‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 139 sur 231 · PRIÈRE ET CONFESSION · texte numérisé non relu

PRIÈRE ET CONFESSION

Si je me desguisois, tes clairs yeux sont en moi, Ces yeux qui peuvent tout et desfont toutes ruses, Qui pourroit s'excuser, accusé par son Roi?

Je m'accuserai donc, afin que tu m'excuses.

Père plein de douceur, comme aussi juste Roi, Qui de Grâce et de Loi tiens en main les balances, Comment pourrai-je faire une paix avec toi, Qui ne puis seulement faire trêve aux offenses*?

Je suis comme aux enfers par mes faits vicieux ; Je suis noir et sanglant par mes péchés; si ai-je* Les ailes de la foi pour re voler aux ci eux. Et l'eau de Siloé*me blanchit comme neige.

Exauce-moi du ciel, seul fort, bon, sage, et beau, Qui donne au jour le clair et le chaut à la flamme, L'estre à tout ce qui est, au soleil son flambeau. Moteur du grant mobil6*;et ame de toute ame.

Tu le feras, mon Dieu, mon espoir est certain, Puisque tu l'as donné pour arre et pour avance* Et ta main bienfaisante est cette seule main Qui parfait sans faillir l'œuvre qu'elle commence.

Ne desploye sur moi ce grand vent consumant Tout ce qui lui résiste, et ce qu'il veut atteindre :

Mais pour donner la vie au lumignon fumant.

Souffle pour allumer, et non pas pour esiôindre*

Tu m'arroses du ciel, ingrat qui*ne produis Qu'amers chardons au lieu de douces médecines. Pren ta gaule, Seigneur, pour abatre ces fruicts, Et non pas la coignée à couper les racines.

Use de chastiment, non de punition ; Esmonde mes jetions, laisse la branche tendre. Ainsi que pour chasser de Tair l'infection, Mettant le feu partout, on ne met rien en cendre.

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