‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 138 sur 254 · Acte V, Scène II · texte numérisé non relu

Acte V, Scène II

Hermione, Cléone, sa confidente.

HERMIONË.

Ah ! qu'ai-je lait, Cléone ? et (lue viens-tu me dire ? Que fait Pyrriuis?

CLÉONE 11 est au comble de ses vœux, Le plus fier des mortels, et le plus amoureux. .le Tai vu vers le temple, où son hymen s'apprôte, Mener en conquérant sa nouvelle conquête, El d'un œil où brillaient sa joie cl son espoir, S'enivrer en marchant du plaisir de la voir. Andromaque, au travers de mille cris de joie. Porte jus(iu'aux autels le souvenir de Troie : Incapable loujouis d'aimer et de haïr.

Sans joie et sans murmure elle semble obéir.

he:^mione.

Et l'in^n-at, jusqu'au bout il a poussé l'outrage! Mais as-tu bien, Cléone, observé son visage? Goûte-t-il des plaisiis (l'anqnilles et parfaits? N'a-l-il point détourné ses yeux vers le palais? Dis-moi, ne t'es-tu point présentée a sa vue? L'in^îiat a-t-il rougi lorsqu'il l'a reconnue? Son trouble avouait-il son inliib'lité?

A-l-il jusqu'à la lin soutenu sa liertc?

CLÉONE

Madame, il ne voit rien : son salut et sa gloire Semblent être avec vous sortis de sa mi-moire. Sans songer (jui le suit, ennemis ou sujets. Il poursuit seulement ses amoureux pro;ets. Aiitonrdu lils d'Hector il a rangé sa garde, Et croit que c'est lui seiîl que le péril regarde. Phœnix même en répond, qui'' l'a conduit exprès

1. Devant pl avant ont (^lé longlomps omployi^s iiuiiiïrrommcnl Cnn pour l'.nuUc: mais, aujnnrd'lnii , il lamli ail araji/ dans ce loiir, devaiii irnaiil plus en»! lo)i' que eoinino préposition.

"2. {'.tih' coiisinicUoii , qui nous paraîtrait trop dure , élail reçue ou dix- «eplièuie siècle; Boileau a diidc même dans le Lnirin:

La dresse eu l'iilrant, r/t4t voit la uai>iic mise. Admire un si bel ordre....

208 J. RAGINt:.

Dans Mil fort éloigne du t(!iijplc et du palais. Voilà dans ses transports le seul soin qui lui reste.

MERMIONE.

F.c peiiide ! il mourra. Mais que l'a dit Oreste?

CLÉONE

Oreste avec ses Grecs dans le temple est entré.

IIERMIONE.

lié bien ! à me venger n*est-il pas préparé !

CLÉONE

Je ne sais.

HERMioNE. Tu ne sais ! Quoi donc! Oreste encore,

Oreste me trahit?

CLÉONE. Oreste vous adore; Mais de mille remords son esprit combattu Croit tantôt son amour et tantôt sa, vertu. Il respecte en Pyrrhus l'honneur du diadème; Il respecte en Pyrrhus Achille et Pyrrhus même : Il craint les Grecs, il craint l'univers en courroux; Mais il se craint, dit-il , soi-même plus que tous. Il voudrait en vainqueur vous apporter sa tête : Le seul nom d'assassin l'épouvante et l'arrête. Enfin il est entré, sans savoir dans son cœur S'il en devait sortir coupable ou spectateur.

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