LE COR
Tranquilles cependant, Charlemagne et ses preux Descendaient la montagne et se parlaient entre eux. A 1 horizon déjà, par leurs eaux signalées, De Luz et d'Argélès se montraient les vallées.
L'armée applaudissait. Le luth du troubadour S'accordait pour chanter les saules de l'Adour; Le vin français coulait dans la coupe étrangère; Le soldat, en riant, parlait à la bergère.
Roland gardait les monts; tous passaient sans effroi. Assis nonchalamment sur un noir palefroi. Qui marchait revêtu de housses violettes, Turpin disait, tenant les saintes amulettes :
« Sire, on voit dans le ciel des nuages de feu; Suspendez votre marche; il ne faut tenter Dieu. Par monsieur saint Denis, certes ce sont des âmes Qui passent dans les airs sur ces vapeurs de flammes.
» Deux éclairs ont relui, puis deux autres encor. » Ici l'on entendit le son lointain du cor. L'empereur étonné, se jetant en arrière, Suspend du destrier la marche aventurière.
« Entendez-vous ? dit-il. — Oui, ce sont des pasteurs Rappelant les troupeaux épars sur les hauteurs, Répondit l'archevêque, ou la voix étouffée Du nain vert Obéron, qui parle avec sa fée. »
Et l'empereur poursuit ; mais son front soucieux Est plus sombre et plus noir que l'orage des cieux-
Il craint la trahison, et, tandis qu'il y songe, Le cor éclate et meurt, renaît et se prolonge.
« Malheur ! c'est mon neveu ! malheur ! car, si Roland Appelle à son secours, ce doit être en mourant. Arrière, chevaliers, repassons la montagne! TrembleencorsousnospiedsjSoltrompeurderEspagne! »
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Sur le plus haut des monts s'arrêtent les chevaux; L écume les blanchit; sous leurs pieds, Roncevaux Des feux mourants du jour à peine se colore. A l'horizon lointain fuit l'étendard du More.
« Turpin, n'as-tu rien vu dans le fond du torrent ? — J'y vois deux chevaliers : l'un mort, l'autre expirant. Tous deux sont écrasés sous une roche noire ; Le plus fort, dans sa main, élève un cor d ivoire, Son àme en s'exhalant nous appela deux fois. »
Dieu ! que le son du cor est triste au fond des bois !
Écrit à Pau, en 1825.
oc L.\ PLAINTE DU CAPITAINE
Qu'elle était belle, ma frégate, Lorsqu elle voguait dans le vent!
LA FKÉGATE LA (( SÉPaEUSE » 57
Elle avait, au soleil levant, Toutes les couleurs de l'agate; Ses voiles luisaient le matin Comme des ballons de satin; Sa quille mince, longue et plate, Portait deux bandes d écarlate Sur vingt-quatre canons cachés; Ses mâts, en arrière penchés, Paraissaient à demi couchés.
Dix fois plus vive qu'un pirate, En cent jours du Havre à Surate Elle nous emporta souvent.
— Quelle était belle, ma frégate, Lorsqu'elle voguait dans le vent!
Brest vante son beau port et cette rade insigne Oùpeuventmanœuvrertroiscents vaisseaux de ligne; BoLLOGME, sa cité haute et double, et Calais, Sa citadelle assise en mer comme un palais; Dieppe a son vieux château soutenu par la dune, Ses baigneuses cherchant la vague au clair de lune. Et ses deux monts en vain par la mer insultés; Cherbourg a ses fanaux de bien loin consultés. Et gronde en menaçant Guernsey la sentinelle Debout près de Jersey, presque en France ainsi qu'elle LoRiE>-T, dans sa rade au mouillaçre inég:al, Pieçoit la poudre d'or des noirs du Sénégal; Sai>t-Malo dans son port tranquillement regarde Mille rochers debout qui lui servent de garde; Le Havre a pour parure ensemble et pour appui Xotre-Dame-de-Gràce et Honfleur devant lui; Bordeaux, de ses longs quais parés de maisons neuves, Porte jusqu'à la mer ses vins sur deux grands fleuves ;
Toute ville à Marseille aurait droit d'envier
Sa ceinture de fruits, d'orange et d'olivier;
D'or et de fer Bayonne en tout temps fut prodigue,
Du grand cardinal-duc La Rochelle a la digue ;
Tous nos ports ontleur gloire ouleur luxe à nommer;
Mais Toulon a lancé la Sérieuse en mer.