Ce mot était alors compté pour deux syllabes
2. La tragédie de Polyeucte avait paru six ans auparavant, en 1648. On se souviendra aussi des vers non moins célèbres par lesquels Polyeucte déclare sa foi devant le peuple (Polyeucte, acte III, scène n) :
Le Dieu de Polyeucte et celui de Xéarque
De la terre et du ciel est l'absolu monarque,
Seul être indépendant, seul maître du destin,
Seul principe éternel et souveraine fin.
CVst ce Dieu des chrétiens qu'il faut qu'on remercie
Des victoires qu'il donne à l'empereur Décie :
Lui seul tient en sa main le succès des combats :
Il le veut élever, il le peut mettre à bas ;
Sa bonté, son pouvoir, sa justice est immense :
C'est lui seul qui punit, lui seul qui récompense
S'il querelle les venls, ils n'osent plus frémir; S'il commande au soleil, il arrête sa course: Il est maître de tout, comme il en est la source1, Tout subsiste par lui, sans lui rien n'eût été, Et lui seul des mortels est la félicité.
Ibicl., acte Ht, scène i.
Adrien déclarant sa foi et défiant ses bourreaux.
C'est Genest qui parle.
Écoutez, vous Césars2, et vous troupes romaines, La gloire et la terreur des puissances humaines, Mais faibles ennemis d'un pouvoir souverain Qui foule aux pieds l'orgueil et le sceptre romain : Aveuglé de l'erreur dont l'enfer vous infecte, Comme vous des chrétiens j'ai détesté la secte; Mais, par un changement dont Dieu seul est l'auteur, Je deviens leur rival de leur persécuteur1. Et soumets ;i leur lui que j'ai tant réprouvée f.'ne âme heureusement de tant d'écueils sauvée. Leur créance est ma foi, leur espoir est le mien : C'est leur Dieu que j'adore; enfin je suis chrétien. Quelque effort qui s'oppose à l'ardeur qui m'enflamme, Les intérêts du corps cèdent à ceux de l'âme : Déployez vos rigueurs, brûlez, coupez, tranchez : Mes maux seront encor moindres que mes péchés. Je sais de quel repos cette peine est suivie, Et ne crains point la mort qui conduit à la vie.
Ibid., acte IV, scène vi.
1. On peut comparer ces beaux vers à ceux de Racine dans Esther, acte I, scène m.
Au seul son de sa voix, la mer fuit, Je ciel tremble, etc.
2. Les Césars présents au spectacle sont ici Dioclétien, empereur romain, qui régna de 284 à 305 avec le titre d'Auguste, et Daïa Maximin, qui avait reçu en 3Û5 le gouvernement de la Syrie et de l'Egypte avec le titre de César.