Acte I, Scène V
Don Diègue, don Rodrigue.
D. DIÈGUE
Rodrigue, as-tu du cœur?
D. RODRIGUE. Tout autrc que mon père L'éprouverait sur Theurc.
D. DIÈGUE. Agréable colère!
1. On sait que ce beau pissairc a élé parodié par Furetièrc, avec le concours de l?oilcau cl de Racine. Ce dernier, dans ses Plniditns, n pris encore la Même liberit- h i'ép:ard de quelques-uns des Ir.tiis du Cid ,ce (|ui senihlail une irrcvcroiice h Corni'illc. Nous ne verrons là. pour nous, que de simples jeux (ri'Si)ril qui aUeslenl la eélébrilé mcMne des vers de (Corneille, el qui pouvai'Mil se C(uiciiier avec la plus sincère admiralion de ce grand liomnic.
2. Il y a un peu de déclaniaiion dans ce vers, qui nuil d'ailleurs au juste rapport des mois el à l'accord des imup:es que le suivanl nréseiUe; car si l'on peul dire Vèclat d'une dignilc, on ne saurait dire de même l'cctal d'un ; (vti^dte. — Pans ses monologues, Corneille n'évite pas en généial avec assez de soin le fas'e et rexagéralion des paroles^.
i'i cohnkillh:.
D'igno rcssontiiMciit à ma douiour bien doux!
Je reconnais mon sang à ce noJ)Ie courroux :
Ma jeunesse revit en ('(îiie ardeur si prompte.
Viens, mon (ils, viens, mon sang, viens réparer ma honte;
Viens me vcmger.
D. RODRIGUE. De qUOi?
D. DiÈGUE. D'un aiïront si cruel , Qu'à rhonneur de tous doux il porte un coup mortel : D'un soufïlet. L'insolent en eût perdu la vie : Mais mon âge a trompé ma généreuse envie ; Et ce fer que mon bras ne peut plus soutenir, Je ie remets au tien pour venger et punir. Va contre un arrogant éprouver ton courage : Ce n'est que dans le sang qu'on lave un tel outrage; Meurs ou tue*. Au surplus, pour ne te point flatter, Je te donne à combattre un homme à redouter : Je l'ai vu , tout couvert de sang et de poussière, Porter partout l'effroi dans une armée entière'. J'ai vu par sa valeur cent escadrons rompus; Et, pour t'en dire encor quelque chose de plus, Plus que brave soldat, plus que grand capitaine,
C'est
D. RODRIGUE. Db grâce, achevez.
D. DIÈGUE. Le père de Chimène.
D. RODRIGUE
Le....?
D. DIÈGUE. Ne réplique point, je connais ton amour : Mais qui peut vivre infâme est indigne du jour; Plus l'otlenseur est cher, et plus grande est l'oiïense. Enfin tu sais raiïront, et tu tiens la vengeance : Je ne te dis plus rien. Venge-moi, venge-toi. Montre-loi digne fils d'un père tel que moi.
1. Admirable concision : ainsi Sénèque le trafique, dans Thyeste, v. 203 : Aut perdiH aul peribit. t Voilà les raots , remarque La Harpe, qui se précipitent dans la bouche d'un homme furieux : il voudrait n'en cas prononcer d'autres. » — On peut voir dans Guilhem de Castro l'originaliié en quelque sorte sauvafre de celte scène, et consulter un article de M. Magnin , « Le Cul au Théâtre français, » Revue des deux Mondes, n'iméro du 1" février 18'r2.
*2. Au lieu de ces deux vers, dont le second est vague et entaché d'un pléonasme, l'auteur avait d'abord écrit, ce qui valait mieux :
Je l'ai vu tout sanglant , au milieu des batailles, Se faire un beau rempart de mille funérailles....
On lit encore dans un passage d'AtUla, où. Corneille retrouve un iostant son ancienne vigueur, 11, 5 :
Je l'ai vu, tout couvert de poudre et de famée. Donner le grand exem^ile à toute son armée..,.
CORNKILLE. 18
Accablé des malheurs où le destin me range*,
Je vais les déplorer. Va, cours, vole et nous venge.