OUI, L'AUTOMNE EST L'AMANT
L'Automne a plus d'amour que le joyeux Printemp Pour le front qui vers lui se penche.
Il a pour nos regards des tons plus éclatants Que n'en a la fleur rose ou blanche.
Tu sais, o Cœur ! combien de son regard voilé Est douce la clarté mourante ;
Et que, plus doucement que le ciel étoile, Rayonne son ombre odorante I
Tu sais de quels égards il entoure le deuil D'une âme que le destin trompe ;
Il aide à supporter le mal avec orgueil, Par sa funèbre et fière pompe.
De la nature il sait faire, lui, le palais
Qui plaît à la Mélancolie, S'harmonise avec elle en son trouble ou sa paix,
La rend plus profonde et jolie ;
oui, l'automne est l'amant
Profonde, parce que la divine raison De ses larmes au cœur se montre ;
Jolie en sa pitié pour le morne frisson, L'anxiété qu'elle rencontre ;
lorsqu'elle reconnaît en son humilité Que d'égoïstes pleurs la baignent ;
lt ne ressent que trop son inutilité
Pour tant de pauvres cœurs qui saignent
ui, l'Automne est l'amant généreux et discret
De la fière Mélancolie, ond son ombre en la sienne, écoute son secret,
Sans lui reprocher sa folie.
Automne dit : « Espère I » en surprenant l'aveu De la fière Désespérance ; son ciel assombri semble écouler le vœu De la noble et pure souffrance !
Lomne, prends soin de la Méditation
Que mon abandon te confie,
donne lui ta si douce exaltation
Au bois que ta rouille incendie.
i, tu lui verseras avec solennité Une paix sur sa solitude, mt présager celle que l'Eternité Accorde en sa mansuétude ;
A l'heure, où, prodiguant son or au front des bois,
Tu mets à la Mort l'auréole, A l'heure où planent là les ailes d'Autrefois, Quand le Présent soudain s'envole I
Et je pourrais alors regarder sans effroi S'enfuir tous les vols d'hirondelles, Me souvenant que le retour est une Loi, Qui fait — le comprends-tu ? — des choses immortel Et peut même rendre la Foi î