‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 113 sur 254 · PHILAMINTE, ARMANDE ET BÉLISE · texte numérisé non relu

PHILAMINTE, ARMANDE ET BÉLISE

Ah!

TRISSOTIN

Qu'il m'en coùtj déjà la nioiii(' de mon bien ;

Kt, quand lu vois ce beau carrosse.

Où lani (l'or so relève en bosse

Qu'il élonne toul le pays, l'A fait pompi'usenienl triompher ma Laïs...

PHILAMINTE

Ah! ma Lan! voilà de rérudition.

BÉLISE

L'enveloppe' est jolie, ot vaut un million.

TRISSOTIN

Kt quand lu vois ce beau carrosse , Où tant d'or se relève on bosse Qu'il étonii'i toul le pays.

Et fait pompcuse.nent Iriompher ma Laïs,

1. Agri^able contraste que celui de cette spiriUielIc inattention avec le sol onlhonsinsmc de nos savnnles. .Après tant de fades coraplinienls, un trait »'o franchise, mémo un peu dure, est le bicnvonu.

'2. Ici, de ncHiveaii , on pourra recourir aux f/'ni'rr.s de Colin, qui rcnfernuMil le madriiïnl suivant. Ce fut, dii-on, lioileau, allaqué avec .Mohi-re par l'alibé Colin , qui sii;nala le suniiel cl le madrigal à l'aileniion de son ami. en lui donnant l'idée de les insérer dans l'excellente scène que nous reproduisons.

3. Expressi(;n bizarre, bien placée Ici : c'esl, à notre s'Mis, la forme dont la pensée esl - Hie/dyi^iec. revéïne; en d'autres tenues, le tour de la phrase. — Auger croit (pie le mol cnvloppc fait allusion au nom de Laïs. explication qui nous parait peu salislaisanle.

160 MOLIÈRK.

Ne (lis plus qu'il est amarante.

Dis plutôt qu'il est do rna rente.

ARMANDR.

Oh! oli ! oli! celui-là ne s'attend point du tout.

PHILAMINTE

On n'a que lui qui puisse écrire de ce goût.

BÉLISE

Ne dis plus qu'il est amarante, Dis plutôt qu'il est de ma rente.

Voilà qui se décline, ma renie, de nia rente, à ma rentes

PHILAMINTE

Je ne sais, du moment que je vous ai connu, Si sur votre sujet j'eus Pesprit prévenu; Mais j'admire partout vos vers et votre prose.

TRissoTiN, à PliUaminte.

Si vous vouliez de vous nous montrer quelque chose, A notre tour aussi nous pourrions admirer.

PHILAMINTE

Je n'ai rien fait en vers; mais j'ai lieu d'espérer

Que je pourrai bientôt vous montrer en amie

lluit chapitres du plan de notre académie.

Platon s'est au projet simplement arrêté,

Quand de sa République il a fait le traité;

Mais à l'eiîet entier je veux pousser l'idée

Que j'ai sur le papier en prose accommodée :

Car enfin je me sens un étrange dî.'pit

Du tort que l'on nous fait du côté de l'esprit;

Et je veux nous venger, toutes tant que nous sommes ,

De cette indigne classe où nous rangent les hommes,

De borner^ nos talents à des futilités

Et nous fermer la porte aux sublimes clartés.

AR MANDE

C'est faire à notre sexe une trop grande offense

De n'étendre l'effort de notre intelligence

Qu'à juger d'une jupe, ou de l'air d'un manteau,

Ou des beautés d'un point', ou d'un brocart* nouveau

1. Ce singulier motif d'admiration rappelle le goùl pucril qui, malgré d'énergiques protestations, existait encore à cette époque pour les assonances , les concelli et autres froids agréments de celte espèce, que l'imilalion de l'Ilalie et de l'Rspa.^j^ne avait accrédités parmi nous.

2. La construction est un peu e;nbarr3ssée: on dirait en prose : de cet indigne rang où {nous souiiius iorcn's)de borner....

3., Espèce de dentelle de iil , faite à l'aiguille. A. Etoffe de soie brochée d'or ou d'argent.

BÉLISE

Il faut so relover de ce honteux partage

Et mettre hautoment notre esprit hors de page*.

PHILAMINTE

....Nous voulons montrer à de certains esprits, Dont l'orgueilleux savoir nous traite avec mépris, Ouc de science aussi les femmes sont meublées ; Qu'on peut faiie comme eux do doctes assemblées, (loiidiiites en cola par des ordres meilleurs^ Qu'on y veut réunir ce qu'on sépare ailleurs, . Mf^ler le beau langage et les liantes sciences. Découvrir la iialiire en mille oxpérienccs , VA, sur les questions qu'on pouira proposer, Faire entrer chaque secte cl n'en point épouser.

TUISSOTIN.

Jom'allacho pour Tordre' au péripatétisme.

PHILAMINTE

Pour les abstractions j'aime le platonisme.

TRISSOTIN

Descartes, pour l'aimant, donne fort dans mon sens.

ARMANDE

J'aime ses tourbillons.

PHILAMINTE. Moi , SCS moudos tombants.

ARMANDE. '

Il me tarde de voir notre assemblée ouverte, Et de nous signaler par quelque découverte.

TRISSOTIN

On en attend beaucoup de vos vives clartés, Et pour vous la nature a peu d'obscurités.

Pour moi , sans me flatter, j'en ai déjà fait une, Et j'ai vu clairement des hommes dans la lune.

BÉLISE

Je n'ai point encor vu d'hommes, comme je crois; Mais j'ai vu des clochers tout comme je vous vois.

ARMANDE

Nous approfondirons , ainsi que la physique, Grammaire, histoire, vers, morale et politique.

i. r.xnrcssion figurée, qui signifie hors df la dépendance d'nulrui. Au propre cl dans le |)rincipe, dire d'un jeune homme qu'il élail/iors de ;)«(?<■, c'elail marquer qu'il av.iil accompli le temps de son service dans les pages et qu'il t'iaii par consé(iueni mailre de lui.

2. I-a plupart des éditions placent ici un point et virgule qu'il nous parait préférable de supprimer pour le sens.

3. C'est renchalnement logique des propositions, qui caractérise en effet la philosophie d'Arislote.

102 MOLIÈIU:.

PiriLAMINTE.

La inoralo «'i des trails doMt mon cœur est épris. Et c'était autrefois rariiour des grands esprits : Mais aux stoïciens je donne l'avantage, Et je n(^ trouve rien de si beau que leur sage*.

AUMANDE.

Pour la langue, on verra dans peu nos règlements, Et nous y piétendoiis faire des rcniûrnents. Par une aiitip.'itliie, ou juste ou naturelle, Nous avons pris chacune une haine morti^lie Pour un nombre de mots, soit ou verbes ou noms, Que mutuellement nous nous abandonnons; Contre eux nous préparons de mortelles sentences, Et nous devons ouvrir nos doctes conf'rences Par les proscriptions de tous ces mots divers Dont nous voulons purger et la prose et les vers.

TRISSOTIN

Voilà certainement d'admirables projets.

BÉLISE

Vous verrez nos statuts quand ils seront tous faits.

TRISSOTIN

Ils ne sauraient manquer d'être tous beaux et sages.

ARMANDE

Nous serons par nos lois les juges des ouvraj^es ; Par nos lois, prose et vers, tout nous sera soumis : Nul n'aura de Tesprit, hors nous et nos amis^. Nous cherc.'ierons partout à trouver à redire, Et ne verrons que nous qui saciient* bien écrire*.

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