‹ Morceaux choisis de Alfred de VignyChapitre 167 sur 192 · LA >UI1 DU 27 JUILLET · texte numérisé non relu

LA >UI1 DU 27 JUILLET

— Vous voilà tous à présent séparés et dispersés. Beaucoup parmi vous se sont retirés en silence, après Torage, sous le toit de leur famille; quelque pauvre qu'il fût, beaucoup l'ont préféré à 1 ombre d'un autre drapeau que le leur. D'autres ont voulu chercher leurs fleurs de lis dans les bruyères de la Vendée, et les ont encore une fois arrosées de leur sang; d'autres sont allés mourir pour des rois étrangers; d'autres, encore saignants des blessures des trois jours, n'ont point résisté aux tentations de l'épée : ils l'ont reprise pour la France, et lui ont encore conquis des citadelles. Partout, même habitude de se donner corps et âme, même besoin de se dévouer, même désir de porter et d'exercer quelque part l'art de bien souffrir et de bien mourir. Mais partout se sont trouvés à plaindre ceux qui n'ont pas eu à combattre là où ils se trouvaient jetés. Le combat est la vie de l'armée. Où il commence, le rêve devient réalité, la science devient gloire, et la Servitude service. La guerre console par son éclat des peines inouïes que la léthargie de la paix cause aux esclaves de l'Armée; mais, je le répète, ce n'est pas dans les combats que sont ses plus pures grandeurs. Je parlerai de vous souvent aux autres; mais je veux une fois, avant de fermer ce livre, vous parler de vous-mêmes, et d'une vie et d'une mort qui eurent à mes yeux un grand caractère de force et de candeur.

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