Hippolyte était né d'Antiope, reine des Amazones
Éternisant des jours si noblement finis, Prouve à tout l'avenir que j'étais votre fils.
Phèdre1 (1677), acte III, scène v.
Mort d'Hippolyte.
Hippotyte a été injustement accusé par Phèdre devant Thésée son père. Victime d'une funeste erreur, celui-ci l'a cru coupable, il a ordonné à son fils de s'éloigner de lui, et il a prié Neptune de Je punir. Ces vœux ont été trop tôt accomplis. Le gouverneur de ce jeune prince, Thèramène, vient annoncer sa mort à Thésée.
A peine nous sorlions des portes de Trézène : Il était sur son char; ses gardes affligés Imitaient son silence autour de lui rangés; Il suivait tout pensif le chemin de Mycènes : Sa main sur les chevaux laissait flotter les rênes. Ses superbes coursiers, qu'on voyait autrefois Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa voix, L'œil morne maintenant et la tête baissée, Semblaient se conformer à sa triste pensée. Un effroyable cri, sorti du fond des Ilots, Des airs en ce moment a troublé le repos; Et, du sein de la terre, une voix formidable Répond en gémissant à ce cri redoutable. Jusqu'au fond de nos cœurs notre sang s'est glacé: Des coursiers attentifs le crin s'est hérissé. Cependant, sur le dos2 de la plaine liquide, S'élève à gros bouillons une montagne humide; L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux,
1. Cette pièce est imitée de Y Hippolyte couronné d'Euripide. Sénèque le Tragique a traité le même sujet en latin. — Le rôle de Phèdre, en particulier, est regardé comme une des plus belles et des plus savantes créations dramatiques.
2. Sur la partie supérieure.... Dos ne s'emploie en ce sens qu'en poésie et dans le style èlevè.
Parmi des flols d'écume, un monstre furieux.
Son front large est armé de cornes menaçantes ;
Tout son corps est couvert d'écaillés jaunissantes :
Indomptable taureau, dragon impétueux,
Sa croupe se recourbe en replis tortueux;
Ses longs mugissements font trembler le rivage.
Le Ciel avec liorreur voit ce monstre sauvage ;
La terre s'en émeut, l'air en est infecté ;
Le flot qui l'apporta recule épouvanté1.
Tout fuit; et, sans s'armer d'un courage inutile,
Dans le temple voisin chacun cherche un asile.
Hippolyte lui seul, digne fils d'un héros,
Arrête ses coursiers, saisit ses javelots,
Pousse au monstre, et d'un dard lancé d'une main sûre,
Il lui fait dans le flanc une large blessure.
De rage et de douleur le monstre bondissant,
Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant.
Se roule, et leur présente une gueule enflammée,
Qui les couvre de feu, de sang et de fumée. La frayeur les emporte; et, sourds à cette fois, Ils ne connaissant plus ni le frein ni la voix :
En efforts impuissants leur maître se consume.
Ils rougissent le mors d'une sanglante écume.
On dit qu'on a vu même, en ce désordre affreux,
Un dieu qui d'aiguillons pressait leurs flancs poudreux.
A travers les rochers la peur les précipite;
L'essieu crie et se rompl * : l'intrépide Hippolyte
Voit voler en éclats tout son char fracassé;
Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé.
Excusez ma douleur : cette image cruelle
Sera pour moi de pleurs une source éternelle.
J'ai vu, seigneur, j'ai vu votre malheureux fils
Traîné par les chevaux que sa main a nourris.
Il veut les rappeler, et sa voix les effraie;