‹ Morceaux choisis de prose et de vers des classiques françaisChapitre 71 sur 156 · AUGUSTE · texte numérisé non relu

AUGUSTE

N'en délibérons plus, cette raison l'emporte :

Mon repos m'est bien cher, mais Rome est la plus forte ;

Et, quelque grand malheur qui m'en puisse arriver.

Je consens à me perdre afin de la sauver.

Pour ma tranquillité mon cœur en vain soupire :

Cinna, par vos conseils je retiendrai l'empire.

Cinna* (1639), acte II, scène i.

Clémence d'Auguste.

La conspiration de Cinna, dont Auguste avait fait l'un de ses favoris après l'avoir trouvé dans le parti de ses adversaires, a été découverte à l'empereur. Il fait venir celui-ci; il l'accable des preuves de sa culpabilité ; ensuite il lui pardonne, en prononçant ces belles paroles :

Je suis maître de moi comme de l'univers : Je le suis, je veux l'être. 0 siècles! ô mémoire ! Conservez à jamais ma dernière victoire : Je triomphe aujourd'hui du plus juste courroux De qui le souvenir puisse aller jusqu'à vous. Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie : Comme à mon ennemi je t'ai donné la vie ;

1. Le sujet de cette tragédie a été emprunté par Corneille à Scnéque, Traité de la Clémence, livre Ier. — « Cette scène, dit Voltaire, est d'un genre dont il n'y avait aucun exemple chez les anciens ni chez les modernes : détachez-la de la pièce, c'est un chefd'œuvre d'éloquence; incorporée à la pièce, c'est un chef-d'œuvre encore plus grand. » Le même écrivain remarque que les maximes générales, qui seraient déplacées dans une scène vive et passionnée, sont ici d'un effet admirable, parce qu'Auguste n'éprouve pas de dangers présents, et peut discuter à loisir le dessein de renoncer au pouvoir suprême.

Feugére. Quatrième. Extraits. 14

Et malgré la fureur de Ion lâche dessein, Je te la donne e*icor comme à mon assassin. Commençons un combat qui montre par l'issue Qui l'aura mieux de nous ou donnée ou reçue. Tu trahis mes bienfaits, je les veux redoubler ; Je t'en avais comblé, je t'en veux accabler.

Ibid., acle V, scène ni.

Flaminius, ambassadeur des Komains, essaye en vain d'intimider Nicomède.

Nicomède, élève d'Annibal et fils aîné de Prusias, roi de Bithyni», est aussi courageux et aussi fier que son père est lâche et docile aux volontés de Rome : il s'indigne de ce que, dans les États de celui-ci, un ambassadeur romain ose lui parler en maître.

FLAMINIUS, MCOMÈDE, PRUSIAS.

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