Acte IV, Scène III
Joad, Joas, Azarias, lsma'èl,et les trois autres chefs des lévites, JOAD.
0 mon fils ! de ce nom j'ose encor vous nommer M Souifrez cette tendresse, et pardonnez aux larmes Que m'arrachent pour vous de trop justes alarmes. Loin du trône nourri, de ce fatal honneur, Hélas! vous ignorez le charme empoisonneur; De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse, Et des lâches flatteurs la voix enchanteresse. Bientôt ils vous diront que les plus saintes lois. Maîtresses du vil peuple, obéissent aux rois; Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volonté même ; Qu'il doit immoler tout cà sa grandeur suprême; Qu'aux larmes, au travail , le peuple est condamné, Et d'un sceptre de fer veut être gouverné ;
1. Circonstance conforme aux récits des livres saints et très-heureusement rappork'e ici , en ce qu'elle communique à la fin de cet acte, un peu lent vers le début, d'après l'opinion de La Harpe, une sorte d'ardeur guerrière qui presse la marche de l'action et qui échauffe les spectateurs.
2. La gravité mélancolique de ces paroles leur donne un caractère inimitable de beauté. C'est ce qui a fait dire à La Harpe : « Ce morceau est ce que l'on counaît de plus parfait en situation et en éloquence dramatiques; » ei à Geoffroy : • Dans tous les théâtres anciens et modernes , on ne trouverait pas un autre exemple d'une éloquence aussi vraie, aussi touchante, d'une philosophie aussi noble et aussi sublime. •
Que, sMl n'est opprimé , lot ou tard il opprime : Ainsi de piège en piège, et d'abîme en abîme, Corrompant de vos mœurs Taiiiiable pureté, Ils vous feront enfin haïr la vérité , Vous i)eindront la vertu sous une affreuse image. Hélas! ils ont des rois égaré le plus sage*. Promettez sur ce livre, et devant ces témoins. Que Dieu fera toujours le premier de vos soins; Que, sévère aux méchants, et des bons le refuge. Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge ; Vous souvenant, mon lils, que, caché sous ce lin, Comme eux^vous fiites])auvre, et comme eux orphelin'.
JOAS
Je promets d'observer ce que la loi m'ordonne. Mon Dieu, punissez-moi si je vous abandonne!
JOAD
Venez : de Thuile sainte il faut vous consacrer. Paraissez, Josabeth : vous pouvez vous montrer.