‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 60 sur 115 · Aristophane. (Dur&pd éàiL · texte numérisé non relu

Aristophane. (Dur&pd éàiL

Ne me réduisez point, par cette dure loi,

Jusqu'à me plaindre au ciel de ce que je vous doi ;

Et cette vie, hélas! que vous m avez donnée,

Ne me la rendez pas, mon père, infortunée.

Si, contre un doux espoir que j'avais pu former,

^ous me défendez d'être à ce que j'ose aimer,

Au moins, par vos bontés qu'à vos genoux j'implore,

Sauvez-moi du tourment d'être à ce que j'abhorre;

Et ne me portez point à quelque désespoir,

En vous servant sur moi de tout votre pouvoir.

ORGON, se sentant attendrir.

Allons ferme, mon cœur, point de faiblesse humaine!

Molière.

La Critique de l'Ecole des femmes.

Le marquis, Dorante.

Dorante. Jamais on n'a rien vu de si plaisant que la diversité des jugements qui se font là-dessus : car enfin j'ai ouï condamner cette comédie à certaines gens parles mêmes choses que j'ai vu d'autres estimer le plus.

Le marquis. Il est vrai. Je la trouve détestable, morbleu! détestable, du dernier détestable, ce qu'on appelle détestable.

Dorante. Et moi, mon cher marquis, je trouve le jugement détestable.

Le marquis. Quoi! chevalier, est-ce que tu prétends soutenir cette pièce?

Dorante. Oui, je prétends la soutenir.

Le marquis. Parbleu! je la garantis détestable.

Dorante. Mais, marquis, par quelle raison, de grâce, celle comédie est-elle ce que tu dis!

Le marquis. Pourquoi elle est détestable?

Dorante. Oui.

Le marquis. Elle est détestable, parce qu'elle est dé table.

Dorante. Après cela, il n'y a plus rien à dire : voilà son procès lait. Mais encore, instruis-nous, et nous dis les défauts qt'i y sont.

Le marquis. Que sais-je. moi! Je ne mesuis pas seulement donné la peine de l'écouter. Mais enfin je sais bien qu... j

i'.KNRE DRAMATIQUE — OBNRB ORATOIRE 165

n'ai jamais rien vu de si méchant, Dieu me t Dorilas

■e qui i'ét ds, a été il'1 mou avis.

Dorante. L'autorité est belle, ut te voilà bien appuyé!

Le MARQUIS. Il ne faut que voir les continuels éclats il i rire que l parterre y t'ait. Je ne veux point d'autre chose pour témoigner qu'elle ne vaut rien.

Dorante. Tu es donc, marquis, de ces messieurs du lui air qui ne veulent pis que le parterre ait du sens commun, etqui seraient fâchés d'avoir ri avec lui, fût-ce delà meilleure Ohose du monde? Je vis l'autre jour sur le théâtre un de mes amis qui se rendit ridicule par là. 11 écouta toute la pièce avec un sérieux le plus sombre du monde; et tout ce qui ut les autres ridait son front. A tous les éclats de risée, il haussait les épaules et regardait le parterre en pitié; et quelquefois aussi, le regardant avec dépit, il lui disait tout haut: « Ris donc, parterre, ris donc. > Ce fut une seconde Comédie que le chagrin de notre ami : il la donna en galant bomme à toute l'assemblée, et chacun demeura d'accord qu'on ne pouvait pas mieux jouer qu'il lit.

Apprends, marquis, je te prie, et les autres aussi, que le bon sens n'a point de place déterminée à la comédie; que la différence du demi-louis d'or et de la pièce de quinze sous ne fait rien du tout au bon goût; que debout ou assis on peut donner un mauvais jugement; et qu'enfin, à le prendre en général, je me lierais assez à 1 approbation du parterre, par la raison qu'entre ceux qui le composent il y en a plusieurs qui sont capables de juger d une pièce selon les règles, et que les autres en jugent par la bonne façon d'en juger, qui est de se laisser prendre aux choses, et de n'avoir ni prévention aveugle, ni complaisance affectée, ni délicates?e ridicule.

Le marquis. Te voilà donc, chevalier, le défenseur du parterre! Parbleu! je m'en réjouis, et je ne manquerai pas de l'avertir que tu es de ses amis, liai, liai...

Dorante. Ris tant que tu voudras. Je suis pour le bon sens, et ne saurais souffrir les ébullitions de cerveau de nos marquis de Mascarille. J'enrage de voir de ces gens qui se traduisent en ridicules malgré leur qualité ; de ces tiens qui décident toujours et parlent hardiment de toutes choses sans s'y connaître; qui, dans une comédie, se récrieront aux méchants endroits et ne branleront pas à ceux qui sont bons; qui, voyant un tableau ou écoutant un concert de musique, blâment de même, et louent tout à contre-sens,

prennent par où ils peuvent les termes de l'art qu'ils attrapent, et ne manquent jamais de les estropier et de les mettre hors de place. Hé! morbleu i messieurs, taisez-vous. Quand Dieu ne vous a pas donné la connaissance d'une chose, n'apprêtez point à rire ceux qui vous entendent parler; et songez qu'en ne disant mot on croira peut-être que vous êtes d'habiles gens.

Le marquis. Parbleu! chevalier, tu le prends là...

Dorante. Mon Dieu! marquis, ce n'est pas à toi que je parle; c'est à une douzaine de messieurs qui déshonorent les gens de cour par leurs manières extravagantes, et font croire parmi le peuple que nous nous ressemblons tous. Pour moi je m'en veux justifier le plus qu'il me sera possible; et je les dauberai tant en toutes rencontres, qu'à la fin ils se ren Iront sages.

Le marquis. Dis-moi un peu, chevalier : crois-tu que Lysandre ait de l'esprit?

Dorante. Oui, sans doute, et beaucoup.

Le marquis. Demande-lui ce qu'il lui semble âeV École des femmes ; tu verras qu'il te dira qu'elle ne lui plaît pas.

Dorante. Hé! mon Dieu! il y en a beaucoup que le trop d'esprit gâte, qui voient mal les choses à force de lumières, et même qui seraient bien fâchés d'être de l'avis des autres, pour avoir la gloire de décider. Notre ami est de ces gens-là. Il veut être le premier de son opinion, et qu'on attende par respect son jugement. Toute approbation qui marche avant la sienne est un attentat sur ses lumières, dont il se venge hautement en prenant le contraire parti. Il veut qu'on le consulte sur toutes les affaires d'esprit; et je suis sûr que si l'auteur lui eût montré sa comédie avant de la faire voir au public, il l'eût trouvée la plus belle du monde.

Le marquis. Enfin, chevalier, tu crois défendre ta comédie en faisant la satire do ceux qui la condamnent...

Molière.

Exposition des Plaideurs.

PETIT-JEAN, traînant un gros sac de procès^

Ma foi, sur l'avenir bien fou qui se fîra : Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera. Un juge, l'an passé, me prit à son service;

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