et-Loire, 1697 — Paris 1780), élevée au couvent de la Madeleine du Traisnel, épouse M. du Deffand en 1718, se sépare de son mari, fréquente la cour de Sceaux et s’installe au couvent de Saint- Joseph, rue Saint- Dominique, en 1747, où elle ouvre son salon de moire j aune au x nœuds couleur de feu. Aveugle vers 1753, elle appelle auprès d’elle, puis chasse de Lespinasse (1714), s’attache à VValpole vers 1766. (Gf. Roustan :
Les Genres littéraires, La Lettre, p. 79 sq.)
3. (T II y a longtemps, écrivaitelle en 1770, que j’ai senti que pour supporter le malheur d’être née, il faudrait partager les vingt-quatre heures, en en don-
nant vingt-deux au sommeil et les deux autres à manger : c’est à peu près ce que font la plupart des animaux. » Le pessimisme de du Deffand apparaît d’une façon constante dans sa correspondance.
4. Pierre-Louis Moreau deMaupertuis (Saint-Malo 1698 — Bâle 1759), astronome et géomètre, membre del’Académie des Sciences ; Frédéric II le nomme président de l’Académie de Berlin en 1740; quatre ans auparavant, Maupertuis, dans une expédition au Nord, avait déterminé la ligure de la terre. On connaît ses disputes avec Voltaire, et la Diatribe du docteur Akakia que ce dernier composa contre son rival.
5. Etant moins « sublimes », puisqu’ils n’occupent que le deuxième rang de la première hiérarchie.
MONTESQUIEU
si malheureuse que nous, on l’avale sans qu’elle s’en doute ; mais pour nous, on vient nous dire que nous allons être avalés, et on nous fait toucher au doigt et à l’œil que nous serons digérés éternellement. Je pourrais parler à vous, qui êtes gourmande, de ces créatures qui ont trois estomacs ; ce serait bien le diable si dans ces trois il n’y en avait pas un de bon. Je reviens à l’huître : elle est malheureuse quand quelque longue maladie fait qu’elle devient perle ; c’est précisément le bonheur de l’ambition. On n’est pas mieux quand on est huître verte ; ce n’est pas seulement un mauvais fond de teint, c’est un corps mal constitué h
Vous dites que je n’ai point écrit à Madame la Duchesse de Mirepoix-; j’en ai découvert deux raisons : c’est qu’elle est malade, et qu’elle est dans les embarras de la cour. A l’égard de d’Alembert^, j’ai plus d’envie que lui et autant d’envie que vous de le voir de l’Académie; car je suis le chevalier de l’ordre du Mérite. Il est vrai qu’à la dernière élection il y eut quelque espèce de composition faite, qui barbouille un peu l’élection prochaine ; mais je vous parlerai de tout cela à mon retour, qui sera vers le 15 ou la lin de novembre.
Je suis pourtant bien ici; mais les hommes ne quittentils pas sans cesse les lieux où ils savent qu’ils sont bien, pour ceux où iis espèrent d’être mieux? J’irai vous marquer ma reconnaissance des choses charmantes que vous nous dites toujours, et qui nous plaisent toujours plus qu’à vous. Je vous félicite d’ètre chez Madame de Betz^. Nous
1. Voici le Montesquieu de l’Académie des Sciences de Bordeaux, et aussi le Montesquieu un peu maniéré.
2. Sœur du prince de Beauvau, longtemps dame du palais de la reine ; elle fut la seconde femme du marquis, qui devint ensuite duc de Mirepoix, maréchal de France en 1757.
3. D’Alembert (Jean le Rond), (Paris, novembre 1717-1783 Paris), iils de M“° de Tencin, abandonné par sa mère; s*avant, géomètre, membrede l’Académie desSciences, collaborateur de Diderot à V Encyclopédie J dont il compose le Discours préliminaire. Pour comprendre ce qui suit, il faut savoir qu’à la dernière élection, le comte de Biss3%qui ne se distinguait que par les folâtreries de son orthographe, avait été
élu grâce à la maréchale de Luxembourg. Piron ayant été battu,-c’est lui qu’on voulait choisir à la prochaine séance. On le choisit en 1753, mais le roi refuse son approbation et Buüon lui est substitué. D’Alembert ne devait être élu qu’en 1754, grâce à l’appui de son amie, M“® hu Deffancl ; il succéda à Duclos dans les fonctions de secrétaire perpétuel.
Pour l’instant, une « composition )), c’est-à-dire un accord entre partisans et adversaires de Piron étant intervenu, cela « barbouille » l’élection, c.-à-d cela jette quelque confusion sur rélection prochaine, qui n’est pas claire pour d’Alemnert.
4. La (( petite Sainte », mère de la comtesse de Ghoiscul, M“' Lallemand de Betz.
CORRESPONDANCE
sommes dans des maisons du même goût ; car je me trouve au milieu des bois que j’ai semés et de ceux que j’ai envoyés aux airs. Je vous prie de vouloir bien faire mes compliments aux maîtres de la maison, et d’agréer, Madame, le respect et l’amitié la plus tendre.
De La Brède, le 12 septembre 1751.
^ A TAbbé de GuascoL
Mon cher ami, vous volez dans les vastes régions de Tair; je ne fais que marcher, et nous ne nous rencontrons pas. Dès quej’ai été libre de quitter Paris, je n’ai pas manqué de venir ici,^ où j’avais des affaires considérables. Je pars dans ce moment pour Glérac^, et j’ai avancé mon voyage d’un mois pour trouver M. le duc d’Aiguillon^, et finir avec lui, parce que ses gens d’affaires barbouillent^ plus qu’ils n’ont jamais fait. J’ai envoyé le tonneau de vin à Milord Eliban», que® vous m’avez demandé pour lui. Milord me le paiera ce qu’il voudra, et s’il veut ajouter à l’amitié ce qu’il voudra retrancher du prix, il me fera un présent immense : vous pouvez lui mander qu’il pourra le garder tant de temps qu’il voudra, même quinze ans s’il veut ; mais il ne faut pas qu’il le mêle avec d’autres vins, et il peut être sûr qu’il l’a immédiatement comme je l’ai reçu de Dieu ; il n’est pas passé par les mains des marchands.
1. Voir p. 359, n. 1. Une lettre de Montesquieu à Guasco, datée du 9 novembre 1751, nous apprend que ce dernier avait été reçu à Turin par le roi de Sardaigne, que le prince avait voulu réparer les torts de son ministre envers l’abbé, et qu’il lui avait accordé comme dédommagement l’investiture d’un comté. « Mandez-rnoi si vous retournerez à Paris, ajoutait-il; pour moi, je passerai ici (à La Brède) l’hiver et une partie du printemps. »
Cela explique le début de cette lettre.
2. Le domaine de Clérac et celui de Montesquieu furent l’héritage de son fils. Cf. p. 366, n. 3.