‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 35 sur 231 · XLII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLII INTRODUCTION

suis esté (pour j'ai été), à rimitation du sono statu des Italiens :

Il y a si long-temps que je suis esté en vostre degré.

MONTL. 148.

Section H. Formation des Verbes.

S 74. Les préfixes accolé au verbe n'ont fort souvent, au seizième siècle, qu'un sens explétif ou surabondant : en graver en une pierre, s'en ensuivre pour s'ensuivre, etc.... Nous trouvons dans le présent Recueil, encourir pour courir .

Ah! je suis per4u, ce dit; Et, s'en^courant vers sa mère, Lui monstra sa playe amere.

Engeler pour geler :

Endurant fin, soif, chault, froit, et la pouldre, La pluye et neigé aussi, cruelle fouldre.

Les membres matz et les corps engelez,

Gring. 5.

Engraver pour graver :

Car comme ainsi soit que de nature Dieu soit incompréhensible et caché à rintelligence humaine : il a engravé en chacune de ses œuvres certains signes de sa majesté.

Calvin, 113.

Enguwrder pour garder (signif. empêcher) :

Panurge, tenant ung aviron en main, non pour aider aux moutonniers, mais pour les enguarder de grimper sus la nauf et évader le naufraige.

Rab. 127.

Ensuivre pour suivre :

Mais aux jours ensuivans ils commencèrent à consulter entr'eulx des moyens de faire la guerre.

Amyot, 170.

Les guerres de Troyes et de Grèce, de Sylla et Marins, d*où sont ensuivies ceUes de César, Pompée, Auguste et Antoine.

Charr. 229.

GRAMMAIRE DE LA LANGUE DU XVr SIÈCLE. XUll

Ce fut un second coup à la France si fort dangereux^ que si le tiers s'en fust eiutttiTy^ elle étoit troussée.

Brant. 195.

Envieillir pour vieillir :

Ceux qui Tont eue en garde (la langue françoise), et ne Pont cultivée à suffisance, sans jamais la tailler ny défendre des ronces et espines qui luy faisoyent ombre^ l'ont laissée envieillir et mourir.

Bellay, 181.

§ 75. Le préfixe en était séparable quand il avait le sens adverbial (s'enfuir, fuir de là, du lat. indè)^ et inséparable quand il était préposition (engraver, graver dans, — du lat. in]. On disait dans le premier cas : il voulait s'enfuir ou il s'en voulait fuir^ comme nous disons il s'en voulait aller :

Sicinnus envoya secrettement devers le roy de Perse luy donner à entendre que Themistocles Tadvertissoit de bonne heure, que les Grecs s*en voulaient fouir,

Amtot, 159.

Les Barbares s*amusans à faire bonne chère donnèrent temps et loisir à la tourbe qui s*en fouit hors la ville.

AiiTOTy 165.

S 76. On trouve de même échcmger en, pour changer

en ':

De tenit et venity lesquels on esehangea en tiensit et viensit, nous avons fait vint et vint,

Pasq. 185.

S 77. Le préfixe re a perdu le plus souvent son sens propre, pour ne garder qu'un sens pujement explétif (De même que nous disons rabaisser le mérite de quelqu'un, pour aftaisser, etc..) :

n est bon qu'il le face (son disciple) trotter devant luy pour juger de son train : et jusques à quel point il se doibt ravaller, pour s'accommoder à sa force.

Mont. 210.

S 78. A l'inverse, le seizième siècle conservait à l'état simple un nombre considérable de verbes que nous avons

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