‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 25 sur 115 · BÉRANGER · texte numérisé non relu

BÉRANGER

Le Nid abandonné.

Dans un jardin du voisinage Deux merles avaient fait leur nid, Trois œufs furent le témoin i Du doux serment qui les unit.

Je les ai vus sur ma fenêtre, De la pointe à la fin du jour, Couver, trois semaines peut-être, L'espoir tardif de leur amour.

Les petits ont vu la lumière; J'entends leurs cris; il faut nourrir Celte jeunesse printanière Qu'on craint toujours de voir mourir.

Que de soucis et que de joie!

On ne peut rester endormi; Sans cesse il faut guetter la proie ; 11 faut éviter l'ennemi.

0 vertu, tendresse immuable; 0 soins constants, travaux passés, Par quel amour insatiable Serez -vous donc récompensés.

Ce matin des cris de détresse Dans le jardin ont résonné, Les merles voletaient sans cesse Autour du nid abandonné.

Sans doute un épervier rapide, Une couleuvre aux yeux perçants, Ou des enfants, troupe perfide, Auront surpris les innocents?

Non, dès qu'ils ont senti leurs ailes, Les ingrats ont fui pour toujours, Avides d'amitiés nouvelles, Oublieux des vieilles amours.

Ils vont étaler leur plumage, Voler et chanter dans le ciel, Sans entendre le cri de rage Qui sort du buisson paternel.

A quelles cruelles épreuves Seront soumis les fils ingrats !

L'affection, comme les fleuves, Descend et ne remonte pas.

Allez, enfants, douces chimères, Rêves menteurs qui nous charmez; Vous n'aimerez jamais vus mères Autant qu'elles vous ont aimés.

G. Nadaud».

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