‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 175 sur 254 · Virgile, En · texte numérisé non relu

Virgile, En

Sic oculos , sic ille maau j , sic ora ferebat.

Que j'ai craint de livrer aux flammes, au pillage. Qu'il règne donc ce lils, ton soin et Ion ouvrage' ; Et que , pour signaler son empire nouveau, On lui fasse en mon sein enfoncer le couteau! Voici ce qu'en mourant lui souhaite sa mère : Que dis-je, souhaiter! je me flatte, j'espère Qu'indocile à ton joug, fatigué de ta loi. Fidèle au sang d'Achab qu'il a reçu de moi, Conforme à son aiVul, à son père 'semblable, On vfTra de David l'h/ritier détestable Abolir tes honneurs, profaner ton autel, Et venger Atlialie, Achab et JézabeP

Alhalic, dont Joad a pronoDci- l'arrôt mortel, est eiilraînéc par les lévites ; et , à quelques pas de là, elle va expier sous lo poignard les crimes de sa vie'.

i. Virgile, Géorr;., IV, 35'i :

, . . . Ipse tibi , tua maxima cura....

2. Quelle fierté, observe Geoffroy, quelle énergie dans ces imprécations, qui ne furent que trop accomplies : celle pensée ajoute à l*efi"el qu'eiles pfoduisenl sur le spectateur.

3. « La catastrophe, a dit Voltaire, est admirablement en action. C'est là que se fait la reconnaissance la plus intércssanie; on ne lue point AlhaJie sur le lhé;Ure; le fils des rois est sauvé et reconnu roi : merveilleux ensemble qui transporte les spectateurs. » Ouaiil au plan toul entier, comme l'a remarqué La liarpe. ilesi si bien coiiyu qui- chaque objection présentét' n'a pu qu y faire découvrir un mérite, et que la sévérité ou l'injustice des critiques n'ont eu pour effet que de montrer la sagesse et le génie de l'auteur.

Après Molière, le premier de nos poêles comiques a été Hegnarrl. Une vie romanesque et avcnluieuse, en lui faisant voir Lien des pays ', éprouver bien des conditions diverses, l'avait initié à cette science du cœur humain sans laquelle on ne saurait offrir un tableau véritable ûd la société. Né à Paris en lGo5, ce fut seulement à Tàge de quarante ans que, de retour en France, et fixé près de Paris, il songea à devenir auteur. Une fortune aisée, dont il usait largement, lui permit de ne l'être que pour son plaisir. Aussi la gaieté d'un homme heureux éclale-l-elle dans tous ses ouvrages. Outre cet enjouement, beaucoup de verve le dislingue : son invention est facile et originale, les expressions et les tours piquants abondent dans ses vers parfois négligés; mais on regrette qu'il n'ait pas donné à son théàlre un caractère assez moral. Peu fidèle au principe de l'art, il ne s'esl pas assez préoccupé de corriger en amusant : la leçon ne se mêle que trop rarement chez lui au rire qu'il excite 2. Une fois néanmoins dans le Joueur, qui est son plus bel ouvrage et l'un des meilleuis de notre scène, il a parfaitement atteint le but de la comédie. On a prétendu qu'il avait connu par lui-même cette passion qu'il a peinte en traits si frappants et si propres à nous en défendre.

Regnard a composé aussi des satires, et dans l'une d'elles, dans le Tombeau de Boileau, il eut même l'imprudence d'attaquer le modèle du genre; mais, par une épiire placée en tête de la comédie des Ménechmes, il fit amende honorable : le successeur de Molière ne pouvait demeurer injuste pour Boileau, l'ancien ami et le panégyriste de ce grand homme.

1. On en jugera par ces quatre vers latins que Regnard avait gravés , avec quelques-uns de ses com;)agnons , au sommet d'une montagne siluée en vue de la mer Glaciale et au delà de Tornéa , la dernière ville du globe vers le nord :

Gallia nos genuit , vidit nos Africa , Gangem Hausimus , Europamque oculis luslravimus omnem ; Casibus el variis acli , terraque , marique , Hic tandem stetimus , nobis ubi défait orbis.

2. Boileau louait dans Regnard t le don de n'être pas médiocrement plaisant, » el Voltaire pensait que « celui qui ne goûte point les comédies de Regnard n'est pas digne d'admirer Molière. » La lîarpe a dit aussi : « Regnard a su être grand comique sans ressembler à Molière ; ce qui le caractérise, c'est une gaieié souterme, un fonds inépuisable de saillies et de traits plaisants. « Il faut voir à son sujet, outre le Cours de litlcntiure de [>a Harpe , les feuilletons recueillis de Geoffroy, en regrettant d'ailleurs l'ab-

ÏILIGNARD. 20'J

Le Joueur^.

(Exlrails.)

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