SUR LES HIRONDELLES
Voyez ce que font les hirondelles, oiseaux de passage aussi bien que nous. Elles disent aux hommes : Pr otégez-twus, mais ne nous touchez pas.
Et les hommes out pour elles, comme pour nous, un respect superstitieux.
Les hirondelles choisissent leur asile dans le marbre d'un palais ou dans le chaume d'une cabane ; mais l'homme du palais ni l'homme de la cabane n'oseraient toucher à leur nid, parce qu'ils perdraient pour toujours l'oiseau qui porte bonheur à leur habitation, comme nous aux terres des peuples qui nous vénèrent.
Les hirondelles ne posent qu'un moment leurs pieds sur la terre, et nagent dans le ciel toute leur vie, aussi aisément que les dauphins dans la mer.
Et si elles voient la terre, c'est du haut du firmament qu'elles la voient, et les arbres et les montagnes, et les villes et les monuments, ne sont pas plus élevés à leurs yeux que les plaines et les ruisseaux, comme aux regards célestes du Poète tout ce qui est de la terre se confond en un seul globe éclairé par un rayon d'en haut.
— Les écouter, et, si vous êtes inspiré, faire un livre.
Ne pas espérer qu'un grand œuvre soit contemplé, qu'un livre soit lu, comme ils ont été faits.
Si votre livre est écrit dans la solitude, l'étude et le recueillement, je souhaite qu'il soit lu dans le recueillement, l'étude et la solitude; mais soyez à peu près certain qu'il sera lu à la promenade, au café, en calèche, entre les causeries, les disputes, les verres, les jeux et les éclats de rire, ou pas du tout.
Et, s'il est original. Dieu vous puisse garder des pâles imitateurs, troupe nuisible et innombrable de singes salissants et maladroits.
Et, après tout cela, vous aurez mis au jour quelque volume qui. pareil à toutes les œuvres des hommes, lesquelles n'ont jamais exprimé qu'une
l'ordonnance du DOCTEUP..-NOIR 333
question et un soupir, pourra se résumer infailliblement par les deux mots qui ne cesseront jamais d'exprimer notre destinée de doute et de douleur : Pourquoi? et hélas!
b. effets de la consultation
Stello crut un moment avoir entendu la sagesse même. — Quelle folie! — Il lui semblait que le cauchemar sétait enfui : il courut involontairement à la fenêtre pour voir briller son étoile, à laquelle il croyait. Il jeta un grand cri.
Le jour était venu. L'aube pâle et humide avait chassé du ciel toutes les étoiles; il n'y en avait plus qu'une qui s'évanouissait à l'horizon. Avec ses lueurs sacrées, Slello sentit s'enfuir ses pensées. Les bruits odieux du jour commençaient à se l'aire entendre.
Il suivit des yeux le dernier des beaux yeux de la nuit, et, lorsqu'il se fut entièrement fermé, Stella pâlit, tomba, et le Docteur-Xoir le laissa plongé dans un sommeil pesant et douloureux.
Telle futla première consultation du Docteur-rs'oir.
Stello suivra-t-il l'ordonnance ? Je ne le sais pas.
Quel est ce Stello? quel est ce Docteur-Xoir?
Je ne le sais guère.
Stello ne ressemble-t-il pas à quelque chose comme le sentiment? Le Docteur-rSoir à quelque chose comme le raisonnement?
Ce que je crois, c'est que si mon cœur et ma tête avaient, entre eux, agité la même question, ils ne se seraient pas autrement parlé.
Écrit à Paris, janvier 1832.
Celle œuvre parut vers 1S35. — Vigny explique pourquoi il a rassemblé ces souvenirs; on verra dans quels lermes il parle de cette armée au sein de laquelle il a vécu pendant douze ans; on lira les éloges et les critiques qu'il en fait et qui l'amènent à montrer le caractci'c, tantôt grandiose, tantôt servile, du métier des armes, au moyen de trois exemples, trois nouvelles, traitant, les deux premières, de la servitude, la dernière, de la grandeur militaire.
La première de ces nouvelles a pour titre : Laurette ou le Cachet rouge. Nous la donnons presque entièrement.
RÉFLEXIONS SUR LARMÉE 335