A DUPLESSIS-MORNAY
Monsieur du Plessis, i'ay un extrême desplaisir de Toutrage que vous avez receu auquel je participe, et comme roy et comme vostre amy. Gomme le premier, je vous en feray justice, et me la feray aussy . Si je ne portois que le second tiltre, vous n'en avez nul dç qui l'espée fust plus preste à dégaisner que la mienne, ny qui vous portast sa vie plus gaiement que moy. Tenez cela pour constant, qu'en effet je vous rendray office de roy, de maistre et d'amy.
A MARIE DE MÉOICIS.
M*âmye, j'attendois d'heure à heure vostre lettre; je Tay baisée en la lisant. Je vous responds en mer ou j'ay voulu courre une bordée par le doux temps. Vive Dieu! vous ne m'auriés rien sceu mander qui me fust plus agréable que la nouvelle du plaisir de lecture qui vous a prins. Plutarque me sourit tousjours d'une fresche nouveauté : Taimer c'est m'aimer, car il a esté l'instituteur de mon jeune âge. Ma bonne mère, à qui je doibs tout, et qui avoit une affection si grande de veiller à mes bons déportemens, et ne vouloir pas, ce disoit^Ue, voir en son fils un illustre ignorant, me mit ce livre entre les mains, encore que je ne fausse plus un enfant de mamelle. 11 m'a esté comme ma conscience, et m'a dicté à l'oreille beaucoup de bonnes bonnes* icetez et maximes excellentes pour ma conduite et pour le gouvernement des affaires. Adieu, mon cœur.