‹ Morceaux choisis de Alfred de VignyChapitre 128 sur 192 · SUR LA. ROUTE DE FLANDRE · texte numérisé non relu

SUR LA. ROUTE DE FLANDRE

J'ai le don, souvent douloureux, d'une mémoire que le temps n'altère jamais; ma vie entière, avec toutes ses journées, m'est présente comme un tableau ineffaçable. Les traits ne se confondent jamais; les couleurs ne pâlissent point. Quelquesunes sont noires et ne perdent rien de leur énergie qui m'afflige. Quelques fleurs s'y trouvent aussi, dont les corolles sont aussi fraîches qu'au jour qui les fît épanouir, surtout qu'une larme involontaire tombe sur elles de mes yeux et leur donne un plus vif éclat.

La conversation la plus inutile de ma vie m'est toujours présente à l'instant où je l'évoque, et j'aurais trop à dire, si je voulais faire des récits qui n'ont pour eux que le mérite d'une vérité naïve ; mais, rempli d'une amicale pitié pour la misère des Armées, je choisirai dans mes souvenirs ceux qui se présentent à moi comme un vêtement assez décent et d'une forme digne d'envelopper une pensée choisie, et de montrer combien de situations contraires aux développements du caractère et de l'intelligence dérivent de la Servitude grossière et des mœurs arriérées des Armées permanentes.

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